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Exposition
/ Les toiles des Vénus

Une trentaine de Dionysiennes, sous la houlette de la plasticienne Pascale Orellana et de la photographe Anna Rouker, ont mêlé textile et image pour dire les violences, souvent tues, qui sont faites aux femmes. Elles exposent au centre administratif.
Lors du vernissage de l'exposition, samedi 17 novembre, Chapelle des Trois patrons, au centre administratif.
Lors du vernissage de l'exposition, samedi 17 novembre, Chapelle des Trois patrons, au centre administratif.

D’aucuns prêtent à la Vénus de Willendorf une fonction d’idole. Cette mystérieuse sculpture préhistorique découverte il y a un siècle en Autriche symboliserait pour certains une déesse, une femme toute-puissante. Forte du symbole qu’elle incarne, cette statuette taillée dans la pierre il y a 20 000 ans a su inspirer le travail conduit par la plasticienne Pascale Orellana et la photographe Anna Rouker. Les ateliers menés par le duo avec une trentaine d’habitantes de Saint-Denis se sont soldés par l’exposition Stature de Femme : poupées en résistance qui se tient jusqu’au 30 novembre à la Chapelle des Trois Patrons, dans le centre administratif. L’exposition s’inscrit dans le cadre des Rencontres Femmes du monde en Seine-Saint-Denis, initiées par l’antenne départementale de l’Observatoire des violences envers les femmes.

Lors du vernissage samedi 17 novembre, nombre de participantes sont venues admirer leurs poupées qu’elles ont entièrement recouvertes de textiles en tout genre lors d’ateliers par ticipatifs organisés entre la Maison Jaune et la maison des Arbalétriers en septembre et en octobre derniers. « L’idée de tricoter sur ces poupées était de statufier la femme, et leur customisation permettait de dire que cette statue est quand même fragile, qu’il faut s’en occuper, détaille Pascale Orellana. Parmi les participantes, quelques-unes ont vécu des choses difficiles, d’autres sont des habituées des ateliers tricot-partage. Il y a eu un mélange et au fil des séances la parole s’est libérée pour toutes. » 
 

Sept grandes bâches sur lesquelles ont été projetées puis tracées les silhouettes de femmes volontaires ont été personnalisées et décorées par chacune des modèles. On devine les corps dans une posture de défense. « Je fais ce geste pour me protéger et pour dire stop à la violence, décrit Aissatou avec fierté. Personnellement, je n’ai pas été agressée mais je m’exprime pour celles qui sont victimes de violences. J’aimerais que l’on puisse s’exprimer encore plus que ce que l’on a fait lors des ateliers, que ça continue. Ça nous permet de nous rendre compte que l’on n’est pas seule. » Suspendue à côté de la bâche, une poupée brodée avec des tissus africains et parée de bijoux semble emprisonnée par de la ficelle. « La poupée est apprêtée, bien habillée, mais on ne voit pas son visage. Elle n’est pas libre, on l’a enfermée. C’est pour cela que je l’ai ligotée », explique Aissatou avant de constater que « ces ateliers [leur] ont fait du bien ».

Gamra abonde dans son sens. « Ces ateliers nous ont permis de parler de la vie, des maris, des enfants mais aussi des violences. Certaines femmes concernées n’osent pas parler du sujet. Elles n’ont personne à qui se confier. Quand on commence à en discuter, elles sentent qu’elles peuvent faire confiance. C’est là qu’elles se lâchent.» 
 

« Une menace intérieure, insidieuse »

Les modèles des portraits se sont aussi laissées aller. Même si aucune d’entre elles n’est reconnaissable, il n’est jamais évident de se livrer à l’objectif. « Je leur ai souvent demandé d’avoir un état intérieur où elles se sentaient agressées physiquement ou verbalement et de le traduire avec un geste. J’étais très touchée de les regarder faire, cette liberté dans le corps. Parce que pour moi ce travail c’est un ancrage dans le corps, ce n’est pas qu’une parole, témoigne Anna Rouker qui a tenu à choisir les photos avec l’ensemble des femmes. Elles se sont livrées, elles se sont abandonnées. Je ne pensais pas que ça irait aussi loin. Elles n’ont pas simplement joué le jeu, j’ai eu l’impression que c’était important pour elles d’aller jusqu’au bout. » Exprimer l’indicible en somme : « Depuis que l’on est enfant, nous les femmes, peu importe notre milieu social, nous vivons en alerte, avec une menace intérieure, insidieuse. Même si parfois il ne nous arrive rien, nous avons toujours le sentiment qu’il pèse sur nous une menace. » Stature de Femme est là pour le rappeler… De fil en aiguille, une confiance s’est développée, tricotant ainsi de nouveaux liens entre toutes ces femmes, ces Vénus…

Maxime Longuet

Stature de femme : poupées en résistance, exposition d’art textile-photographie par Anna Rouker et Pascale Orellana. Jusqu’au 30 novembre, au centre administratif (2, place du Caquet). Gratuit.

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