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Économie sociale et solidaire
/ Masque artisanal à la chaîne

Réunis autour de la régie de quartier de Saint-Denis, les acteurs locaux de l’économie sociale et solidaire se sont lancés dans la production de 10 000 masques réutilisables en vue du déconfinement. Une solution vertueuse à tous points de vue.
Les mains expertes de Chona.
Les mains expertes de Chona.

Qui dit déconfinement à venir dit demande en masques encore accrue. Pour répondre aux besoins gigantesques de la région parisienne plusieurs options sont sur la table. L’importation massive de matériel depuis le continent asiatique. Intérêt social et économique : nul. L’ouverture d’une usine, employant 15 salariés, capable de produire 500 000 unités/jour dès la semaine prochaine au Blanc-Mesnil. Intérêt social et économique : modéré. Le lancement la semaine dernière d’une chaîne de création artisanale locale autour des acteurs de l’économie sociale et solidaire (ESS) de Plaine Commune. Intérêt social et économique : optimal.

L’idée est née au début du confinement dans la tête de Mathieu Glaymann, co-directeur de la régie de quartier de Saint-Denis. « Nos équipes devaient continuer à assurer leurs missions (propreté urbaine, ramassage des encombrants, etc.) et nous n’avions aucune protection disponible. Je me suis dit qu’il y avait quelques choses à faire avec les créateurs dont le secteur va morfler. J’ai donc contacté Charlotte Le Damany basée à La Briche qui, avec d’autres, a tout de suite répondu présente. Plaine Commune a apporté un soutien financier (10 000€) pour structurer le réseau et mi-avril nous étions lancés. » L’objectif dans un premier temps est de produire 10 000 masques d’ici au 11 mai. La ville a passé une commande de 3 000 modèles enfants pour les écoliers et 3 000 unités ont déjà été commandées par des entreprises, des associations et des particuliers. Coût du masque 7 €. 

40 couturières mobilisées

« Notre premier objectif est d’assurer une protection aux salariés des petites et moyennes entreprises qui ne disposent pas forcément de stocks comme les grandes, explique Mathieu Glaymann. Ensuite nous souhaitons avec ce projet maintenir et développer une filière ESS locale. Ainsi chaque acteur de la filière de production est rémunéré. Le bénévolat c’est bien, mais les professionnels doivent être soutenus. Les couturières par exemple touchent 4€ par masque. »

La chaîne de production est parfaitement organisée. Artefact 93 est en charge de la recherche de matériaux. La découpe du tissu est confiée à Antoine Petit et Charlotte Le Damany, deux artistes de la Briche. Deux animatrices ont été embauchées pour coordonner le travail des 40 couturières mobilisées et réparties sur les villes de Saint-Denis, Saint-Ouen, Aubervilliers et Epinay-sur-Seine. Les régies de Sant-Denis et Saint-Ouen et L’Ile-Saint-Denis s’occupent de la logistique. Les travailleurs porteurs de handicap de l’Esat Marville assurent le lavage des masques et leur conditionnement. Enfin leur livraison est opérée, à vélo, par la régie de Stains et les coopératives Riders social club (basé à Saint-Denis) et Coopcycle.

Les masques eux sont lavables et réutilisables et répondent aux normes Afnor pour les modèles enfants et IFTH pour les modèles adultes. Et si la France n’a pas toujours eu tout bon dans cette crise, Mathieu Glaymann souligne que « c’est le seul pays au monde à disposer d’une normalisation pour les masques dits alternatifs. »

