En ville

Les invisibles donnent de la voix

Au programme de la Quinzaine anti-raciste de Saint-Denis, des migrants présentent la Coordination des foyers de Plaine commune, récemment créée pour obtenir des droits élémentaires.
Le 22 mars dans la cuisine du foyer du 19 rue du Bailly dans le quartier Plaine à Saint-Denis
Le 22 mars dans la cuisine du foyer du 19 rue du Bailly dans le quartier Plaine à Saint-Denis


Ils sont près de 2000 à Saint-Denis. Et sans doute trois fois plus dans la communauté d’agglomération. Répartie entre sept foyers ou résidences, cette population masculine des travailleurs migrants est l’une des plus discrètes qui soit. Retranchée dans ses lieux d’hébergement, repliée sur l’entre soi du pays d’origine.


« Avec la jeune génération, c’est en train de changer, affirme Boubou Soumaré. On veut supprimer l’écart entre le foyer et l’extérieur. Pour améliorer les conditions de vie des résidents, il faut ouvrir les foyers », préconise ce Mauritanien, qui s’est attelé à la tâche afin qu’aboutissent les revendications communes à ces citoyens de seconde zone.


Il anime la Coordination des foyers de Plaine commune, officiellement constituée fin décembre, mais qui se réunit chaque mois depuis déjà un an à la Maison de la vie associative. Entre les trois sociétés gestionnaires, Aftam, Adef et Adoma, propriétaire de la quasi totalité des foyers à Saint-Denis, tous ne sont pas logés à la même enseigne.


Quoi qu’il en soit, « on a plus d’obligations que de droits, accuse Boubou Soumaré. Le gestionnaire peut entrer dans les chambres comme il le veut. On nous impose du mobilier qui ne nous convient pas. » Non moins inadmissible pour tout adulte, « on n’a pas le droit d’héberger quelqu’un, ou d’avoir des visites, sauf à Adoma où on a imposé ces droits ».


Pour la Coordination, là est donc la priorité, « le droit à une vie privée », et un statut de locataires régi par le droit commun. Autre exigence, le conseil de concertation, prévu dans chaque foyer, « doit être reconnu par le gestionnaire ». Mais les délégués qui le composent « doivent être acceptés par leurs frères. Ce qui n’est pas évident avec les problèmes ethniques », observe Jean Bellanger, au nom d’EVTC (Ensemble, vivre, travailler, coopérer), principal appui de la Coordination (*).


« On a besoin de lois pour que ces délégués soient reconnus comme ils le sont dans les entreprises avec le Code du travail. Il nous faut pour ça un appui politique, insiste ce militant de longue date auprès des migrants. La difficulté, ajoute-t-il, tient à la nature même des foyers qui ont été conçus pour des travailleurs de passage. »


Ce qu’ils ne sont plus depuis bientôt quarante ans, parce que les frontières ont été fermées, et que le travail se fait plus rare. La durée du séjour y dépasse souvent les vingt ans. Aujourd’hui, avec les studios individuels équipés de douche et d’une cuisine des nouvelles résidences, « la recherche d’autonomie » des résidents est certes satisfaite, reconnaît Boubou Soumaré. « Mais il y manque beaucoup d’espaces communs. »


En particulier pour la cuisine, nécessairement collective pour tout Africain. Pour des cours d’informatique ou d’alphabétisation, aussi. C’est le cas au foyer du Bailly, à la Plaine, où préfèrent ainsi rester « une cinquantaine de personnes qui ne veulent pas se retrouver entre quatre murs » dans la nouvelle résidence de la Porte de Paris.


« Ce sont des gens qui ont besoin d’être valorisés. Il y a trop discrétion sur ce qu’ils font pour leur pays», reprend Jean Bellanger, en réponse aux château d’eau, médiathèque, centre de santé, mentionnés pour son village par Boubou Soumaré.

Marylène Lenfant


(*) avec notamment le Copaf et l’UL CGT.


Rencontre le samedi 30 mars, de 10h à 12h30 à l’hôtel de ville de Saint-Denis, place Victor-Hugo dans le cadre de la Quinzaine anti-raciste (avec la Voix des Roms). A 13h, repas de Taf et Maffé offert l'Asafi