Cultures

Chapiteau RajGanawak
/ Les enfants Doms de Syrie se racontent

Hani, Zakaria, Badura, Rokaya, Zayneb… Ces gosses ont fui avec leurs familles leur pays d’origine, la Syrie, au début de la guerre. Ils racontent leur histoire dans un spectacle pour les enfants.
À ce jour, 28 enfants Doms ont été scolarisés grâce au travail du Chapiteau RajGanawak   © RajGanawak
À ce jour, 28 enfants Doms ont été scolarisés grâce au travail du Chapiteau RajGanawak © RajGanawak

« Le seul moment où l’on évoque la guerre c’est au tout début avec le départ des enfants de la Syrie. Le ciel est noir et ils étouffent. On l’évoque de manière assez distanciée », dévoile Mathilda Millet qui, à l’instar des bénévoles du Chapiteau RajGanawak, s’affaire aux derniers préparatifs. Le spectacle pour enfants du RajGa s'est joué le 26 juin en public et sera présenté vendredi 28 en comité restreint. Au centre de la piste, les spectateurs découvriront l’histoire de Hani, Zakaria, Badura, Rokaya, Zayneb… Des enfants de la communauté Dom syrienne qui ont fui leur pays d’origine il y a quelques années, au début de la guerre.

Leur périple assez atypique les a menés d’abord au Liban (où se trouvaient leurs familles), puis en Mauritanie, au Maroc, en Espagne et enfin en France, à Saint-Denis. « Nous avons voulu raconter leur exil forcé en s’inspirant de la trame du Petit Prince de Saint-Exupéry, évoque Mathilda. On détourne certains éléments du Petit Prince. Le renard incarne un passeur rencontré sur leur trajet pour l’Espagne, les baobabs font référence au manque de ressources en Mauritanie, les planètes sont en fait les pays par lesquels ils sont passés, le roi fait référence au gouvernement espagnol. » Financée pour ce projet par le Contrat de ville et la Fondation de France, l’association s’est appuyée sur son réseau, notamment les artistes de la Briche pour des éléments de décor et des costumes.

Un espace rappelant l'école

C’est en 2017, à l’ouverture du Chapiteau RajGanawak, que les bénévoles entrent en contact avec cette communauté installée à Saint-Denis et décident dans la foulée de fonder La Petite École où se mêlent ateliers ludiques et cours d’alphabétisation (JSD n° 1180 octobre 2018). « Nous ne sommes pas des enseignants, nous avons juste voulu créer un espace qui rappelle l’école car nous avions remarqué que les enfants étaient en demande, défend Mathilda Millet. Ils ont eu très vite envie de jouer à l’école, si l’on peut dire. »

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C’est en 2018, au contact de Yahia Abdoulaye, chercheur syrien à École des hautes études en sciences sociales (EHESS) et réfugié syrien lui aussi, que germe l’idée de ce spectacle. « Mon doctorat porte sur la question de la migration forcée des Doms. Pour mes recherches j’avais réalisé des entretiens avec eux l’année dernière. Et c’est avec leurs témoignages que nous avons construit le texte, raconte Yahia qui tient le rôle de narrateur du spectacle. C’est important de raconter leur histoire dans l’endroit où ils vivent aujourd’hui, c’est-à-dire à Saint-Denis mais aussi au Chapiteau.»

« Nous avons tissé ces relations »

Les enfants syriens évoqueront bien sûr la question de l’accueil en France. Mais s’ils ne sont pas la question centrale de la pièce, les tracas de l’administration française ne laissent aucun répit aux enfants, ni, par ricochet affectif, à ceux qui les accompagnent. « Nous sommes les seuls adultes qu’ils repèrent. Eux nous renvoient à la dureté de la politique migratoire française et européenne. C’est une problématique qui devient concrète pour nous parce que nous avons tissé ces relations. Du jour au lendemain, ils peuvent être envoyés dans des Centre d’accueil pour demandeurs d’asile (CADA) et tout ce qu’ils auront construit ici s’envolerait en fumée. Certains sont très contents d’aller dans des CADA, mais pour nous c’est vrai que c’est toujours un petit déchirement », confie Mathilda Millet.

À ce jour, 28 enfants Doms ont été scolarisés grâce au travail du Chapiteau RajGanawak qui tient tous les jeudi une permanence dédiée à l’aide aux Doms et aux Roms dans le Centre socioculturel le 110. Mais pour le spectacle pour enfants, « nous n’avons voulu faire ni un happy end ni une fin trop plombante, assure Mathilda. Ces enfants aiment la ville mais ils vivent dans des conditions précaires. Nous devions trouver un équilibre. » Un temps de partage autour d’un goûter est prévu à l’issue de la représentation, l’occasion d’aller à la rencontre de ces petites forces de la nature. 

Maxime Longuet