En ville

Victimes des marchands de sommeil
/ Le symptôme de la crise du logement

Combattre les marchands de sommeil, c’est bien, s’attaquer au mal-logement, c’est encore mieux estiment le DAL comme la Fondation Abbé Pierre qui plaident pour un renforcement du droit des victimes.
Manifestation du Dal à Saint-Denis contre les marchands de sommeil (archives).
Manifestation du Dal à Saint-Denis contre les marchands de sommeil (archives).

« On a eu une affaire comme ça à Saint-Denis. Un garagiste sans scrupule qui avait logé des familles dans des boxes totalement insalubres. La justice l’a condamné en 2010 comme marchand de sommeil. Mais le gars a revendu et les habitants, pourtant reconnus victimes, ont failli être expulsés. Si on n’avait pas organisé la mobilisation, les gens n’étaient pas relogés et se retrouvaient à la rue. » En se référant à ce cas rencontré rue des-Victimes-du-Franquisme, Jean-Baptiste Eyraud, porte-parole de l’association Droit au logement (1), veut donner la preuve par l’exemple qu’aborder la problématique des marchands de sommeil uniquement sous un angle répressif ne suffit pas.

C’est pourtant « une constante depuis bientôt 20 ans » et les dernières annonces de la région comme du gouvernement ne vont pas inverser la tendance. « Par contre, rien n’est prévu pour renforcer le droit et l’accompagnement des victimes, qui craignent par-dessus tout de se retrouver à la rue. Alors que c’est justement pour y échapper que les gens tombent entre les mains des marchands de sommeil. » Or, associer les victimes dans les procédures et les aider à faire valoir leurs droits, « c’est quelque chose qui demande du temps et des moyens, mais qui fonctionne, témoigne Éric Constantin de la Fondation Abbé Pierre. Quand on arrive à coupler une action publique avec un accompagnement juridique des ménages, on obtient des résultats. »

La situation de ces populations vulnérables devrait davantage mobiliser l’attention des pouvoirs publics, qui ont une fâcheuse tendance à prendre le problème à l’envers. « Il ne faut pas se leurrer, tant qu’il y aura une crise du logement, il y aura des marchands de sommeil pour profiter de la détresse de ceux qui n’arrivent pas à se loger », estime Jean-Baptiste Eyraud. Éric Constantin en est lui aussi persuadé : « Tant qu’on manquera de logements accessibles, n’importe quoi se louera à n’importe quel prix. Ce n’est pas comme s’il y avait un stock d’habitats indignes que l’on pourrait parvenir à terme à éliminer. Il se renouvelle en permanence. »

Une histoire sans fin donc, qui va de pair avec une capacité des marchands de sommeil à se réinventer en permanence pour pouvoir passer à travers les mailles du filet. « La seule façon de leur couper l’herbe sous le pied, c’est de lutter contre l’habitat indigne : soit construire des logements sociaux, encadrer les loyers, empêcher la spéculation immobilière, remettre le logement à un niveau accessible aux classes populaires, remarque Jean-Batiste Eyraud. Autant dire que les marchands de sommeil ont encore de beaux jours devant eux… »


(1) Le DAL peut aider les victimes de marchands de sommeil à faire valoir leur droit : 07 53 23 01 32.

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