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/ Où sera construit le futur conservatoire ?

Une Maison des pratiques artistiques amateurs doit remplacer le conservatoire actuel et l’école d’arts plastiques Courbet. Elle était initialement prévue rue Jean-Mermoz, à la place du commissariat, mais la nouvelle majorité en a décidé autrement. Des élus ont rencontré le 4 octobre des riverains mécontents de l’abandon du projet.
Le projet du futur conservatoire rue Jean-Mermoz n’aura jamais dépassé le stade de la communication. © Yann Mambert
Le projet du futur conservatoire rue Jean-Mermoz n’aura jamais dépassé le stade de la communication. © Yann Mambert

« Sur de tels projets, il est important de concerter les parents d’élèves et les habitants des quartiers, on ne va pas faire les projets seuls dans notre coin », garantissait l’adjointe à la culture de la Ville, Nadège Grosbois, au sortir d’une réunion publique organisée par le collectif citoyen Bien Vivre à Saint-Denis dimanche 4 octobre au pied de la cité Jacques-Duclos. Pas sûr que la formule suffise à rassurer les habitants du quartier Delaunay-Belleville/ Semard froissés de ne pas avoir été mis au parfum concernant la décision d’entériner la délocalisation de la future Maison des pratiques artistiques amateurs (MPAA). Une information parue dans les colonnes du JSD en septembre et qui a motivé cette réunion entre citoyens et élus.

« Ce qui ne me rassure pas, c’est que cela allait se faire dans notre dos, confiait Nadine, une habitante dont deux des enfants sont usagers du conservatoire de Saint-Denis. Je pense qu’ils ont compris qu’on est une force de diffusion. Les projets d’envergure ne peuvent pas se faire sans les Dionysiens. »

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Initialement, l’équipement réunissant le conservatoire de musique et de danse et l’école municipale d’arts plastiques Gustave-Courbet devait être bâti à la place de l’actuel commissariat rue Jean-Mermoz et livré en 2023. Ce n’est désormais plus d’actualité.

« Ça ne se fera pas là », a déclaré Shems El Khalfaoui, adjoint à l’économie sociale et solidaire, lors de la petite assemblée dominicale. « Il y a des parcelles envisagées très proches de celleci. On va quand même attendre le verdict », a tenté d’arrondir l’adjointe à la culture. Les raisons de ce revirement inopiné invoquées par la majorité sont multiples. Le projet initial de 5556 m2 de surface plancher est jugé « déjà trop petit » pour accueillir l’ensemble des activités, alors même que l’augmentation du nombre d’élèves a déjà été anticipée (1500 places contre 850 pour le conservatoire, 500 places contre 435 pour l’école d’arts plastiques, soit 2 000 au total).

Pour un auditorium plus grand

Selon la volonté de la Ville, la prochaine mouture devra prévoir l’augmentation du métrage des espaces d’exposition et de l’auditorium (prévu au départ pour 175 places assises, 450 debout) pour une enveloppe globale de 25 millions d’euros. Conserver le projet sur cette parcelle de 2368m2 « pas extensible et coincée derrière l’IUT », aurait fait entrer le projet initial au « chausse-pied », ont affirmé les élus présents à la réunion.

« Il ne faut pas oublier la croissance démographique à Saint-Denis, argumentait également Shems El Khalfaoui, par ailleurs représentant de parents d’élèves du conservatoire. Il y a un vrai travail qui a été fait avec l’ancienne majorité, mais actuellement, le projet manque d’ambition. Dans trente ans, ce conservatoire sera-t-il au niveau de Saint-Denis ? » « Nous souhaitons que les deux échéances, celle des Olympiades culturelles jusqu’en 2024 et celle de notre candidature en tant que capitale européenne de la culture 2028, puissent s’appuyer sur des équipements comme la MPAA », rappelle Nadège Grosbois. Cette relocalisation est « un coup sur la cafetière » déplorait une habitante, représentante des élèves adultes du conservatoire et qui a participé aux groupes de travail autour de la première version de la MPAA. Comme d’autres, elle maintient que ce projet aurait permis un rayonnement inédit sur le quartier.

« Nous, on veut ce projet ici parce qu’il y a les classes horaires aménagés musique (CHAM) au collège Fabien, parce que l’on a besoin d’être rattaché au centre-ville, parce que ce projet pourrait drainer un autre public d’étudiants, de danseurs, musiciens, artistes… Pour les petits commerces autour, avoir un public comme ça c’est énorme, reprenait cette même habitante. Et cela nous changerait d’un public qu’on ne veut pas voir (les dealers, ndlr). »

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Dans la zone, la ville dispose de peu de foncier exploitable pour un projet d’une telle envergure. Des équipes techniques planchent actuellement pour dégager des pistes et rendront leurs copies à la Toussaint selon un calendrier décidé par le maire Mathieu Hanotin. Évidemment, chaque piste envisageable draine son lot d’interrogations au sujet du surcoût et des retards de livraison inhérents à un report. « Des indemnités sont prévues dans le contrat, temporise Didier Coirint, directeur de la culture qui chapeaute le volet technique du dossier. La direction Bâtiment et Architecture en lien avec Plaine Commune donnera l’évaluation juridique, technique et financière d’un changement éventuel de site. On doit savoir d’abord si c’est faisable de ces points de vue. »

Certains craignent tout simplement que la MPAA ne voit jamais le jour. En guise de garantie, les élus ont martelé que le projet était « de toute façon inscrit au Plan pluriannuel d’investissement (PPI). La MPAA représente 10% de ces investissements. La MPAA se fera. » La question de sa localisation reste, elle, toujours en suspens. « La recherche se fait toujours dans un périmètre relativement proche » de la place du 8-Mai-1945, assure M. Coirint. Les questions portent aussi sur l’ancien bâtiment de l’Humanité, propriété de l’État, mais dont le rachat et la réhabilitation coûteraient au bas mot 20 millions d’euros…

La crainte d’une opération immobilière

Enfin, quid de la parcelle qui sera léguée à Saint-Denis à la destruction du commissariat ? Là encore, pas de réponse formelle. « C’est à l’étude », bottent en touche les élus. Pour rappel, cette parcelle est le fruit d’un échange entre la Ville et l’État contre le terrain situé avenue Jean-Moulin sur lequel s’établit le nouveau commissariat et la police scientifique. Pour les habitants, l’ombre de l’opération immobilière plane. Ils s’inquiètent d’une vente par la municipalité de la parcelle à des promoteurs immobiliers, comme c’est le cas de Mamoudou Diarra.

« J’ai grandi entouré de blocs, je ne veux pas avoir devant chez moi une nouvelle tour de béton. Je vais rester vigilant. » « Qui dit nouveaux logements dit plus d’habitants, mais il n’y a déjà plus de place pour construire des écoles autour, renchérit Raphaëlle Antczack, musicienne. On avait pris goût à l’idée que ce bâtiment d’envergure serait construit là. Dorénavant, on va être doublement vigilant, on ne va pas laisser filer cette parcelle. »

Maxime Longuet

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