À la une En ville

Avenue Wilson
/ Les campements expulsés

Vendredi 16 décembre à 9h30, les forces de l'ordre sont intervenues en masse pour démanteler les abris de fortune des expulsés du 168 avenue Wilson et ceux des réfugiés d'Afghanistan et du Soudan. Les migrants ont été hébergés dans des gymnases. Pas les délogés.
Evacuation des campements Wilson ce vendredi 16 décembre au matin.
Evacuation des campements Wilson ce vendredi 16 décembre au matin.

« Ça s'est passé vers 9h30. On était comme tous les matins en train de servir un petit-déjeuner et puis à un moment, on a remarqué qu'il n'y avait plus aucune voiture en circulation sur l'avenue Wilson. C'est là qu'on a compris que la police avait bloqué les accès de l'avenue et qu'ils allaient expulser », explique une habitante impliquée dans une chaîne de solidarité qui s'était montée dans le quartier pour venir en aide aux migrants installés depuis quelques semaines sur le terre-plein central de cette avenue de la Plaine Saint-Denis. Effectivement, l'arrivée d'une dizaine de bus et de fourgons policiers confirme l'imminence du démantèlement. « La Ville n'a même pas été tenue au courant », regrette la première adjointe Jaklin Pavilla, arrivée sur place dès qu'elle a su.

Récit de la destruction du campement de l'avenue Wilson par Jean-Jacques Clément, un bénévole from Le Journal de Saint-Denis on Vimeo.

C'est d'abord le campement des expulsés du 168 avenue Wilson qui est ciblé. Alertés, les occupants avaient pour l'essentiel quitté les tentes. « Seuls trois d'entre eux ont été contrôlés et ont eu une OQTF », rapporte Jean-Marc Bourquin du Réseau solidarité logement, qui les suit dans leur lutte depuis leur éviction de l'immeuble le 25 août et les soutient dans leur demande d'hébergement et de régularisation des personnes sans-papiers. C'est ensuite le campement plus récent, le plus imposant aussi, celui des réfugiés refoulés du centre d'accueil de La Chapelle, qui est à son tour détruit. 

« Merci encore pour tout ce que vous avez fait pour nous », glisse en anglais un Afghan d'une vingtaine d'années aux derniers bénévoles présents, en jetant son sac sur l'épaule. Il semble un peu perdu. Un peu sonné aussi. Lui n'était pas sur place au moment de l'expulsion. Pas là non plus au moment où ses compagnons de galère étaient conduits dans des bus pour être répartis ensuite dans des gymnases réquisitionnés à Paris, Pantin et Saint-Denis. « J'étais parti à la préfecture ce matin... », s'excuse-t-il presque.

« C'est dommage de jeter »

C'est en revenant un peu avant 11h qu'il a trouvé le campement dévasté et vidé de ses occupants. Lui a pu récupérer ses effets personnels restés dans la tente, mais parmi ceux qui s'étaient absentés pour aller prendre une douche ou faire des démarches, tous n'ont pas eu cette chance. On en a croisé plusieurs dont les affaires, à leur retour sur le campement, avaient déjà été embarquées par un impressionnant service de « nettoyeurs ». Remarquables par leur combinaison blanche intégrale, ils s'activent à ramasser tout ce qui traîne, habits, tentes, équipements... Tout est méticuleusement détruit et jeté à la benne. Tandis que des bénévoles associatifs tentent de récupérer des vêtements et du matériel - « c'est dommage de jeter, c'est en bon état et ça peut encore servir » - Pierre-André Durand, préfet de Seine-Saint-Denis, qui avait fait le déplacement, soutient le contraire. Son mot d'ordre : « la destruction ».

« L'objectif, ce n'est pas que les gens se réinstallent dans des conditions indignes, justifie-t-il. On essaie de mettre en place un cercle vertueux et respectueux, où les migrants sont pris en charge et mis à l'abri temporairement dans des gymnases. Ils vont pourvoir manger, dormir au chaud. Des associations sont mandatées par l'État pour examiner la situation de chacun et pouvoir ensuite réorienter ces personnes en fonction de cet examen. » À ses dires, 322 migrants présents ce matin sur le terre-plein central de l'avenue Wilson ont pour l'heure bénéficié de ce dispositif. « Évidemment que la situation n'est pas tenable, que les campements n'offrent pas des conditions d'accueil satisfaisantes, réagit Madjid Messaoudene, conseiller municipal, mais le centre de la Porte de la Chapelle étant saturé, il est très probable que d'autres réfugiés reviennent à leur tour s'installer. »

Le Préfet de Seine-Saint-Denis, Pierre-André Durant, le conseiller municipal Madjid Messaoudene et la première adjointe Jaklin Pavilla.

