Cultures

Marguerite Charlie
/ Place aux femmes

Karima, habitante du quartier La Plaine. © Pierre Monges
Karima, habitante du quartier La Plaine. © Pierre Monges

Place aux femmes !,le titre sonne comme une injonction à rebours d’une réalité, celle réservée aux femmes au sein de l’espace public. L’exposition photo itinérante menée par le photographe Philippe Monges, la comédienne Mathilde Gourdol et la directrice artistique Estelle Bertin (Cie La Pépite), se constitue de portraits noir et blanc de Dionysiennes. Les clichés s’accompagnent de phrases courtes, frappantes, pour illustrer les problématiques, les désirs et les frustrations liés au vécu des femmes au sein de la ville.

Ces extraits issus de rencontres avec des Dionysiennes et Dionysiens dans différents quartiers, ainsi que deux établissements scolaires (le collège Dora-Maar et le lycée Paul-Éluard), dressent un constat sur le caractère patriarcal de notre société et revendiquent le besoin impératif d’une ville plus adaptée aux femmes.

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Actuellement exposé à l’espace Marguerite Charlie jusqu’au 22 septembre, l’ensemble est né d’une sensibilité commune aux trois artistes autour de la question de la place qu’occupent les femmes dans les espaces urbains et d’une volonté de mettre en lumière la voix des habitantes et habitants de Saint-Denis. L’idée vient d’abord du photographe Philippe Monges, habitué à travailler sur les liens entre lieux et histoire et inspiré notamment par les marches exploratrices organisées ces dernières années en France. Le trio finalement constitué a consigné les retours obtenus pour donner corps à un sujet croissant dans le débat public.

Des photos et des témoignages

Les témoignages, affichés aux côtés des portraits, interpellent, notamment sur la question de l’éducation. Estelle Bertin et Mathilde Gourdol relatent toutes deux que cet appel à un changement des mentalités dès le plus jeune âge a été le leitmotiv des échanges. C’est une étape supplémentaire dans la libération de la parole des femmes, « qui ont eu le courage de dire leur vécu, de s’autoriser à prendre conscience des droits qu’elles ont au sein de l’espace public ». Les thèmes de l’autocensure et du rôle qu’ont à jouer les hommes sont également à l’affiche : « Je ne comprends pas pourquoi ce serait aux filles d’avoir les moyens de se défendre, alors qu’on pourrait demander aux garçons de nous comprendre et de nous respecter. »

À tous les stades de cette exposition, de son élaboration à sa présentation, le pari a été fait de construire un dialogue, de laisser s’exprimer celles qui avaient des choses à raconter afin d’amener une réflexion commune. Pour Philippe Monges, il s’agit de ne pas laisser l’expérience des femmes invisible aux yeux des hommes qui doivent prendre conscience des différences de traitement qu’accordent les territoires urbains aux femmes. « La première étape, pour comprendre l’altérité, c’est d’être capable de voir que certains groupes partagent des problématiques qui sont totalement ignorées par d’autres. »

Ainsi lors d’une visite au lycée Paul-Éluard, les garçons ignoraient tout des inquiétudes de leurs camarades qui ont évoqué des formes d’autocensure tant sur leurs tenues que sur le choix des itinéraires qu’elles ont à emprunter quotidiennement. Les interdits vestimentaires subis par les lycéennes ont d’ailleurs été massivement contestés partout en France le 14 septembre. Une mobilisation qui a émergé sur les réseaux sociaux les a ainsi poussées à braver les règlements d’établissements scolaires qui bannissent les débardeurs ou jupes courtes, jugés indécents.

Chaque accrochage s’accompagne de lectures des témoignages récoltés dans le quartier où prend place l’exposition. Les prochains lieux à accueillir Place aux femmes ! seront Confluences (au 6b), puis l’Espace Pleyel.
 

Mona Guichard (stagiaire)

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Place aux femmes ! à l’espace Marguerite Charlie (42, rue de la Boulangerie) jusqu’au 22 septembre.

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