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Covid- 19
/ Les personnes en errance en première ligne face à l’épidémie

Les personnes migrantes à la rue et les sans domicile fixe font partie des publics vulnérables face à l’épidémie. Confinés dehors, ils font face quotidiennement à des difficultés d'accès à l'eau et à la nourriture. Dans la commune, les dispositifs d’aide et de solidarité pour ces populations en très grande précarité se mettent en place au fur et à mesure grâce à l’action des acteurs sociaux et des quelques associations encore sur le terrain.
Personnes sans-abris et migrants sont contraints de rester confinés dehors en cette période de crise sanitaire.  © Yann Mambert
Personnes sans-abris et migrants sont contraints de rester confinés dehors en cette période de crise sanitaire. © Yann Mambert

« Où se confine-t-on quand on est en errance ? On s’est posée la question », exprime Sabrina Ben Karich, responsable adjointe de la Maison municipale de la solidarité, à la fois accueil de jour pour personnes sans-abris isolées et centre d’hébergement d’urgence. Cet équipement du centre d’action sociale de la ville (CCAS) qui coordonne également les services caritatifs de la municipalité a gardé ses portes ouvertes en ce contexte de crise sanitaire. « On a pris la décision de ne pas fermer le service. On sait que le confinement est une situation compliquée pour les personnes en errance », souligne l’employée municipale.

Depuis l’instauration du confinement il y a trois semaines, la Maison municipale de la solidarité continue de proposer ses prestations aux personnes sans-abris : accueil, petit-déjeuner, repas préparés par la cuisine centrale, accès à des douches, possibilité de rencontrer un travailleur social ou encore de récupérer son courrier le mardi matin. Autre service : l’accès à 7 places d’hébergement d’urgence pour les sans-abris attribuées par le 115 et la municipalité. En cette période de confinement, l’équipe a dû néanmoins réorganiser ses horaires d’ouverture en raison du grand nombre de personnes se présentant à l’accueil de la Maison, surtout en matinée. « Aujourd’hui on fait du 8h30-14h sans interruption alors qu’avant on n’ouvrait pas pendant la pause méridienne », précise Sabrina Ben Karich.

En début de semaine, 38 à 40 personnes se sont rendues à la Maison municipale de la solidarité alors « qu’en période classique, la fréquentation est d’une grosse vingtaine de personnes. On a eu une augmentation de 30 à 40% depuis l’épidémie de Covid- 19 », constate Luc Lambert, directeur des solidarités et du CCAS.

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Dans ce lieu où les personnes à la rue et en situation de très grande précarité peuvent trouver un « refuge », faire respecter les consignes sanitaires reste une priorité.

« On invite les usagers à se laver les mains dès qu’ils entrent dans la Maison, on leur demande aussi de respecter les règles de distanciation sociale bien qu’elles soient difficiles à mettre en œuvre. Parfois mes collègues doivent bien insister, il y a un aspect pédagogique. Mais il nous arrive de ne pas toujours être à cheval sur les règles car on sait que c’est difficile », argumente la responsable adjointe de la Maison. Si le personnel, treize employés à temps plein épaulé actuellement par des agents municipaux d’autres services ont travaillé durant deux jours sans matériel de protection, aujourd’hui « l’équipe est bien protégée » et bénéficie de gants, de masques et de gels hydro alcoolique. « Dès qu’on voit que des usagers présentent des symptômes on leur donne des masques et des gants », affirme Sabrina Ben Karich. Début avril, la Ville a été approvisionnée de 20 000 masques par la région Ile-de-France. 

1200 mises à l’abri dans le département

Alors que ce mercredi 8 avril, le conseil scientifique a estimé que le confinement devait être prolongé de « plusieurs semaines », la situation des personnes sans-abris et celles de migrants à la rue, pour qui la directive #restezchezvous apparait difficilement applicable ne s’améliore pas. Dans le département, « 1200 personnes ont été mises à l’abri » la semaine du 24 mars a indiqué Anne-Claire Mialot, préfète déléguée pour l’égalité des chances auprès du préfet de Seine-Saint-Denis mais selon les associations présentes sur le terrain, l’errance et la dispersion parmi les exilés est de plus en importante.

« Il y a énormément de réfugiés et de personnes à la rue confinés dehors. Le long du Canal Saint-Denis notamment, plus on remonte vers le nord, plus on trouve du monde sous les ponts », explique Philippe Caro, conseiller municipal d’opposition et membre du collectif dionysien Solidarité Migrants Wilson. « Les gens sont condamnés à errer dans les rues, ils sont dispersés, cela multiplie les problèmes par cent », assure Clarisse, autre membre de longue date du collectif de la Plaine. Depuis l’annonce de la mise en place du confinement par le président Emmanuel Macron le 17 mars, le collectif « n’a pas arrêté », poursuit Philippe Caro.

« On prépare toujours des repas à la cuisine du théâtre de La Belle Etoile le mardi après-midi. Nous sommes dix personnes maximums pour ne pas se laisser submerger. On essaye de garder la distance requise. On a commencé aussi à faire des maraudes à vélos le long du canal Saint-Denis les jeudis, vendredis et samedis pour distribuer des repas aux réfugiés ». Le collectif a pu bénéficier de dons de la part de commerces et de l’aide d’une association du 18e arrondissement de Paris et d’un restaurateur de Bagnolet. Fin mars, entre « 500 et 600 repas » ont été distribués par des volontaires aux exilés à la rue où installés sous des tentes le long du canal Saint-Denis, à l’entrée de la Porte d’Aubervilliers ou au niveau du bassin de la Maltournée et du Pont de Soissons. « La solidarité est grande. On a énormément de bénévoles, on en refuse même car même si on a réussi à leur procurer des masques, on prend un maximum de précautions », continue Clarisse. 

