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/ Les quatre argentiques

Anna Rouker, Pierre Trovel, Marie-Pierre Lagarrigue et Stéphane Ouradou de l’association Les Argentiques.
Anna Rouker, Pierre Trovel, Marie-Pierre Lagarrigue et Stéphane Ouradou de l’association Les Argentiques.

Ils sont quatre, photographes depuis suffisamment longtemps pour avoir connu les techniques de prise de vue et de développement antérieures à la photo numérique. Leur association fait revivre ces savoir-faire dans un local du site des anciennes usines Christofle et proposera des ateliers dans quelques mois.

« Au moment du passage au numérique, j’ai rangé mes bacs et mes cuves dans mes placards. J’ai été complètement perturbée, j’avais l’impression de ne plus savoir photographier. » À l’instar de Marie-Pierre Lagarrigue, beaucoup de photographes professionnels ont abandonné produits chimiques et pellicules pour les troquer contre des logiciels de retouche et des cartes SD. Mais pour certains, cette nouvelle méthode de travail a été brutale.

Que reste-t-il de ces techniques de développement que l’on appliquait méticuleusement dans sa salle de bains, à la lueur d’une lampe inactinique, celle qui produit cette fameuse lumière rouge ? Dans un désir d’entretenir cette pratique, Les Argentiques ont récemment installé leur studio de 15 m2 et leur labo de 30 m2 dans les usines Christofle, fleuron de l’orfèvrerie française. Leur projet a été retenu par le collectif Soukmachines dont la spécialité est l’occupation temporaire de lieux en friche.
 

Savoir prendre son temps, c'est ausi ça l'argentique

« Ma grand-mère a travaillé dans cette usine, se souvient Stéphane Ouradou, bibliothécaire et photographe autodidacte membre des Argentiques. C’est émouvant de s’imaginer qu’elle a pu emprunter les mêmes escaliers que moi. » En plus de Stéphane Ouradou, la jeune association s’est constituée autour de trois Dionysiens fervents défenseurs de cette pratique : Pierre Trovel, ancien photographe de l’Humanité, Anna Rouker, photographe auteure depuis plus de trente ans, et Marie-Pierre Lagarrigue, projectionniste passée par l’École de Vaugirard aujourd’hui connue sous le nom de l’ENS Louis-Lumière. Ces trois derniers ont en commun d’avoir endossé durant plusieurs années le rôle de reporter pour la municipalité de Saint-Denis, le Saint-Denis Républicain (ancêtre du JSD) et le Journal de Saint-Denis. C’est d’ailleurs le JSD qui a fourni deux des six agrandisseurs que l’association a installés dans son labo photo.

De cette période dans la presse, ils retiennent l’expérience du terrain et le contact humain. Même si parfois ils ne disposaient que de quelques minutes pour saisir l’instant, ils savaient profiter de ces moments d’échange pour visualiser, angler et enfin capter la scène, saisir son essence tout en proposant une lecture personnelle. Les tirages étant coûteux, il ne fallait pas non plus gaspiller les précieuses pellicules. Savoir prendre son temps, c’est aussi ça l’argentique. « Aujourd’hui, il y a un laisser-aller complet. Absolument tout le monde peut faire de la photo, et en même temps il y a une exigence des clients pour des prestations haut de gamme. Il y a un fossé entre ces deux extrêmes », opine Anna Rouker qui regrette que les artistes photographes ne se structurent pas pour défendre leur droit, à l’image des musiciens.

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Œil et huile de coude

À l’heure des téléphones intelligents, des banques d’images, de l’instantanéité des réseaux sociaux, des campagnes publicitaires ultra codifiées, Les Argentiques veulent prouver que la photographie « à l’ancienne » a encore un sens, en développant notre outil principal – notre œil – et en usant de pas mal d’huile de coude. L’association proposera des ateliers et des expositions collectives dans les mois à venir. À la Fête des tulipes, les quatre Argentiques ont déjà proposé des initiations à la technique du cyanotype, un procédé photographique par lequel on obtient un tirage bleu cyan grâce aux UV.

Maxime Longuet

Contact: lesargentiques@gmail.com

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