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/ Pouchkine murmuré à l’oreille du public

Le deuxième spectacle à l’affiche de la rentrée du TGP est la reprise d’Onéguine, de Jean Bellorini. Une adaptation du roman du Russe Alexandre Pouchkine, proposé dans un dispositif sonore particulier : chaque spectateur est muni d’un casque…
Onéguine a été créé par Jean Bellorini au TGP au printemps 2019. © Simon Gosselin
Onéguine a été créé par Jean Bellorini au TGP au printemps 2019. © Simon Gosselin

Alors qu’Un Conte de Noël a donné le coup d’envoi de la saison 2020-2021 du TGP (lire JSD n°1255 du 2 septembre), un deuxième spectacle est à l’affiche à partir du 16 septembre, jusqu’au 27. Il s’agit de la reprise d’une des magnifiques créations de Jean Bellorini, le précédent directeur du TGP, Onéguine, née ici même au printemps 2019.

« Il faut souligner que la programmation de cette saison a été cosignée par Jean et moi-même », indique Julie Deliquet, désormais à la tête du TGP. Et ce, du fait d’une part de sa nomination tardive, en mars dernier seulement, et d’autre part des incertitudes liées au confinement survenu quelques jours plus tard. Ajoutons que Jean Bellorini avait de toutes les façons prévu de redonner ce spectacle à petite jauge à Saint-Denis et qui connut à l’époque un succès mérité. Eugène Onéguine est sans doute l’œuvre la plus connue de Pouchkine (1799-1837). Ce roman composé en vers, écrit entre1821 et1831, est devenu un classique de la littérature russe. Pour André Markowicz, qui l’a traduit en français, « c’est le plus grand livre jamais écrit en russe ! ».

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Pouchkine raconte l’histoire d’un jeune homme, Onéguine, quittant les fastes mondains de Saint-Pétersbourg pour un domaine isolé à la campagne où il mène une vie solitaire jusqu’à ce qu’il se lie d’amitié avec un jeune poète, Lenski. Celui-ci est épris d’Olga, son amie d’enfance. Il entraîne Onéguine dans la famille de celle-ci, où ce dernier rencontre Tatiana, qui tombe follement amoureuse de lui… Romantisme absolu, mélancolie, tourments, ironie et drame se mêlent dans le plus pur esprit de la littérature russe, portés ici par le lyrisme pur et lumineux des octosyllabes de Pouchkine.

« Rentrer dans un livre »

Au moment de la création du spectacle, Jean Bellorini nous confiait sa vision de l’œuvre et du personnage central : « Onéguine est une sorte de raté, un homme abîmé par les mondanités et qui devient un ermite isolé et désabusé. Il se voit comme un grand personnage mais a finalement tout raté, y compris son histoire d’amour, par orgueil. […] J’ai envie de donner à entendre la poésie de ce très beau chant d’amour et de l’accorder à l’imaginaire du théâtre. C’est pour moi une évidence car le théâtre est par essence poétique et induit un imaginaire à la fois commun et singulier, propre à chacun. C’est cet imaginaire-là que je veux faire entendre. » Et il est parfaitement entendu, avec ravissement. Rarement, l’expression de « rentrer dans un livre » n’a eu autant de sens, tant l’on est littéralement projeté au cœur de l’œuvre. Les spectateurs sont installés sur deux gradins se faisant face, chacun doté d’un casque (désinfecté à chaque représentation), tout comme les comédiens qui, eux, sont aussi munis d’un très fin micro. Au milieu des gradins, deux tables, des chaises, des chandeliers, un piano.

Le spectacle débute par quelques avertissements techniques (et humoristiques !) sur l’utilisation desdits casques. On les cale sur nos oreilles et la magie opère instantanément. Un galop au loin, une fête dans un salon, le vent qui souffle, la musique, des pas dans la neige… Et, surtout, les voix des comédiens qui nous caressent les oreilles et font entrer les mots magnifiques de Pouchkine au fin fond de nous. On suit alors les parcours d’Onéguine, de Lenski, d’Olga, de Tatiana, comme si nous étions à leurs côtés, presque comme si nous étions eux. Ce dispositif sonore, lumineuse création de Sébastien Trouvé, est au cœur du spectacle sans jamais être dans l’illustration ou l’anecdote. C’est comme une pièce radiophonique mais bien plus que cela puisqu’il s’agit de spectacle vivant, et ô combien vivant! Pour la partie musicale, Sébastien Trouvé est parti de l’opéra de Tchaïkovski, écrit à partir du livre, mais avec une certaine distance.

« Je me suis inspiré de quelques thèmes que j’ai réorchestrés, déclinés, transformés pour un quintet de cordes, flûte et cuivre. » L’ensemble crée une proximité, une intimité incroyable mais qui, car nous sommes au théâtre, est aussi un partage. Alors que dans la vie courante l’utilisation de casques a pour effet de nous couper du monde, ici au contraire l’émotion ressentie par chacun devient un sentiment commun vécu ensemble. Et c’est à regret qu’on les rend à la fin du spectacle, à l’issue d’un beau voyage sensible…

Benoît Lagarrigue

Onéguine, du 16 au 27 septembre au TGP (59, bd Jules-Guesde, salle Mehmet-Ulusoy), lun > sam 20h30, dim 16h. Relâche mar. Durée : 2h. Tarifs: 6€ à 23€. Réservations : 0148137000 ; www.theatregerardphilipe.com Rappel : Un Conte de Noël, jusqu’au 27 septembre, lun > sam 20h, dim 15h30, relâche mar. Durée : 2h20. À partir de 14 ans. Port du masque obligatoire dans tout le théâtre, y compris durant les représentations. Un siège vide entre spectateur ou groupes. Vestiaire fermé. Il est recommandé de venir bien en avance au spectacle et de réserver au restaurant du TGP au 0148137005.

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