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/ Les break-dancers révisent le classique

Mercredi 1er juillet, le gymnase Irène-Popard a accueilli le tournage d’un clip mêlant deux univers diamétralement opposés en apparence et qui pourtant dialoguent depuis de longues années : le break-dance et la musique classique. Trait d’union cette fois : les Jeux olympiques de Paris 2024.
Mercredi 1er juillet, au gymnase Irène-Popard, le break dance, discipline qui débarque au JO a rencontré le classique... (c) Nicolas Frobert (stagiaire)
Mercredi 1er juillet, au gymnase Irène-Popard, le break dance, discipline qui débarque au JO a rencontré le classique... (c) Nicolas Frobert (stagiaire)

Les semelles des danseurs crissent sur le parquet du gymnase Irène-Popard alors qu’une équipe de tournage installe ses caméras et adresse les dernières consignes aux figurants encore à l’échauffement : « Ce que nous voulons c’est aller chercher vos skills (compétences ndlr) ». Malgré la fatigue accumulée – tous sont sur le pont depuis 6 heures du matin - headspines, coupoles, vrilles et autres power moves s’enchaînent devant les objectifs. Exécutées par 11 break-dancers, ces phases alliant souplesse, force et vitesse ont été associées à la virtuosité des musiciens de l’ensemble Matheus.

Son chef, le violoniste Jean-Christophe Spinosi, s’est lancé dans la réalisation d’un clip qui veut réconcilier l’art et le sport. La vidéo présente les sports olympiques chorégraphiés sur la musique de l’Olimpiade de Vivaldi, œuvre écrite au XVIIIe siècle.

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« Ce que l’on tourne servira à un petit film qui j’espère soulèvera la question de la rencontre de la culture dans les événements sportifs, notamment aux Jeux Olympiques ». La break-dance va faire son entrée aux prochains J.O. Son arrivée en tant que nouvelle discipline sportive a fait l’objet de critiques et d’inquiétudes de la part des danseurs du monde entier qui craignent une récupération de leur art né dans la rue et surtout, de le vider de sa substance artistique au profit de la performance. « On oublie que lors des premiers Jeux Olympiques organisés dans l’Antiquité, la poésie et la musique étaient des disciplines. La break-dance va bénéficier de la plus grande campagne de communication au monde mais en même temps elle risque de se faire apprivoiser avec une codification sur les pas et les combinaisons », développe le chef d’orchestre, spécialiste de Vivaldi. 

Le propos est un peu plus tranché du côté de certains breakers qui participent au projet. « Pour moi on ne peut pas noter le break, on ne peut pas noter l’art. Comment noter quelque chose qui est en constante évolution ? Sur la base de quels codes ? Et puis le hip-hop a justement été inventé pour ne pas se mélanger aux institutions », défend Mounir 26 ans, l’un des danseurs auditionnés et retenus par Spinosi. « Quand on participe à des compétitions de danse - les battles - on ne gagne pas uniquement grâce à notre technique mais grâce à ce que l’on arrive à dégager en émotion, grâce à notre style. Au final, je pense que les JO serviront surtout aux jeunes générations qui pourront se faire connaître mondialement », reconnaît néanmoins cet autodidacte originaire de Bobigny.

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Roxana, jeune roumaine membre de la compagnie Motown et installée depuis 8 ans à Paris, abonde dans son sens : « La break-dance c’est toute une culture. Moi j’ai peur que cela perde son côté artistique avec les JO. Mais il est vrai que les Jeux permettraient de gagner en visibilité pour beaucoup d’entre nous », explique la trentenaire qui a donné la moitié de sa vie à cette culture.

« Lui par exemple s’il cartonne aux Jeux Olympiques, cela lui permettra de ne pas cravacher comme nous », lance Mounir en faisant un signe de tête en direction de Ramy, un garçon de 13 ans, sacré plusieurs fois champion en France comme à l’étranger et dont le niveau impressionne ses ainés et le jury qui les a auditionnés. Dans ce jury on retrouve Erwan Asseh, champion du monde, Bboy Junior, légende du hip-hop, Aurélie Dupont, directrice de la danse de l’opéra national de Paris, et Ninon Raux, danseuse dans le ballet de cette même institution.  

Mozart dans la cité

« Dans le sport de très haut niveau, il y a une maîtrise qui va si loin qu’elle permet un abandon et c’est quelque chose qu’on retrouve dans l’art, la musique et la danse de très haut niveau. Cette maitrise permet de se concentrer sur l’émotion et de trouver l’état de grâce », poursuit Jean-Christophe Spinosi qui avoue plancher sur le projet depuis quelques années maintenant.

A ce projet s’ajoute celui de Mozart dans la cité qui veut croiser les univers du classique et du hip-hop. « Ce court-métrage fait se rencontrer des mondes supposés différents mais qui marchent pourtant bien ensemble ». Ce n’est pas la première fois que le hip-hop et la musique classique s’assemblent. Certains des danseurs présents en ont fait l’expérience. Comme Mounir. « J’ai déjà travaillé avec des danseurs classiques, avec une danseuse de ballet de Maurice Béjart aussi. De toute façon, j’ai toujours écouté beaucoup de musiques différentes et touché à beaucoup de disciplines », confie le danseur qui est passé également par le skateboard et s’est essayé aux arts du cirque à l’Académie Fratellini.

Les sessions Hip-hop Symphonique avec le Philharmonique de Radio France, la multitude de samples utilisés dans l’histoire du rap, la collaboration remarquée entre le violoncelliste Yo-yo Ma et le street-dancer Lil’Buck, objet du documentaire Lil’Buck : Real Swan et principal danseur dans le film Les Bosquets du photographe JR, prouvent qu’un pont a toujours existé entre le classique et la culture hip-hop. « Mon projet c’est d’aller vers d’autres mondes artistiques pour trouver des nouveaux éléments d’inspiration. Je voudrais que les danseurs utilisent les musiques savantes, conclue Spinosi. Et pour les musiciens classiques ça leur amène un regard frais et une énergie magnifique ».

MLo
 

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