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/ PCMMO : dans les coulisses d'un jury lycéen

Depuis une dizaine d’années, un jury lycéen récompense un court-métrage documentaire et un court-métrage de fiction au PCMMO (Panorama des cinémas du Maghreb et du Moyen-Orient). La majorité de ses membres sont au lycée Suger, en spécialité cinéma. Le temps d’une journée, mardi 3 mars, ils découvrent un cinéma à l’esthétique parfois expérimentale, mais aussi engagé.
Le jury lycéen du PCMMO. © Delphine Dauvergne
Le jury lycéen du PCMMO. © Delphine Dauvergne

Cette année, une large place était faite aux films abordant les discriminations faites aux femmes, l’immigration, ou encore la notion de liberté. Dans le documentaire Une vie d’essais, cinq femmes s’interrogent sur leur exil d’Algérie. « Si j’étais un homme peut-être que je serais restée…» Une remarque qui touche Soihrir, 16 ans. « Ma mère aussi a immigré des Comores, elle a sûrement ressenti la même chose. » Il donne quatre étoiles (sur 5) sur sa feuille de notation. Les filles aussi ont été interpellées par ce film. « Elles ont raison, les garçons l’été sont torses nus, mais nous, on nous embête si on met un crop top ! », dénonce Yeni, 16 ans. Si sur le fond elle est séduite, la forme de « la simple discussion » l’a déçue.

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Alicia, 17 ans, a elle préféré le documentaire A skewed conversation. Une Égyptienne danse, cheveux et pieds nus, au Caire. « On peut interpréter beaucoup de choses dans son rapport au corps dans l’espace, notamment lorsqu’elle danse dans la mosquée, comme si elle dénonçait le poids écrasant de la religion », illustre Alicia, séduite tout comme Sofiane par ce film. « C’est peut-être parce qu’on pratique de la danse et du théâtre qu’on est plus sensibles à cette insertion de l’art dans le cinéma », ajoute-t-il.

Une prise de conscience des inégalités

L’après-midi, place aux courts-métrages de fiction. La combattante, racontant l’histoire d’une Iranienne boxeuse faisant le choix de quitter son pays pour continuer sa passion, laisse les lycéens sur leur faim. Donatien, 16 ans, a tout de même bien noté ce film. « Même si je suis un garçon, cela me met en colère cette discrimination. » Le film suivant est une comédie satirique, Sukar. Des amoureux sont arrêtés par la police sur une plage. « J’ai trouvé ça réaliste car au Maroc la police vérifie plus ce genre de choses que les bagarres », souligne Ryan. Liana ajoute : « Les relations hors mariage sont interdites, le film a peut-être voulu montrer un monde frustré qui a envie de se libérer. »

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Le film iranien Shopping Online anime aussi le débat. Une femme iranienne vendant ses chaussures en ligne se retrouve face à un fétichiste et n’arrive pas à s’en débarrasser. « Je trouvais l’homme agaçant, je me suis mis à la place de la femme », réagit Ryan. Oscar fait des remarques sur la forme : « Il n’y a pas de musique, cela crée une tension, un malaise, on se sent enfermé. »

Après une journée de débat au cinéma l’Écran, arrive le moment des votes. Au grand regret de la réalisatrice algérienne Sofia Djama qui était la marraine de leur jury, les lycéens n’ont pas primé de film abordant la thématique des droits des femmes, même s’ils n’y sont pas restés insensibles. Côté fiction, le prix a été remporté par Seul le silence, histoire d’une exilée syrienne s’angoissant pour sa famille laissée là-bas.

Dans les documentaires, c’est Zouj Bghal qui a été choisi. Le « procédé d’animation avec les dessins », « le côté historique de ce parcours d’immigration de l’Algérie au Maroc », mais aussi la question du « déracinement » les ont touchés. « Ces débats auront grandi votre regard et vous influenceront peut-être pour vos films », espère Sofia Djama.

Delphine Dauvergne

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