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Zone à faibles émissions (ZFE)
/ Pas comme ça !

Patrick Ollier, président de la Métropole du Grand Paris, veut exclure le plus tôt possible les plus vieux et donc plus polluants véhicules du périmètre de l’A86. Pour Laurent Russier, à ces conditions-là, il n’y aura pas de ZFE à Saint-Denis.
15 métropoles du Grand Paris (MGP), dont Saint-Denis se sont engagées à mettre en place des Zones à faibles émissions (ZFE) d'ici 2020.
15 métropoles du Grand Paris (MGP), dont Saint-Denis se sont engagées à mettre en place des Zones à faibles émissions (ZFE) d'ici 2020.

Pour tenir l’objectif d’un réchauffement climatique à 1,5° - en baissant de 45% les émissions de gaz à effet de serres à l'horizon 2030, quinze métropoles françaises, dont la Métropole du Grand Paris (MGP), se sont engagées le 8 octobre à mettre en place des Zones à faibles émissions (ZFE) d’ici 2020.

Dans les faits, la MGP avait adopté à une très large majorité, dès décembre 2017, dans le cadre de son Plan climat-air-énergie, le principe d’une zone à basses émissions à l’intérieur du périmètre de l’A86. Patrick Ollier, président de la MGP, a décidé d’accélérer la cadence et de modifier sensiblement les contours de celle qu’on appelle désormais Zone à faibles émissions. Celui qui est aussi maire LR de Rueil-Malmaison a ainsi pris soin de décrire le calendrier et les mesures de restriction de circulation qu’impliquerait cette ZFE, intra-A86. Dès juillet 2019, poids lourds, bus et autocars immatriculés avant 2001 seraient totalement prohibés, ainsi que les véhicules diesel immatriculés avant 2001 (crit’air 5) de 8h à 20h en semaine. En juillet 2021, les diesel immatriculés avant 2006 (crit’air 4) seraient interdits.

En juillet 2024, tous les véhicules diesel se verraient refuser l’accès au périmètre, comme les véhicules essence immatriculés avant 2011 (crit’air 2). L’interdiction serait étendue à l’ensemble des moteurs thermiques en 2030. L’instauration de la ZFE dépend désormais des 80 maires des communes du périmètre, dont Saint-Denis. Ces derniers sont en effet invités par le président de la MGP à prendre des arrêtés pour mettre en place la ZFE sur leurs territoires respectifs. Le JSD a interrogé Laurent Russier pour connaître sa position sur cet épineux sujet.
 

Le JSD : Quelle est votre position quant au déploiement de la Zone à faibles émissions dans le périmètre de l'A86, telle qu’elle a été présentée ?

Laurent Russier : Nous sommes engagés dans une course de vitesse pour lutter contre le réchauffement climatique et la pollution atmosphérique et nous devons prendre des décisions assez rapides. Mais je ne peux pas accepter le calendrier donné par Patrick Ollier. Car si on veut être compris dans l’objectif de réduction de la place de la voiture, on ne peut pas réserver les déplacements automobiles à ceux qui en ont les moyens. Sans un accompagnement à la hauteur des enjeux, c’est ce que réserve cette mesure. Or, 5 000 € de prime pour l’achat d’un véhicule propre qui coûte 25 0000 ou 30 000 €, ce n’est pas suffisant pour créer un effet levier. Seuls ceux qui peuvent déjà se permettre d’acheter un tel véhicule pourront en bénéficier.
Et puis, à Saint-Denis, l’A86 coupe la ville en deux. Dès lors, comment met-on cette mesure en place ? Que fait-on de l’afflux des personnes qui inévitablement chercheront à se garer en limite de périmètre ? Je ne veux pas que Saint-Denis devienne un parking à ciel ouvert. Et enfin comment ferait-on respecter l’arrêté ? Est-ce à la Ville de Saint-Denis de contrôler, avec ses propres policiers municipaux, les vignettes des uns et des autres à ses frontières ? Si on fait la ZFE de cette manière-là, on va au carton. 
 

 

Citoyens de seconde zone 

Le JSD : Que proposez-vous comme alternative ?

