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Sans-papiers
/ Leurs droits au compte-gouttes

Pour les sans-papiers de la Coordination 93 mobilisés ce dimanche, l’État laisse prospérer sur leur dos les pratiques mafieuses, en faisant obstacle à leur régularisation avec de très rares rendez-vous en préfecture.
Les personnes sans-papiers de la Coordination 93 dénoncent la complicité du gouvernement avec ce qu'ils appellent les « marchands de travail », en raison des obstacles liés à leur régularisation.
Les personnes sans-papiers de la Coordination 93 dénoncent la complicité du gouvernement avec ce qu'ils appellent les « marchands de travail », en raison des obstacles liés à leur régularisation.

« On peut parler des marchands de sommeil, mais il faut surtout parler des marchands de travail. C’est voulu, planifié. Le gouvernement est complice de ces patrons qui maintiennent cette main-d’œuvre des sans-papiers dans l’esclavage. C’est dégueulasse ! », tonne Gilbert. Voilà vingt ans que ce militant de 78 ans accompagne l’action de la Coordination 93 des sans-papiers. Et sa colère contraste avec le sentiment d’abattement qui s’exprime dans cette salle de la bourse du travail, où ils sont réunis comme chaque dimanche.

« Ils ne comprennent que le rapport de force », reprend Gilbert. « Il a raison, il faut sortir », opine Thiémokho. « On aurait même dû être avec les Gilets jaunes », regrette ce Sénégalais, peintre en bâtiment depuis plus de six ans, et toujours sans titre de séjour. L’appel a en effet été lancé par la Coordination d’une manifestation ce samedi 15 juin à travers Saint-Denis (1). 

LIRE AUSSI : Titres de séjour : RDV par internet, une fausse bonne idée

Voilà près d’un an et demi qu’ils n’avaient pas battu le pavé. Et pour eux, « l’heure est grave ». La préfecture de Bobigny, où les représentants de l’association étaient reçus tous les quatre mois, leur a opposé le 4 avril et pour la première fois une fin de non-recevoir. Alors qu’autrefois ces rencontres leur permettaient de déposer des demandes de régularisation, ils n’ont même pas obtenu ce jour-là les rendez-vous qu’ils escomptaient auprès du service des étrangers. Désormais, qu’il s’agisse d’une première demande ou d’un renouvellement de titre de séjour, et quelle qu’en soit l’urgence, toute prise de rendez-vous pour déposer son dossier doit se faire en ligne. Ce, malgré les aléas de ce service informatisé en vigueur depuis deux ans, et que dénoncent y compris le défenseur des droits. « Ce service n’est ouvert que 5 à 10 minutes par semaine, sans qu’on sache quel jour et à quelle heure, signale Pierre Garelli, le président de la Coordination. Comme c’est difficile pour les sans-papiers, ils vont dans les taxiphones. » 
 

Jusqu'à 150 euros le RDV en ligne 

Les tarifs, pratiqués par ces commerçants pour leur décrocher un rendez-vous, sont passés de « 7 euros rue Suger à 30 euros aux Quatre-Chemins (Aubervilliers). C’est monté rue Labat (Paris) à plus de 100 euros. On atteint même les 150 euros. Maintenant que la préfecture a les taxiphones à l’œil, les prix vont encore monter. » Pour la Coordination, c’est une « pratique mafieuse » de plus que l’État laisse prospérer sur le dos des sans-papiers. Kamel, lui, a bien eu son rendez-vous et déposé son dossier. « Ça fait 22 mois, j’attends toujours. De plus, il est écrit sur les récépissés de dépôt qu’il est interdit de travailler. »

Dans les secteurs d’activité où les sans-papiers sont employés – bâtiment, sécurité, nettoyage, commerce non sédentaire (marchés), etc. – « la moyenne des rémunérations est d’environ 400 euros par mois », estime Pierre Garelli, après un examen partiel des déclarations fiscales figurant dans les dossiers de demande de régularisation. « Moi j’étais payé 23,14 euros par jour », déclare Vidy, un Congolais, à présent handicapé après un accident sur un chantier. « Ça fait deux mois que je cours après mon patron pour être payée », ajoute Besma. 
 

