À la une En ville

Commerce
/ Les enseignes de fringue se font la malle

Après Etam ou Jacqueline Riu, et il y a quelques mois Jennyfer et Celio, la boutique Camaïeu a définitivement tiré le rideau samedi 22 septembre. Les enseignes de prêt-à-porter déserteraient-elles la rue de la République ?
La boutique de prêt-à-porter Camaïeu a fermé définitivement ses portes samedi 22 septembre / © Yann Mambert
La boutique de prêt-à-porter Camaïeu a fermé définitivement ses portes samedi 22 septembre / © Yann Mambert

Les clientes sont encore là, mais les rayonnages sont déjà à moitié vides. À quelques jours de la fermeture définitive de sa boutique, Lydie, dionysienne et responsable adjointe du magasin, ne se départit pas de son grand sourire si communicatif. Pourtant le moment est forcément un peu lourd. « Les clientes sont déçues. J’en ai même vu certaines pleurer. Beaucoup sont des mères de famille qui n’ont jamais l’occasion d’aller faire du shopping à Paris. Elles venaient ici parfois juste pour se faire du bien moralement. »

Et pour acheter aussi, car ce n’est visiblement pas un problème de chiffre d’affaires qui motive la fermeture de la boutique dionysienne. « Camaïeu, c’est une enseigne qui marche fort et la boutique fait de bons chiffres. Le problème c’est le quartier qui se dégrade et qui ne colle plus à l’image de la marque. Par exemple, on essaie de préparer de belles vitrines, mais elles n’ont plus de valeur avec tous les vendeurs à la sauvette devant. Nous, on a lutté pour que Camaïeu reste ici. D’ailleurs, malgré l’assaut du Raid en 2015, l’activité avait été maintenue. Les décideurs ont pris leur temps avant de prendre une décision. »

Mais comme pour Celio avant l’été, et visiblement pour les mêmes raisons, le couperet est tombé en cette rentrée 2018. Sans casse pour les personnels qui ont été reclassés dans les boutiques de leur choix.

10% de vacance commerciale en centre-ville

Une défection de plus qui inquiète chez Sergent major, à deux pas de là. « À moyen terme, le risque c’est que les gens se détournent de la rue de la République pour aller dans un endroit où on trouve des vêtements pour toute la famille. En tant que maman, c’est ce que je ferais, témoigne une vendeuse. C’est compliqué d’être une boutique isolée. » Continuer de pouvoir faire les magasins en centre-ville, tel est l’enjeu pour la rue de la République, comme pour beaucoup d’artères principales de villes moyennes en France.

« Le départ des enseignes est un sujet préoccupant, reconnaît Julien Colas, maire adjoint au commerce qui regrette par ailleurs d’avoir été mis devant le fait accompli par Camaïeu. Il faut des commerces pour tout le monde à Saint-Denis, y compris des boutiques de prêt-à-porter de qualité. On doit avoir cette ambition. Beaucoup de gens s’installent à Saint-Denis et consomment ailleurs, il faut changer ça. » L’élu ne souhaite pas noircir exagérément le tableau cependant. « Le centre-ville ne perd pas toutes ses enseignes. Action, C&A ou Go sport sont toujours là. Et le taux de vacance commerciale n’est que de 10% sur les 900 cellules commerciales du centre-ville. » La cote d’alerte est néanmoins atteinte. Et Julien Colas souhaite agir. « La foncière commerce qui sera en place début 2019 sera un nouvel outil indispensable. En attendant, il faut au plus vite travailler à l’amélioration de la tranquillité publique et de la propreté de l’espace public, sans quoi on ne peut pas être attractif sur le plan commercial. On ne peut pas laisser la rue de la République dans cet état. Il faut occuper l’espace avec la police municipale et la police nationale pour l’apaiser. » 

Mais tout le monde ne désespère pas non plus. Chez Foot Locker, quand bien même certains vendent des baskets à la sauvette sur le trottoir d’en face, on considère toujours que « la rue de la République est l’emplacement idéal, parce que les gens se promènent et rentre pour acheter ».