LR : Je ne comprends pas pourquoi l’hypothèse du péage urbain a été balayée d’un revers de main. Avec un tarif social dégressif pour accompagner ceux qui ont le moins de moyens, il me semble une véritable option. Il faudrait bien sûr réfléchir à quelle échelle on travaille : celle de l’A86 ? De la Métropole ? Et cela nécessiterait d’avancer encore plus sur le développement des transports en commun et des parkings relais. Avec cette version de la ZFE, je le redis, on va créer une vraie ségrégation entre ceux qui ont les moyens et ceux qui ne les ont pas. On sait que ceux qui roulent en crit’air 5 sont souvent ceux qui n’ont justement pas les ressources pour changer de véhicule.

Le JSD : Mais refuser la ZFE, n’est-ce pas refuser de répondre à l’urgence écologique d’une certaine manière ?

LR : Non. En effet on ne peut pas renvoyer à dans 5 ans les mesures pour faire diminuer la place de la voiture dans la zone dense francilienne. C’est une priorité absolue vu les enjeux écologiques fondamentaux. Mais tout le monde s’accorde à dire que l’écologie ne doit pas être punitive. Il faut être plus incitateur en direction des plus fragiles. Là, dans une métropole déjà très inégalitaire, on est en train de créer des citoyens de seconde zone qui ne pourront plus prendre leur voiture, faute d’avoir les moyens d’en changer. Et dans 5 ans on se demandera pourquoi nos politiques écologiques ne sont pas comprises. Il faut trouver les moyens de mieux accompagner les plus fragiles dans la transition écologique.

Le JSD : En l’état, vous ne prendrez donc pas d’arrêté pour appliquer cette ZFE ?

LR : Sous cette forme-là, non. Nous ne prendrons un arrêté qu’à certaines conditions dont je dois discuter avec la majorité municipale dans les prochaines semaines. Et puis comme pour la question du stationnement résident payant que nous avons travaillé avec les villes limitrophes, nous n’allons pas agir seuls dans notre coin. Je souhaite adopter une position commune avec les villes de Plaine Commune concernées. Je pense que mes homologues sont assez inquiets de cette ségrégation qui s’annonce. Car ce qu’oublie de dire Patrick Ollier, c’est que la ZFE serait moins difficile à mettre en place dans les Hauts-de-Seine qu’en Seine-Saint-Denis où cette décision va être ressentie comme une interdiction d’aller dans le cœur de la Métropole, qu’on a parfois été contraint de quitter par la faute des prix du logement.

Le JSD : Quid malgré tout des vieux camions très polluants qui desservent le marché de Saint-Denis ?

LR : Ce processus ne doit pas prendre des années, mais il nécessite qu’on discute avec les principaux concernés. Du jour au lendemain, je devrais prendre un arrêté et aller dire aux trois quarts des marchands qui ont des véhicules polluants qu’ils ne peuvent plus venir travailler à compter de juillet ? Cela nécessite une vraie concertation.

 