Sans répondre sur le sous-dimensionnement du centre d'accueil, le préfet s'est contenté de signaler qu'il était « prêt à aider la Ville de Saint-Denis à rendre inaccessible ce site », via des aménagements et du mobilier urbain à même d'empêcher l'implantation des migrants, citant en exemple Gennevilliers qui à ce propos a « su mettre en place une politique méthodique ». « Mais transformer nos villes en forteresse ne peut pas être une solution ! », s'insurge Madjid Messaoudene. Si le maire Laurent Russier se félicite dans un communiqué « que les demandes de la municipalité aient été entendues par le préfet s'agissant de l'accompagnement individuel des personnes », au-delà de ces mesures d'urgences, il précise avoir également « indiqué au Préfet et à la Mairie de Paris [s]a conviction que seul un partage des responsabilités de l'ensemble des pouvoirs publics permettrait d'apporter une solution de long terme à la situation ».

Les expulsés du 168 laissés sans solution

« Et moi maintenant, je vais où ? », s'enquiert le jeune Afghan. Une bénévole lui conseille de tenter sa chance au gymnase Mandela, à Saint-Denis, situé au 6 rue Francis-de-Pressensé, à un quart d'heure à pied. Réquisitionné par l'État dans le cadre de cette opération, il a été conditionné pour accueillir une centaine de migrants. Quand il s'y présente avec un autre de ses compatriotes, seulement quarante lits sont occupés. Tous deux sont donc acceptés par l'association France Horizon, mandatée par l'État pour gérer ce centre d'hébergement d'urgence, qui a reçu pour consigne d'accueillir les réfugiés retardataires jusqu'à ce que le centre affiche complet. « Ici, c'est appréciable, c'est toujours mieux que d'être dehors », estime Jabbar, un Afghan de 21 ans, arrivé en France il y a sept ou huit mois, qui espère un avis favorable à sa demande d'asile. « À cause de la guerre, j'ai dû partir, j'ai dû abandonner ma famille et traverser huit pays pour venir ici : l'Afghanistan, le Pakistan, l'Iran, la Turquie, la Bulgarie, la Serbie, la Hongrie et l'Italie. J'espère vraiment que la France va m'accueillir et qu'elle ne va pas me renvoyer vers la Bulgarie où j'ai dû laisser mes empreintes en arrivant en Europe. » 

Jabbar, Afghan de 21 ans est hébergé au gymnase Mandela de Saint-Denis.

Pour l'heure, le gymnase a été réquisitionné jusqu'au mercredi 21 décembre. Difficile encore de savoir ce qu'il adviendra ensuite de ces migrants. Par contre, aucune solution, même provisoire n'a été proposée aux expulsés du 168 avenue Wilson, dont le campement installé depuis le 25 août a lui aussi été démantelé ce vendredi matin. « Le préfet présent sur les lieux a renvoyé les familles vers le 115, mais après vérification il n'y a eu aucune proposition d'hébergement faite à qui que ce soit du 168. Ces derniers ont une nouvelle fois perdu leurs affaires, et se retrouvent sans solution pour ce soir », dénonce Jean-Marc Bourquin, du Réseau solidarité logement. « Nous avons insisté auprès de la Préfecture pour que la situation de chacun soit évaluée et donne lieu à des propositions d'hébergement », précise Laurent Russier. Face à l'inaction de la Préfecture, une demande a été formulée à la mairie concernant l'ouverture d'un lieu, par exemple un gymnase, le temps que les habitants s'organisent.

Ce vendredi soir, laissés à la rue, une quarantaine d'habitants se sont présentés vers 20h devant le gymnase Mandela, où des places seraient toujours vacantes, pour profiter de cet hébergement disponible. « Pour l'instant, la préfecture répond non, mais on reste là, on attend. On est en train d'appeler les élus de la Ville en soutien », rapporte peu avant 21 heures Jean-Marc Bourquin, présent sur place avec d'autres militants du réseau, du MRAP, de la Coordination 93, de l'Union fraternelle et d'autres associations, pour dénoncer ce traitement différencié et «cette scandaleuse absence de prise en charge alors même que les solutions de mise à l'abri existent ».

Les portes du centre d'accueil restant fermées, les expulsés du 168 ont finalement peu avant minuit pu trouver refuge et être accueillis en urgence dans une salle paroissiale de l'église Sainte-Jeanne d'Arc située au 19, rue Clovis-Hugues, à la Mutuelle, près de Barbusse. « Pour l'instant ils sont au chaud, mais ils n'ont plus rien », précise Agnès Cluzel du Mrap, parmi les bénévoles mobilisés ce samedi matin devant l'entrée du centre commercial Carrefour dans le cadre d'une collecte organisée au profit de ces sinistrés.

