Cultures

Street Art
/ Peinture au soufre

Censuré à plusieurs reprises dans le passé, le duo Black Lines, inspiré par l’esthétique des Black blocs, a pris possession du mur de la rue Dupont jusqu’en janvier à l’invitation du M.U.R 93.
Pour le M.U.R.93, le collectif Black Lines a lissé son trait… mais pas son message. © Joachim Huteau (stagiaire)
Pour le M.U.R.93, le collectif Black Lines a lissé son trait… mais pas son message. © Joachim Huteau (stagiaire)

Dans les médias, leur nom rime avec dégradations, émeutes, casseurs… Situés en première ligne dans les manifestations, les Black blocs s’attaquent aux symboles de la finance et de l’État et sont le cauchemar des forces de l’ordre. Ces groupes très mobiles, tendance anticapitaliste, suscitent parfois l’indignation auprès de la population, leur message politique s’en trouve réduit à leurs actions violentes. Mais si leurs méthodes radicales divisent, les Black blocs sont également source d’inspiration pour certains street-artists.

Les célèbres graffeurs Itvan Kebadian et Lask du TWE Crew ont voulu rendre hommage à leur engagement et à une certaine forme d’esthétisme. Black Lines, le nom du posse formé par le duo dans le sillage du mouvement Nuit debout, est un clin d’œil à cette nuée de banderoles et de drapeaux noirs qui s’élève en tête des cortèges. Sans concession aucune, les Black Lines ont longtemps « tapé » les murs de Paris, de la rue Ordener à celle de la Poterne des Peupliers, avec des fresques incendiaires qui ont valu aux artistes d’être censurés à huit reprises.

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Depuis le 23 novembre, l’équipe de graffeurs a ajouté Saint-Denis à son terrain de jeu. Le collectif le M.U.R. 93 lui a donné carte blanche pour peindre le mur de la rue Dupont. L’opération s’inscrit dans le cycle lancé par l’association depuis un an maintenant et qui consiste à recouvrir la façade située face à la halle du marché. Tous les deux mois, des artistes sont invités à y réaliser de grandes peintures murales et éphémères. Pour la venue exceptionnelle des Black Lines, le M.U.R. 93 avait préparé le support avec le slogan L’art est à la rue, dessiné dans un style block letters, un lettrage compact typique du graff dont la lisibilité est accentuée en règle générale par un contraste entre les contours et le remplissage.
 

Éviter la censure

Attaqués plusieurs fois par les pouvoirs publics, comme ce fut le cas en mars dernier dans le 13e arrondissement de Paris avec le recouvrement d’une fresque en soutien aux Gilets jaunes, les Black Lines ont dû « lisser » leurs traits… Mais pas leur message. « Pour éviter que la mairie ne soit sous le coup d’une sommation de la préfecture et que les organisateurs ne soient traînés en justice, le crew a pris la décision de se montrer plus prudent dans ses peintures sans en dénaturer le sens ni le message », atteste Nicolas Obadia, coordinateur au sein du M.U.R. 93.

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Les œuvres spectaculaires des Black Lines, auxquelles se greffent parfois une vingtaine de graffeurs, laissent rarement indifférents les quidams comme le monde de l’art. Ce choix d’inviter les Black Lines est également une façon pour le M.U.R. 93 d’affirmer son engagement.

« On est très fier et reconnaissant envers le M.U.R. historique (collectif qui occupe le mur rue Oberkampf à Paris, N.D.L.R.). Mais notre positionnement est différent. Au-delà d’un aspect purement esthétique, un mur à Saint-Denis se doit de porter des valeurs et des messages forts, défend Nicolas Obadia. Dès le début nous avons tapé très fort en invitant pour inaugurer le mur de Saint-Denis le légendaire 93 MC. Cela fait partie de notre identité. » Aujourd’hui, le M.U.R. 93 s’est constitué une street-credibility essentielle dans le milieu du graff.

Cette solide réputation s’est répandue auprès des institutions et de la population. « Ce mur et l’exposition urbaine Fenêtre sur Rue ont contribué à la reconnaissance dont nous font preuve les habitants à chaque opération et la ville de Saint-Denis en nous accordant sa confiance. » La fresque sera visible jusqu’en janvier 2020.

Maxime Longuet

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