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Semaine bleue
/ Manuel Braun : « L’idée était de rendre les vieux un peu plus visibles »

Il a photographié neufs couples de seniors dionysiens pour composer l’exposition En corps et encore, l’un des événements de la Semaine bleue. Elle sera visible au jardin Robert-de-Cotte du 8 au 26 octobre. Manuel Braun, particulièrement attiré par le portrait – il en fait notamment pour Libération – est Dionysien depuis quelques mois.
Le couple Benshemmar fait partie des personnes âgées photographiées par le photographe Manuel Braun. © Manuel Braun
Le couple Benshemmar fait partie des personnes âgées photographiées par le photographe Manuel Braun. © Manuel Braun

 

Le JSD : Quels sont vos liens avec Saint-Denis ?

Manuel Braun : Je suis venu plusieurs fois à Saint-Denis et pour différents projets. Il y a quelques années j’ai réalisé des photos d’habitants dans le quartier Allende à l’occasion d’une fête de quartier. Ces photos ont ensuite été exposées à Paris 8. J’ai aussi suivi le projet « Hier ce sera mieux », un échange sur plusieurs mois entre des jeunes et des seniors de Saint-Denis. Une de mes photos avait fait la une du JSD à cette occasion. C’est comme ça que j’ai connu la ville. Et depuis janvier, j’y habite.

Le JSD : Votre travail porte essentiellement sur le portrait, quelle en est la raison ?

MB : Le portrait est ce qui me guide. Je suis quelqu’un de très timide. Le portrait est un moyen d’aller vers l’autre, de se confronter à l’autre. C’est une rencontre. Quand un journal me commande le portrait de quelqu’un de connu, je me prépare, je cherche à savoir ce qu’a fait cette personne. Je m’imagine un décor. Et au moment de la rencontre tout peut voler en éclats. Un portrait ça se fait à deux. Comme toute rencontre, ça peut bien ou mal se passer. Et pour moi, il n’y a aucune différence entre photographier une star ou un inconnu.  

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« Je préfère dire vieux »
 

Le JSD : Vous en êtes à votre deuxième projet avec des seniors dionysiens, y’a-t-il quelque chose de spécifique dans le fait de photographier des personnes âgées ?

MB : Non il n’y a pas de particularité au fait d’avoir comme sujet des personnes âgées. Et je préfère dire vieux. Âgé, senior, c’est comme si on cherchait à cacher quelque chose. Sur En corps et encore, l’idée était de rendre les vieux un peu plus visibles. On a choisi de les photographier dans la ville. On aurait pu les prendre chez eux, avec leur décor. On a choisi de trouver un lieu qui ait du sens pour eux, la salle des mariages, le parc de la Légion d’honneur ou en bas de chez eux. 

Le JSD : Comment s’est passé le casting, comment se sont passées les prises de vue ?

MB : Tout s’est décidé cet été. Au départ il n’était question que de l’illustration du programme de la Semaine bleue. Et puis, avec Nabila Mankour, responsable de la Maison des seniors, on s’est dit qu’on pouvait aller plus loin. D’où l’idée de l’exposition. Il y aura neuf portraits de neuf couples de vieux dionysiens accrochés dans le jardin Robert-de-Cotte. Ils ont été sélectionnés à partir du réseau de la Maison des seniors, une maison de jeunes pour les vieux comme j’aime le dire. Pendant les shootings, les passants nous renvoyaient que des retours positifs.

Le JSD : Et la phase finale du projet?

MB : Depuis le début on a travaillé dans la précipitation. Mais à Saint-Denis tout est fluide. Je n’ai pas buté sur des problèmes d’autorisation comme ça m’arrive ailleurs. Pour l’installation nous ne savions pas trop comment ça allait se passer. On s’imaginait accrocher nous-mêmes. Au final, nous avons le soutien des services techniques de la Ville. Comme l’exposition est en extérieur, les tirages sont en PVC pour résister aux intempéries. C’est une volonté de ne pas l’enfermer, de la rendre visible à tous. Et nous faisons le pari qu’elle sera respectée.
 

Propos recueillis par Véronique Le Coustumer

En corps et encore, du 8 au 26 octobre au jardin Robert-de-Cotte. Vernissage mardi 8 octobre de 10h à 11h30.