En ville

Paris 8 en grève depuis douze semaines

Comme partout en France, étudiants et enseignants de l’université de Saint-Denis sont désormais confrontés à la perspective des examens de fin d’année.

« Tant qu’ils n’écouteront pas, on n’arrêtera pas. » La banderole déployée à l’entrée de l’université Paris 8 donne le ton. En cette douzième semaine de grève, les étudiants et professeurs restent mobilisés contre la loi LRU (loi sur l’autonomie des universités) et la réforme du statut des enseignants-chercheurs « même si, c’est vrai, l’autisme du gouvernement est désespérant », explique Christophe Poret, bibliothécaire et représentant syndical FO du personnel Biatoss (bibliothécaires, ingénieurs, administratifs, techniciens, ouvriers, de service et de santé). « On n’y croit plus, on a l’impression que ça ne sert plus à rien », lance, fataliste, Alexandre, étudiant en droit. « Les gens ne peuvent pas suivre, ils ont souvent un travail en plus de la fac et d’autres soucis », avance pour sa part Pierre-Ronan, un autre étudiant en droit.

« La responsabilité incombe au ministère »

En ce jeudi ensoleillé, l’assemblée générale du midi sonne effectivement un peu creux. De plus, les cours n’ont repris que depuis deux jours après les vacances de printemps. Se pose également le problème des examens qui approchent à vitesse grand V. « Lorsque nous pourrons comptabiliser le nombre de cours et formes alternatives de cours (en ligne par exemple) qui ont été dispensés, nous prendrons les dispositions nécessaires comme nous l’avions fait en 2006 lors du CPE », a confié au JSD Pascal Binczak, le président de Paris 8. Il ajoute?: « Je tiens à préciser que l’entière responsabilité de la situation incombe au ministère qui laisse pourrir volontairement la situation et privilégie le passage en force plutôt que le dialogue. »
La Coordination nationale des universités (CNU) a, de son côté, appelé « les enseignants-chercheurs et les personnels administratifs à ne pas organiser la tenue des examens jusqu’à la satisfaction de ses revendications ». Ce à quoi Valérie Pécresse, la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, a répondu?: « Il est inconcevable quand on est universitaire de refuser de faire passer les examens à ses étudiants », avant d’ajouter que « les enseignants ont dans leur service l’obligation de faire passer les examens et s’ils ne le font pas, cela s’apparente à du service non fait », qui sera donc « requalifié en fait de grève » avec « retenues sur salaire possibles ».

«Savoir ce qu’on va devenir cette année»

La tenue des examens était au cœur des débats de l’AG de Paris 8. « En mettant l’accent sur les examens, nous sommes tombés dans le piège tendu par le gouvernement pour faire monter l’anxiété chez les étudiants et dans l’opinion publique. », dit Jean-Louis Fournel, professeur d’italien. La tension est palpable. « On a tout de même besoin de savoir ce qu’on va devenir cette année, mais aussi ce que nous allons faire l’année prochaine?; la non pénalisation des étudiants qui participent à ce mouvement va devoir se régler vite », revendique un représentant étudiant.

Une Ronde des obstinés de plus de 1?000 heures

Dans ce long bras de fer, une autre tentation existe?: celle de la radicalisation du mouvement. Le blocage de l’université mardi 28 avril, jour de manifestation, en est l’un des signes. Une radicalisation du mouvement que beaucoup craignent. Pour l’éviter et pour insuffler un second souffle au mouvement, les professeurs de Paris 8 ont eu l’idée originale de créer « la Ronde infinie des obstinés ». Depuis un mois, étudiants, professeurs, sympathisants, artistes… défilent jour et nuit sur le parvis de l’hôtel de ville de Paris (l’ancienne place de Grève où la population venait voir les suppliciés sous l’Ancien régime). Une ronde qui a franchi ce week-end le cap des 1?001 heures et qui a fait des émules à Toulouse, Rennes, Strasbourg, Grenoble, Bordeaux… « Cette ronde est une démonstration vivante de la collégialité sur laquelle est fondée l’université, explique le collectif sur son blog (1), elle dit notre détermination face à un gouvernement qui refuse de voir et d’entendre ce que nous faisons et ce que nous disons. »

« Le projet poursuivi est?: la rentabilité à tout prix?! »

L’idée est également d’interpeller l’opinion publique. Dans la même optique, les universitaires jouent la carte unitaire, notamment avec les personnels de santé également en grève depuis de longues semaines. « À l’hôpital comme à l’université, le projet poursuivi est le même?: la rentabilité à tout prix?! », explique Christophe Poret. Une manifestation unitaire s’est déroulée le mardi 28 avril. De même, le monde universitaire a pris part au défilé du 1er mai. À l’heure où nous mettons sous presse, une vingtaine d’universités, au moins, seraient toujours en grève. Jusqu’à quand?? « Ça ne dépend pas de nous », répond Chistophe Poret. « L’attitude du gouvernement est irresponsable », avance Pascal Binczak avant de conclure?: « Les universitaires sont majoritairement contre cette réforme, pas contre la réforme. On mériterait peut-être d’être écoutés… »
Étienne Labrunie

(1) http://rondeinfinie.canalblog.com/

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