Interdiction de retourner en France

Toujours militant de la Coordination qu’il fréquentait en tant que sans-papiers, Mamba a certes obtenu depuis un an un titre de séjour salarié. Mais il tenait à prévenir chacun, il n’en est pas moins spolié de certains droits. Régularisé au titre d’un contrat de travail de deux ans, « je ne gagne que le SMIC et je dois rester avec mon patron. Il ne veut pas tenir compte de mes trois ou quatre ans d’ancienneté quand je travaillais pour lui avec les papiers d’un autre ». Quant à ceux qui se voient opposer un refus à leur demande de titre de séjour, « on leur délivre non seulement l’OQTF [Obligation de quitter le territoire français], mais de plus en plus souvent l’IRTF, interdiction de retour sur le territoire français, et européen, valable jusqu’à cinq ans », soulignent les militants de la Coordination.

L’association, qui compte aujourd’hui environ 1 100 adhérents, est soutenue dans sa mobilisation par les collectifs 57-59 Wilson et Attiéké, la LDH93, le Réseau solidarité logement, RESF93, le MRAP, France Insoumise, le NPA et l’UMPL (Union Prolétarienne Marxiste-Léniniste).

Marylène Lenfant

Réactions

je confirme le système de RV sur internet inaccessible ds le 93 - c'est un véritable combat qui se solde par "il n'y a plus de plages disponible" - Que ce soit pour une première demande ou pour un renouvellement . J'ai également signalé ce pb au défenseur des droits , et il est évident qu'il s'agit ici au mieux d'un mépris caractérisé des demandeurs, au pire d'une façon détournée et hypocrite de ne pas traiter les demandes de régularisation - je penche pour les deux , d'ailleurs-
Bonjour. On reste toujours dans l'idéologie. L'intention de certains élus d'aide à l'accueil des sans papiers est louable mais on en oublie les conséquences, dont l'une qui est cité ici... c'est l'absence de droits. Pas d'assurance maladie, chômage et plus tard peu ou pas de retraite. Les conséquences de choix politique d'hier, on les paie aujourd'hui. Quand à l'état... Bien évidemment, donner des droits à ceux qui en ont pas, c'est plus dépense. L'état se voile la face en espérant que tout cela se tasse. Enfin, accueillir une population en souffrance sur un territoire qui porte énormément de difficultés, je ne suis pas sur que cela soit la meilleur des solutions... Je me trompe peut être mais le faits me donne malheureusement raison. Et je ne compte les nombreux profiteurs des faibles pulluler sur leurs dos (marchand de sommeil, trafiquants en tout genre, patron voyou, etc...)
@Azzedine -Nous sommes dans l'idéologie mais surtout dans le déni. Une commission parlementaire avait estimé les sans papiers dans le 93 entre 8 et 20 % de la population ! Autrement dit pour une ville comme St Denis, nous parlons à minima de 10.000 personnes ! Tout le monde sait également que ces personnes ne repartiront jamais vers leur pays d'origine. La seule et unique solution évidente c'est la régularisation. En régularisant, cela permettrait de connaître le vrai nombre d'habitants et surtout d'adapter les politiques sociales d'intégration.
Je partage complètement le point de vue de AZZEDINE D'autre part la régularisation généralisée donnera certes de la visibilité à tout ces sans papiers mais aura pour conséquence: - d'accélérer la pompe de l'émigration clandestine. Il faut savoir que c'est très facile de devenir sans papier en France, il suffit d'avoir un permis d'entrée en France pour rendre visite à de la famille et ne pas retourner dans son pays d'origine tout simplement, je l'ai vécu puisque je suis marié à une africaine. - de développer le tourisme social pour tout étranger à l'entrée légalisé car il aura une précarité professionnelle permanente durant toute sa vie en France et sera donc à la charge économiquement de la population autochtone. En résumé, les français vont faire du tourisme culturel à l'étranger et les émigrants de type "réfugiés économiques" en général viennent faire du tourisme social en France. Au 31 10 19, sur le million de réfugiés économiques acceptées en Allemagne pour une mise à l'essai de 3 ans, 400000 devaient quitter le pays pour échec d'intégration. Ils viennent alors aujourd'hui en France pour retenter leur chance d'intégration officielle .
La situation est la même pour les citoyen(ne)s français(es) travaillant aux États Unis d'Amérique sans visa de travail ni carte verte. Même en ayant un travail rémunéré, elles et ils peuvent se faire expulser du territoire américain à tout moment. Entrer illégalement sur un territoire étranger c'est prendre des risques. La loi n°98-349 du 11 mai 1998 relative à l'entrée et au séjour des étrangers en France est dure mais c'est la loi. Notre département de Seine-Saint-Denis n'est pas un no man's land. L’État est chaleureusement invité à faire appliquer le CESEDA code de l'entrée et du séjour des étrangers dans le département de Seine-Saint-Denis.

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