 

 

Malgré les opérations d’évacuation des campements de la Porte de la Chapelle et de l’avenue Wilson en novembre dernier, puis celles de la Porte d’Aubervilliers (1) et de la Porte de la Villette entre janvier et début mars, il reste aujourd’hui beaucoup d’exilés dans les rues alerte le collectif Wilson qui dénonce également les « tentes lacérées » par les forces de police ainsi que les « violences policières » à l'encontre des personnes migrantes et leurs « verbalisations ». « Les aidants n’ont pas été verbalisés jusqu’ici mais les réfugiés si, ils se font contrôler et prennent des PV car ils n’ont pas d’autorisation de sorties », avance Phillippe Caro.

Dans le centre-ville, la situation est aussi vécue par les personnes sans-abris. « La Maison municipale de la solidarité a été alertée par le fait qu'ils se faisaient verbaliser. On leur donne des attestations de déplacements, on leur fait aussi des photocopies », souligne Luc lambert, directeur du Centre d'action sociale. 

Le problème de l'accès à l'eau

Pour éviter les contaminations au Covid- 19, les autorités sanitaires et gouvernementales exhortent la population à respecter des gestes simples, dits « gestes barrières ». Mais à la rue, la mise en pratique de ces recommandations, comme celle de se laver les mains régulièrement reste compliquée lorsque l'eau manque, notamment dans les campements. Dans un post Facebook publié le dimanche 5 avril, le collectif Solidarité Migrants Wilson a lancé un « Grand appel » pour obtenir de l'eau potable « pour ceux qui sont confinés dehors » car « les robinets d’eau potable aux alentours sont maintenant inaccessibles ou ont été fermés. Faute d’alternative, les exilés boivent désormais l’eau verdâtre du canal ». Clarisse craint « le même scénario qu'en 2018 lorsque la Ville de Paris a fait fermer les points d'eau en pleine canicule. »

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« L'accès à l'eau pour garantir l'hygiène du quotidien fait partie de nos points de vigilance. C’est un sujet sur lequel nous relançons régulièrement les communes pour garantir un accès à l’eau sur les campements et bidonvilles. Malheureusement, ce n’est pas encore le cas sur tous les campements et bidonvilles », affirmait lors d'une conférence de presse audio sur la situation sanitaire dans le département Anne-Claire Mialot, préfète déléguée pour l’égalité des chances auprès du préfet de Seine-Saint-Denis. Les quatre bidonvilles que comptent la commune sont tous raccordés à l'eau a affirmé le cabinet du maire. Concernant les robinets d'eau potable qui sont « systématiquement fermés pendant la période hivernale et qui dépendent de Plaine Commune, ils vont être rouverts », précise encore le cabinet. Mardi 7 avril, la direction de la restauration de la municipalité a fait livré une centaine de bouteilles d'eau au théâtre de la Belle-Etoile pour le collectif Solidarité Migrants Wilson. 

 Pour les autres campements notamment ceux abritant la population Rom, c'est l'association Alteralia, basée à Aubervilliers qui va prochainement coordonner des maraudes alimentaires et sanitaires mises en œuvre par la Préfecture.  
 

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Yslande Bossé
 

Restos du Cœur de Saint-Denis : « On ne déserte pas le terrain »

Le centre des Restos du Cœur de Saint-Denis logée à la Maison des solidarités a dû arrêter ses activités de distribution de produits alimentaires et d’hygiène gratuits en raison de la pandémie de coronavirus. « On ne s’accommode pas de cette décision que nous avons été contraint de prendre et on comprend la gêne que cela peut occasionner », explique Roland Perrot, l’un des trois coresponsables du centre. 1300 familles dionysiennes étaient inscrites à la campagne d’hiver clôturée plus tôt cette année – « une semaine avant la date prévue » - en raison de l’épidémie du Covid- 19.

« Compte tenu de l’ampleur de l’épidémie et des différentes instructions données par le gouvernement, il aurait été irresponsable de continuer les distributions », souligne Roland Perrot. Autre contrainte qui a motivé la cessation des activités : le manque de matériel de protection pour l’équipe et les bénévoles. « Nous n’avions pas de gants, ni masques, ni gels, les conditions n’étaient pas réunies ».

La configuration des lieux a aussi posé problème : « Nous faisons la distribution des repas alimentaires dans une salle que l’on partage avec le Secours populaire (1). A côté, il y a aussi l’accueil de jour pour les sans-abris. On craignait qu’il y ait des problèmes entres les personnes accueillies et les personnes sans-abris et vice-versa compte tenu du contexte. Il est irréaliste de dire qu’on peut faire respecter dans ces conditions la distanciation physique. En temps ordinaire, on a déjà des difficultés à faire que la distribution se passe de manière sereine ». Enfin, les trois coresponsables du centre voulaient « préserver la santé de tous les bénévoles et des personnes accueillies ». Pour autant, les Restos du Cœur « ne déserte pas le terrain. Les maraudes continuent au niveau départemental et il y a des passages réguliers à Saint-Denis. Ce service est indispensable mais ces maraudes vont devenir de plus en plus difficiles car il y un afflux de SDF qui viennent dans des conditions chaotiques ».

La campagne d'été des Restos du Cœur doit débuter le 20 avril et se terminer le 3 juillet. « Notre objectif est de rouvrir le plus tôt possible mais cela dépend de l'évolution de la pandémie », conclut Roland Perrot. 

YB.

(1) Le Secours populaire continue de faire de la distribution mais à domicile a précisé la Maison municipale de la solidarité

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