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Lycée Paul-Eluard : le médiateur s’est fait attendre

Au printemps 2018, suite à de nouveaux épisodes de violence au lycée Paul-Éluard, l’État via la préfecture de Seine-Saint-Denis, la Région et la Ville avaient décidé de financer le poste d’un médiateur en milieu scolaire. Lequel est entré en fonction le lundi 30 septembre.
Selon un médiateur, au vu des problèmes de violence, « il faudrait un médiateur dans chaque collège et lycée de Saint-Denis ». © Matthieu Mainpin
Selon un médiateur, au vu des problèmes de violence, « il faudrait un médiateur dans chaque collège et lycée de Saint-Denis ». © Matthieu Mainpin

Rentrée de classes, septembre 2019, la nouvelle année a commencé chaudement au lycée Paul-Éluard. En une semaine, deux adolescents – scolarisés dans l’établissement – sont roués de coups par des groupes de jeunes aux abords de l’école, sur fond de rivalité entre les quartiers Allende-Neruda d’un côté, Dourdin-Duclos-Fabien (DDF) et Sémard de l’autre. Depuis deux ans, le lycée est devenu le théâtre de ces affrontements sporadiques mais réguliers. Au printemps dernier, des jeunes se sont mêmes introduits à plusieurs reprises à Paul-Éluard pour régler leurs comptes, suscitant – une nouvelle fois – l’émoi des parents d’élèves et de la communauté éducative. 

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En mars, la Région Île-de-France a annoncé une série de mesures sécuritaires : rehaussement des grilles autour du lycée, déploiement de la vidéosurveillance etc. Le mois suivant, sa présidente Valérie Pécresse (LR) a présenté – en convoquant la presse – les gros bras de sa Brigade régionale de sécurité dans le lycée professionnel Bartholdi, voisin d’Éluard, et lui aussi théâtre de ces affrontements interquartiers.

En septembre, suite aux nouvelles violences à Paul-Éluard, les professeurs et les parents d’élèves se sont émus : où est le médiateur en milieu scolaire du lycée promis depuis mai… 2018 ? Cette année-là, au printemps, lors d’un Conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance (CLSPD) restreint au lycée Éluard, suite à de nouveaux épisodes de violence, l’État via la préfecture de Seine-Saint-Denis, la Région et la Ville avaient décidé de financer le poste d’un médiateur en milieu scolaire, à hauteur respectivement de 19 000, 7 000 et 6 000 € par ces trois acteurs pour un montant total de 32 000 €. Il était prévu que cette personne entre en fonction à l’automne de l’année 2018-2019.
 

Pourquoi tant de retard ?

L’État a confié la mission du recrutement du médiateur à Partenaire pour la ville (PPV), association séquano-dionysienne basée à Saint-Denis et spécialisée dans la médiation. La phase de recrutement a débuté à la rentrée 2018. Un candidat sérieux – connaisseur du territoire et expérimenté – est trouvé. Le dossier est soumis à la sous-préfecture de Saint-Denis qui doit valider ou non la candidature. Après une enquête administrative sur le passé judiciaire du candidat, l’État pose son veto. « Cette décision n’a pas été très transparente. On nous a juste expliqué que ça faisait suite à cette enquête, regrette-t-on à PPV. Le casier judiciaire de la personne en question était vierge. L’administration s’est sans doute basée sur une information détenue par la police à laquelle on n’avait pas accès », continue-t-il.

« Les critères de recrutement sont déjà compliqués. Il faut avoir plus de 30 ans, résider dans un quartier de la politique de la ville, être demandeur d’emploi… Il suffit d’être gardé à vue un jour dans sa vie pour des faits mineurs pour être potentiellement fiché », souligne cette source, qui précise que le candidat malheureux avait déjà travaillé dans la capitale à un poste équivalent avec l’aval de la préfecture de Paris. « Au total, on a perdu quatre mois. » Pour Zohra Henni, maire adjointe à l’enseignement secondaire, « les modalités de recrutement et de délais sont trop longs ». Contactée, la sous-préfecture de Saint-Denis n’a pas répondu à nos questions. 

Déshabiller Elsa pour habiller Paul

PPV s’est mis à la recherche d’un nouveau profil. En mars 2019, une nouvelle intrusion a lieu à Éluard, la nouvelle médiatrice – dont le profil n’a pas encore été validé par l’État – vient alors à peine d’entrer en fonction. Finalement, elle ne restera en poste que jusqu’à la fin de l’année scolaire sur décision du proviseur d’établissement de l’époque, Bruno Bobkiewicz.

« Fin juillet, on apprend cette décision. Il a fait un choix sans consulter les trois financeurs du poste (État, Région et Ville) », tempête l’élue Zohra Henni. Selon PPV, l’ancien proviseur n’aurait pas voulu reconduire cette médiatrice sur demande de la communauté éducative, en désaccord avec ses méthodes de travail. Et quand, à la dernière rentrée des violences éclatent, il n’y a pas de médiateur en place à Paul-Éluard. Finalement, le 30 septembre, un nouveau médiateur est enfin recruté. Ce dernier avait précédemment travaillé au collège Elsa-Triolet, qui du coup se retrouve sans médiateur cette année. L’affaire a soulevé la colère du personnel éducatif qui a l’impression que pour habiller Paul, il a fallu déshabiller Elsa. Ce poste n’était plus financé au collège par l’État, justifie de son côté PPV. Selon un médiateur, au vu des problèmes de violence, « il faudrait un médiateur dans chaque collège et lycée de Saint-Denis ».

Aujourd’hui, il en existe seulement dans les collèges Henri-Barbusse et la Courtille ainsi qu’à Paul-Éluard. Mercredi 2 octobre, un CLSPD restreint a d’ailleurs été organisé à propos du lycée Angela-Davis à la Plaine, en proie, lui aussi, à des violences entre jeunes depuis la rentrée.

Aziz Oguz

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