1,5 km de tissu à découper

Dans son atelier de la Briche Antoine Petit ne prend pas les choses à la légère. Le sérigraphe, armé de son ciseau mécanique et épaulé par une autre "brichou" Charlotte Le Damany, doit découper 1,5 km de tissu achetés auprès de Joseph du marché de Saint-Denis. Ce lundi matin une nouvelle journée de découpe les attend. Il leur a fallu 2h pour préparer le matelas de 50 couches, qui permettra de découper 1 500 masques. C’est parti pour 45 minutes de découpe minutieuse. « Je trouvais bien de me consacrer au jardinage pendant le confinement mais c’était l’occasion de participer à une chouette initiative et de sortir un peu, commente Antoine. Pour beaucoup c’est l’occasion de refaire du lien et de bosser surtout. C’est important. » Le chantier a réveillé son âme d’artiste. « En tant que sérigraphe,  j’ai envie de m’éclater sur la customisation de masques, avec des grimaces ou des messages. » En attendant que le masque devienne un accessoire de mode à part entière, Antoine et Charlotte ont du pain sur la planche à découper et la designeuse rappelle « qu’il ne faut pas détourner l’usage » de leur production. « Ces masques respectent des normes pour qu’ils soient efficaces. Le cahier des charges est très détaillé. » Sous notre regard, le matelas de tissu se réduit à vue d’œil. Tandis qu’Antoine bichonne la machine pour qu’elle supporte l’épreuve, Charlotte plie les morceaux d’étoffe et les enfourne dans des grandes enveloppes avec les biais et les élastiques. Des kits que viendront récupérer des cyclistes pour les distribuer aux couturières.

LIRE AUSSI / Coopérative Pointcarré : solidarité en grande série

Les kits préparés par Antoine et Charlotte, Chona est allée les chercher elle-même à la Briche. Dans son atelier, Chez Basile (rue de la Légion d’Honneur), la Dionysienne ne chôme pas. Ce mardi soir, il lui restera encore 200 pièces à faire sur les 350 qu’elle s’est engagée à fournir à la fin de la semaine. Mais Chona travaille avec le sourire. Créatrice de la marque Pousse de coton, Chona donne d’habitude dans l’accessoire en cuir ou en coton. Mais c’est de bon cœur qu’elle coud des masques à la chaîne. « J’en avais fait quelques-uns pour mes voisins ou les membres de la coopérative Pointcarré qui fabriquent eux des visières de protection. Ce n’est pas spécialement difficile. Le travail est un peu répétitif forcément et les couleurs ne sont pas très funky, mais cette commande tombe vraiment bien parce que je n’ai plus d’activité par ailleurs. » Méthodique et concentrée, Chona divise les tâches pour passer moins de 15 minutes sur chaque masque et parvenir à en produire cinquante par jour. De quoi lui procurer des revenus pour un mois, à raison de 4€/masque. « J’étais déjà dans cet élan. J’avais fait des surblouses avec du voile d’hivernage pour le Centre cardiologique du nord. » Le projet tient aussi au cœur de Chona pour une raison plus intime. « J’ai perdu mon papa il y a un mois des suites du Covid-19. Il était résident à l’ehpad du Laurier Noble. » La couturière contrôle son ouvrage et passe au masque suivant. Quand nous aurons franchi le pas de la porte, elle remettra sa musique à fond. « Ça permet de ne pas s’endormir et de rester dans une dynamique, » sourit-elle. Les masques issus de la filière ESS dionysienne ont un dernier avantage.... Ils sont chargés de bonnes ondes.

Yann Lalande

Conditions tarifaires

Tarif, 7€ HT / pièce (non assujetti à la TVA) garanti pour toute commande passée avant le 4 mai 2020, à minuit. Minimum de commande : 50 pièces
Livraison non comprise - sur devis 

Informations et commandes : masquesetblouses.solidaires93@gmail.com

Les Savoir-faire solidaires s’organisent pour pouvoir proposer prochainement des blouses et surblouses. 

Réactions

Bravo aux quarante couturières et aux livreurs à vélo. La bande élastique des masques provient du caoutchouc. Il faut un mélange de caoutchouc particulier pour fabriquer un élastique résistant. Il y a peu de fabricants en France comme la société Sacred Bertoise de caoutchouc dans l'Allier. Les dizaines de milliers de mètres d'élastique consommés chaque jour en France pour les masques sont en majorité importés d'Asie. Comme le monde entier demande des bandes élastiques, les délais de livraison sont longs. Le caoutchouc naturel provient de l'hévéa. La principal producteur La Malaisie est confinée jusqu'au 12 mai et a verrouillé ses exportations. Du coup il y a pénurie d'élastique en Europe. En banlieue Nord des couturières solidaires sont à l'arrêt par manque d'élastiques. Une astuce consiste à récupérer les élastiques partout, dans les draps housse, dans les pochettes en carton, dans les cordes à sauter, etc. Mais cette récupération atteint ses limites. Espérons que l'État relance la filière française du caoutchouc avant la prochaine pandémie de Covid-20 ou de Covid-21.

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