En ville

Les familles expulsées campent toujours

Depuis deux mois, les campements de fortune s’étendent en contrebas des immeubles, rue Danielle-Casanova pour l’un, rue de Strasbourg pour l’autre, avec le soutien de Réseau solidarité logement.

Une vingtaine de tentes alignées sous des bâches. À Saint-Rémy comme à Franc-Moisin, c’est quasiment le même abri de fortune qui subsiste depuis deux mois sur un trottoir, en contrebas des immeubles. L’un avait été improvisé le 26 juin en bordure de la rue Danielle-Casanova, après la deuxième expulsion d’occupants sans titre exécutée à Franc-Moisin à la demande de Plaine commune habitat. Au côté du couple à la rue avec ses quatre enfants, dont un bambin de quinze mois, des dizaines de familles visées par la même procédure se sont rassemblées en un campement protestataire qui s’est organisé vaille que vaille avec le soutien du Réseau solidarité logement. Comme à Saint-Rémy. Là, en bordure de la rue de Strasbourg, N’tou Kaba, une Guinéenne, maman d’un garçon de 10 ans, montre les étais en bois qui soutiennent à présent les bâches pour prévenir tout nouvel accident en cas de fortes pluies. « L’autre jour, l’eau s’est accumulée sur les bâches jusqu’à écraser les tentes ! »
Déléguée des familles en instance d’expulsion, N’tou était au nombre des cinq occupants sans titre que l’Ogif, le bailleur de la cité, comptait voir délogés le 1er juillet. Face à la détermination des militants et familles mobilisés ce jour-là, la police n’en aura sorti que deux, elle et le couple Keita, des Maliens, parents de deux jeunes enfants, dont la petite Coumba, alors âgée de 4 mois. « Elle souffre d’une bronchite. Elle a aussi attrapé une gastro-entérite. Parce qu’ici, comme on n’a pas d’eau, pour faire la vaisselle, stériliser des biberons, c’est tout un problème. Et les aliments se conservent mal », déplore N’tou, qui oscille entre colère et abattement. Elle désigne, parmi ses compagnons d’infortune, « tous ceux qui se lèvent à 4h du matin pour aller faire des ménages et gagner 600 à 800 euros par mois. On est tous des travailleurs pauvres. On est des victimes alors qu’on nous traite comme des coupables. Personne n’est entré gratuitement dans les appartements, on a tous payé de 2000 à 4000 euros. Quand on a envie d’être stable, c’est plus fort que la raison. On sent le coup fourré, mais on se dit que ce n’est pas grave. »
Elle songe aux enfants. Et signale le gamin de 2 ans de Sekou Keita. « Il tirait son père par la manche pour rentrer à la maison. » Et pour leur plomber un peu plus le moral, l’automne est en vue. Les mamans disent s’inquiéter de la prochaine rentrée scolaire. Les militants du Réseau solidarité logement, eux, envisagent « des démarches auprès des écoles » du côté de Saint-Rémy et de Franc-Moisin, quartier où la trentaine de familles concernées totaliseraient quelque 90 enfants. « Le sous-préfet, qui nous a reçu le 18 août, s’est seulement engagé à étudier le dossier des quatre familles expulsées », rapporte Jean-Marc Bourquin, également conseiller municipal LCR. Mais si le problème de titre de séjour ne se pose pas pour celles-là, il n’en va pas de même pour de nombreux squatteurs à Saint-Rémy.
« Il n’y a pas eu d’autres expulsions cet été, note encore M. Bourquin. C’est un élément positif lié à la mobilisation. » De fait, entre les délégations en sous-préfecture, réunions du comité de soutien, manifestations, tractages et la diffusion d’une pétition, les militants du Réseau n’ont connu guère plus de trêve estivale que les familles. Reste encore, pour d’autres perspectives que les expulsions, à concrétiser ce projet d’une « table ronde » sur le logement en Île-de-France, approuvée par la mairie et l’ensemble des élus de gauche, dont Patrick Braouezec, qui en avait demandé la tenue auprès du préfet. Dans ce courrier, daté du 22 juillet, le député et président de Plaine commune indiquait, par ailleurs, sa volonté de ne pas voir mise en œuvre la procédure d’expulsion qu’il avait engagée contre le campement de Franc-Moisin pour « occupation illicite du domaine public ». De son côté, la mairie a réprouvé l’installation de ces campements qui l’avaient conduite à expliciter ses positions sur le logement social sur les quatre pages d’un numéro spécial de « Mairie infos ». Par ailleurs, le Collectif unitaire antilibéral, réuni le 4 juillet à la bourse du travail « pour le droit au logement » a diffusé autour de cette revendication une pétition signée par la LCR, les Verts, des militants associatifs, etc., et quelques élus de sensibilité communiste.
Marylène Lenfant

Éclairage
Quarante personnes évacuées d’un squat rue Brise-Échalas
Réseau électrique défectueux, infiltrations d’eau, menaces d’effondrement d’un escalier, de plafonds et de planchers… L’état de délabrement de l’immeuble du 14 et 14 bis, rue Brise-Échalas, rendait « indispensable son évacuation », déclarait-on en mairie le mardi 26 août, après l’expulsion au petit matin des occupants sans titre de ce bâtiment frappé d’un arrêté de péril imminent. Dans les sept logements répartis sur trois niveaux vivaient quarante personnes. Parmi elles, cinq familles avec enfants ont pu bénéficier d’un hébergement en hôtel, d’abord pris en charge pour trois nuits par la Ddass, puis pour quinze autres par le conseil général. Cette mesure étant sans doute appelée à être renouvelée pour une même durée.
Pour les trois familles qui étaient suivies par ses services, la mairie table sur divers formules de relogement : résidence sociale des Tartres, appartement du contingent patronal et dans le cadre de la loi sur le droit opposable au logement. Le bénéfice de cette même loi étant également escompté pour les deux autres familles. Quant aux personnes sans enfant, célibataires ou couples, « ils étaient une quinzaine, salariés, en situation régulière, et qui ont été jetés à la rue », s’indigne-t-on au Réseau solidarité logement.
Autre motif d’indignation, mais celui-là également exprimé par la Ville, une douzaine de Maliens et d’Ivoiriens, qui eux étaient sans titre de séjour, ont fait l’objet, lors de cette opération, d’un contrôle des services de police qui les ont sitôt interpellés. « Il n’est pas tolérable qu’un immeuble insalubre et dangereux serve de prétexte à une chasse aux sans-papiers », souligne le communiqué du cabinet du maire, où l’on indique par ailleurs qu’après son achat par la Ville en 2003, « dans le cadre du réaménagement du quartier », l’immeuble n’avait pu être démoli, comme prévu, parce qu’il avait « été l’objet d’un squat massif de personnes qui pour la plupart venaient de Paris ». D’après Stéphane Peu, élu en charge de l’urbanisme et de la politique foncière, il serait à présent question d’une réhabilitation par un opérateur privé qui reste à désigner.
M.L.