Recueillis par Yann Lalande

Réactions

Chaque jour, avenue Wilson à Saint-Denis, Airparif mesure un indice PM10 supérieur à 50 et un indice de dioxyde d'azote supérieur à 30. Chaque année à Saint-Denis des personnes meurent prématurément à cause de la pollution de l'air. Il est incroyable qu'aucune famille de victime n'ait porté plainte, car les données médicales sont incontestables, les chiffres sont connus, et les mesures de restriction possibles depuis six ans. Attendre juillet 2021 pour interdire la circulation des crit'air 4 immatriculés avant 2006, constitue une mesurette insuffisante pour diminuer la pollution de l'air et pour lutter contre le réchauffement climatique. Même ces petites mesurettes proposées par la MGP, Laurent Russier les refuse. Le maire de Saint-Denis sera donc responsable des dizaines de morts prématurées survenant en 2019 sur le territoire de Saint-Denis, comme l'a été avant lui Patrick Braouezec en refusant en juillet 2012 la création d'une zone d’action prioritaire pour l’air.
toutes ces mesures draconiennes anti véhicules polluants sont du pipi de chat à l'échelle mondiale le nombre de véhicules polluants augmentent de 5% par an dans les pays en cours de développement + chine + USA etc. L'avenir est à la production d'hydrogène comme carburant pour les automobiles et les générateurs d'électricité dans les centrales via l'électrolyse de l'eau, une électrolyse à rendement positif. A quand des recherches publiques au CNRS pour obtenir cela. Chut pas de vagues à cause des lobbies pétroliers et du tout électrique. D'autre part on ne pourra pas généraliser les voitures électriques à cause d'utilisation de métaux rares dans les batteries. On marche vraiment sur la tête sur les choix techniques d'écolos à l'incompétence technique criarde
C'est comme pour les immeubles insalubres de Saint-Denis que le maire refuse de déclarer inhabitables. Sous prétexte de protéger les habitants les plus miséreux, il les met en péril en espérant un bénéfice électoral. Mais gare car tout comme les immeubles s'effondrent (à Marseille et ailleurs), les cancers se multiplient et un jour les responsables seront cités par la Justice pour leur inaction.
Mais qu'en pense Michel Ribay ? Va t'il lui aussi menacer de démissionner ?
Bonjour. Le souci pour Laurent Russier, c'est qu'il est dans le grand Paris sous l'impulsion d'un Patrick Braouezec (MGP). Je ne suis pas sur que le maire, même d'une ville importante (plus de 100 000 hab) compte. Le vrai pouvoir est à la Mairie de Paris et à l'Elysée. On y arrivera donc à cette mesure. Mais après les élections, on nous expliqueras qu'on a pas le choix, l'écologie, que 50% des habitants n'ont pas de voiture, et à la fin c'est toujours le contribuable qui paie. Celui qui est très vulnérable, la situation ne change pas. Il n'a pas de véhicule et sa principale question est de savoir ou manger. Mais celui qui paie, qui contribue à l'économie, à ce que le système fonctionne... Il en sera de sa poche. Allez dire à des millions de personnes que le véhicule diesel est pas bien pour la santé alors qu'il a bénéficié de bonus écologique pendant des années. Ils se sont parfois endetté pour les avoirs, c'est parfois leurs seuls biens et des élus bien pensants viennent afficher sans vergognes qu'ils sont de mauvais citoyens. Je veux bien de l'écologie, mais à condition que tous le monde y contribue. Si c'est simplement pour ce faire plaisir et rentrer chez soi la conscience tranquille. Non sans façon. C'est avec des mesures violentes sans accompagnement dans la durée que Marine le Pen risque d'arriver au pouvoir. PS: Quand à Michel Ribay, c'est le Nicolas Hulot de la mairie de Saint Denis, il avale des couleuvres à longueur d'année. Je ne parle même pas d'EELV local, ils ne sont même pas écologistes.
M. Russier indique que nous sommes dans l'urgence et il propose rien. Je ne comprends pas, les camions qui sont utilisés pour le marché sont vétustes donc il faut les interdire. Ça fait 20 ans que l'on parle du problème du diesel et les gens se réveillent maintenant. Les populations fragiles (enfants et personnes âgées ) sont de plus en plus touchées donc on ne peut plus attendre M. Russier!!!!
http://m.leparisien.fr/info-paris-ile-de-france-oise/transports/faut-il-etendre-l-interdiction-des-vehicules-polluants-au-grand-paris-11-11-2018-7940145.php Interview de 2 maires: un du PS qui indique qu'il y a urgence et de l'autre côté notre maire qui ne prendra pas d'arrêté. M. Russier parle de l'enfouissement de l'A1 , il aurait du le mettre comme condition avant l'acceptation des jeux de 2024. Bref on savait que la sécurité, la propreté n'étaient pas une priorité pour la mairie, je pensais au moins que l'écologie serait un thème fédérateur.
Bonjour. D'après l'encart dans le JSD, L. RUSSIER s'est abstenu mais n'a pas voté contre. L'entre deux va bien.... Comme B.AGAYOKO à la fois dans la majorité et contre aussi. Notamment sur le stationnement résidentiel... Ce qui permet d'exister. Il est très isolé. Saint Denis l'est déjà. Comment refusé la signature de l’arrêté municipal alors les villes concerner le feront. Comment fera t il respecté l’arrêté. ?? Déjà qu'il ont du mal à embaucher, si c'est pour risquer sa vie à chaque amende... Je me demande comment il fera. Il va donc signer cet arrêté et donc signer sa future défaite aux municipales, son concurrent déclaré ne manquera pas de surfer sur le mécontentement. Vas t il interdire aux tas de bous de 25 ans les jours de marché??? L'equation n'est pas simple. Ville populaire. Non ville de Pauvre. Et elle va l’être encore plus avec des amendes de 68€ à chaque infraction.

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