Cultures

Polar / Le Saint-Denis double de Rachid Santaki

Avec « Des chiffres et des litres », l’auteur de « Les anges s’habillent en caillera » plonge dans l’ombre et la lumière d’une ville où il puise son inspiration.
Rachid Santaki
Rachid Santaki


Depuis plusieurs semaines, les palissades de chantiers se recouvrent d’affiches. Et toutes ne sont pas électorales. En lettres rouges sur fond noir, Des chiffres et des litres s’étalent parfois sur plusieurs dizaines de mètres.


Rachid Santaki, l’auteur du livre ainsi titré reprend là une technique de communication qui lui avait souri lors de la sortie de son précédent ouvrage, Les anges s’habillent en caillera (édition Moisson rouge, 2011). Et c’est chez ce même éditeur qu’il publie en ce début 2012 Des chiffres et des litres, qu’il viendra présenter à la librairie Folies d’encre vendredi 6 avril à 19 h.


Après La petite cité dans la prairie (2008), dans lequel Rachid Santaki racontait les années 1980 qu’il a vécues, en forme de témoignage drôle et sensible, après donc Les Anges… avec lequel il avait révélé ses talents d’auteur de polar sans concession, l’auteur plante cette fois le décors de son histoire dans le Saint-Denis de la Coupe du monde, en 1998.

Journalisme, hip hop, caïd…

Hachim, môme de cité et adolescent talentueux qui a pour rêve de devenir journaliste spécialisé dans le domaine du hip hop, se retrouve sous la protection d’un caïd de la drogue, Houssim, pour lequel il voue une admiration sans borne. Monde souterrain des trafics, guerre de gangs, flics ripoux, combats clandestins de pitbulls, le monde que décrie Rachid Santaki est d’un noir gluant.


Au fil de courts chapitres, d’une écriture nerveuse et sans fioritures mais non dénuée de subtilité et d’un certain humour, il fait vivre un Saint-Denis double, entre les lumières de la Coupe du monde et la noirceur de la violence. Certains des personnages qui traversent Des chiffres et des litres sont bien réels, comme le boxeur Kamel Amrane, Gabin Nuissier et Aktuel Force, NTM…


D’autres le semblent tout autant, comme cette Mamie Strange haute en couleur (« C’est une commerçante du marché qui m’a servi de modèle » confie Rachid), le vieil Omar qui habite à Saint-Denis depuis 1955 et qui a vécu les heures sombres du 17 octobre 1961 ou encore ce boxeur thaï qui ressemble comme deux gouttes d’eau à ceux que Rachid Santaki, ancien éducateur sportif de ce sport de combat, a bien connu.

Ce roman noir s’appuie, on l’aura compris, sur un monde réel, souvent désespéré et désespérant mais duquel surgissent cependant une vitalité et une énergie à toute épreuve.


Benoît Lagarrigue


Des chiffres et des litres de Rachid Santaki, préface de Dominique Manotti, édition Moisson rouge, 240 p., 16,50 €.


Rencontre vendredi 6 avril à 19 h à la librairie Folies d’encre, 14 place du Caquet. Entrée libre. Tél. : 01 48 09 25 12.