 Ils ont besoin de couvertures et duvets, de vêtements hommes et pour trois femmes, de riz, sucre, café, yahourts, pain sous sachets, brioches, fruits, plats hallal, brosses à dents, dentifrice, savons, produits de toilettes, serviettes « et tout ce que vous pensez être bon pour ces personnes qui depuis hier matin n'ont plus rien. » A déposer jusque 14h devant le centre commercial Carrefour, place du Caquet, ou ce week-end, directement dans la salle mise à disposition par la paroisse.

Réactions

... « Mais transformer nos villes en forteresse ne peut pas être une solution ! » ... mais si c'est malheureusement la solution. A moins de souhaiter (pour des raisons électoralistes ?) la multiplication de ces campements. L'autre solution est bien sûr de filtrer les entrées en France et de ne laisser y entrer que ceux que la France peut accueillir dignement sans dégrader la qualité de vie des français, ceux qui ont des capacités d'intégration soit parce qu'ils parlent déjà français, ont des savoirs-faire ou métiers les permettant de s'insérer sans trop de difficulté dans la société française ou de la famille déjà installée en France et qui peut les aider dans cette insertion. Et surtout repousser tous les djihadistes ennemis de la France qui ont profité de cette gigantesque porte ouverte dans l'UE pour venir commettre les attentats terroristes en France et en Belgique.

Réagissez à l'article

(ex. : votre.nom@fournisseur-internet.com) Cette adresse ne sera pas publiée sur le site.
Merci de prendre connaissance de la charte des commentaires ci-dessous.

Principes de modération

Les commentaires postés sur lejsd.com sont modérés avant publication par l’équipe éditoriale.
Les commentaires sont ouverts les quatre semaines suivant la mise en ligne des contenus.
Les messages sont publiés dans leur intégralité ou supprimés s’ils sont jugés non conformes à la charte.
L’internaute est responsable des commentaires qu’il poste. L’équipe du JSD se réserve le droit de retirer tout commentaire si elle l’estime nécessaire pour la bonne tenue des échanges.
La modération dans l’immédiat a lieu du lundi au vendredi, en horaires de jour.
Lorsqu’un internaute poste plusieurs fois le même commentaire, l’équipe du JSD n’en publie qu’une version.

Pseudonymes

Il n'est pas autorisé de choisir comme pseudonyme le nom d'une autre personne physique ou morale (entreprise, institution, etc.) ou d'utiliser un nom similaire à celui d'un autre internaute dans le but de créer une confusion.
Les noms contenant des allusions racistes, sexistes ou xénophobes sont proscrits.
Si un internaute utilise plusieurs pseudonymes pour commenter, le JSD se réserve le droit de supprimer ces comptes, sans préavis.

Contenus illicites et prohibés

Le contenu des commentaires ne doit pas contrevenir aux lois et réglementations en vigueur. Le JSD supprimera tout commentaire contrevenant à la loi, ainsi que tout commentaire hors-sujet, répété plusieurs fois ou grossier.
Sont notamment illicites les propos racistes, antisémites, sexistes, homophobes, discriminatoires, diffamatoires ou injurieux, incitant à la violence (y compris les appels à la restauration de la peine de mort) ou à la haine raciale, niant les crimes contre l’humanité et les génocides reconnus, faisant l’apologie des crimes de guerre et du terrorisme ; justifiant des actes violents et des attentats.
Sont également proscrits : les propos de nature pornographiques, pédophile ou délibérément choquants ; les atteintes à la présomption d’innocence, l’usurpation d’identité, l’incitation à la commission de crimes ou de délits, l’appel au meurtre et l’incitation au suicide et la promotion d’une organisation reconnue comme sectaire…
Il est également interdit de divulguer des informations sur la vie privée d'une personne, de reproduire des échanges privés et d’utiliser des œuvres protégées par les droits d'auteur (textes, photos, vidéos...).
Actuellement la publicité est interdite sur lejsd.com Les liens promotionnels sont proscrits mais la publication d’un lien vers un site commercial en lien direct avec le sujet dont il est question dans le programme ou le fil de commentaires peut être tolérée, si elle apporte un complément d’information utile à l’internaute.
Le JSD se réserve le droit de supprimer tout commentaire contenant des propos agressifs visant des personnes, notamment les autres commentateurs.
La suppression d’un commentaire entraîne celle des réponses qui lui ont été faites.
Pour contester une modération, merci d’écrire à info@lejsd.com.

CAPTCHA
Ce champ nous permet de vérifier que vous n'êtes pas un robot spammeur