Un potentiel que lorgnerait le groupe de prêt-à-porter à bas prix irlandais Primark dit-on, et sur lequel a envie de miser Julien Colas : « Nous avons des rendez-vous avec d’éventuels repreneurs. Je vais aller également chercher des enseignes à Saint-Lazare pour leur faire découvrir ce centre-ville au patrimoine et au potentiel exceptionnel. Cette rue de la République et ses 60 000 passages par jour. Ce marché et ses 120 000 passages par semaine. Mais c’est un fusil à un coup. Si on ramène des investisseurs et que les problèmes d’environnement ne sont pas réglés, ça ne fonctionnera pas. Et ils ne reviendront plus. »

 

Yann Lalande

Réactions

j'ai constaté plus de rondes contre les vendeurs à la sauvette, mais après le départ de ceux ci , à savoir juste avant l'arrivée de la police, ou avec la police, pourquoi laisse-t-on dans la rue tous les cartons qui servent de comptoir, et qui d'une part ne permettent pas de juger de l'efficacité des actions de lutte et d'autre part permettent aux vendeurs de se rénstaller en un clin d'oeil après le départ des policiers. La lutte contre ces vendeurs serait plus efficace si on prévoyait une équipe de rue chargée d'embarquer immédiatement tous ces cartons. et peut-être si une deuxième ronde de contrôle se faisait dans la foulée pour décourager ceux qui se sont réinstallés
La faute à la mairie et responsable qui on laisser s'installer les déchets de toutes la régions à st denis. Une ville où on pouvait sortir sans problème. Maintenant pour ne pas avoir de problème on ne sort pas.
Bonjour. Julien Colas avait promis de venir s'expliquer au conseil municipal 6 mois après le vote de la subvention de 80 000€ pour la MCA. Au final, la MCA de Saint Denis depuis 20 ans qu'elle recoit des subventions (parfois très importantes) n'a pas fait son job. A l'image des élus d'ailleurs. Je reprends les mots de notre maire adjoint dédié au commerce. « La foncière commerce qui sera en place début 2019 sera un nouvel outil indispensable. En attendant, il faut au plus vite travailler à l’amélioration de la tranquillité publique et de la propreté de l’espace public, sans quoi on ne peut pas être attractif sur le plan commercial. On ne peut pas laisser la rue de la République dans cet état. Il faut occuper l’espace avec la police municipale et la police nationale pour l’apaiser. » Je lui rappelle que lorsque Slimane Rabahallah a démissionné de sa délégation à la sécurité, je n'ai pas beaucoup entendu votre soutien à ce qu'il a dénoncé depuis plusieurs mois. Il faudrait qu'il dénonce aussi l'incurie de D. PAILLARD qui a osé dire en 2014 qu'il faisait bon vivre à Saint Denis...
La déliquescence des commerces, encore une réussite à mettre à l'actif de Braouezec. Il y a quelques années Saint-Denis, alors dit plus grand marché de l'Ile-de-France était réputée pour l'attractivité de son commerce; c'est aujourd'hui la capitale des khebabs, des coiffeurs,... et des vendeurs à la sauvette. Même le marché est en perte de vitesse, la place Victor Hugo est aujourd'hui envahie de marchands de vêtements bas de gamme... Et c'est maintenant Saint-Ouen qui prend la main pour la qualité de ses commerces et de ses restaurants. Mais Braouezc et donc Russier ont une fois encore la solution: installer des commerces de rue... comme à Calcutta
Bonsoir. Julien Colas ne viendra pas défendre son bilan ce soir... puisqu'il est démissionnaire en suspends... à cause de profonds désaccords avec le maire notamment sur la sécurité et la propreté. Au bout de 40 ans qu'il est dans la ville, j'ai même eu son père comme prof de math (très bon professeurs d'ailleurs), il se rends compte qu'il y a des problèmes dans la ville. Les problèmes qu'ils citent ne datent pas d'hier. Il a été élu sur une liste sur le bon vivre à Saint Denis... Seulement voila, lorsque ce sont des simples citoyens qui dénoncent l'incurie, c'est l'extrême droite, la... ça passe.