En ville

Le sida est sans pitié pour les précaires

Le nombre de patients pris en charge à l’hôpital Delafontaine est passé de 300 à 1 000 depuis 2000. La population venue d’Afrique subsaharienne est particulièrement touchée… Surtout quand elle est sans papier. Les explications de Denis Mechali, chef de service des maladies infectieuses.

La Journée mondiale de lutte contre le sida se déroulera le 1er décembre. Une journée dont les mots d’ordre seront?: « mener - s’activer - responsabiliser ». Une fois encore, il va s’agir avant tout de sensibiliser les populations sur la maladie en insistant sur la prévention?: « Même si de grands progrès ont été réalisés depuis quinze ans, le sida existe encore, indique Denis Mechali, chef du service des maladies infectieuses et tropicales (SMIT) de l’hôpital Delafontaine à Saint-Denis. Il ne faut pas baisser la garde, mais se protéger et se faire dépister. »
Les progrès médicaux réalisés notamment avec la trithérapie ont eu comme effet insidieux de « banaliser » la maladie?: « Certains pensent que ce n’est plus une maladie mortelle, pire qu’elle se soigne?! », explique Denis Mechali. Conséquence?? « Le nombre annuel de nouveaux diagnostics de VIH notifiés est en constante augmentation », souligne le rapport de l’ONU. « Le phénomène de lassitude joue également. Il est difficile de modifier la façon de vivre des gens sur une longue durée », ajoute Denis Mechali.
Ce médecin le constate quotidiennement à l’hôpital Delafontaine, où son service a été mis en place depuis 1990. Il observe surtout que depuis une dizaine d’années, le profil des malades a profondément changé. « Dans les années 1990, la maladie touchait très majoritairement les hommes (80 %) et notamment les usagers de drogues », explique-t-il. La mise en place d’une réponse ciblée (échange des seringues, développement de substituts type Subutex…) et d’une campagne très active ont porté leurs fruits. Aujourd’hui, la donne a changé. Depuis 2000, le nombre de personnes prises en charge à Delafontaine a fortement augmenté. Il est passé de 300 à près de 1 000 personnes. Surtout, sur les 946 patients pris en charge en 2007 dans le service, 534 étaient des femmes, soit 56,4 % des malades (la moyenne nationale est de 48 %) originaires, pour 68 % d’entre elles, d’Afrique subsaharienne. « Les migrants n’ont pas la même représentation de la maladie. Pour eux, la maladie est mortelle et il n’y a rien à faire contre et surtout cela reste une maladie honteuse?: “si je suis une femme séropositive, tout le monde va penser que je suis une prostituée?!” », commente Denis Mechali. Dans ce contexte, pas question non plus de dépistage, ce qui explique que 25 % des malades dépistés sont déjà au stade C (c’est-à-dire celui du sida déclaré).

« Difficile de franchir la barrière de la pudeur »
La plupart du temps, le dépistage est effectué au cours des grossesses. « Il y alors un énorme travail pour faire comprendre que ça se soigne », dit encore le médecin. Il peut également compter sur l’aide de psychologues ou d’assistantes sociales pour l’aider dans sa tâche?: « La pluridisciplinarité de notre équipe fonctionne à bloc et c’est une force considérable. » Par ailleurs, des associations, comme par exemple Ikambéré, travaillent pour favoriser l’acceptation de la maladie par le malade et par son entourage. « Il est souvent difficile de franchir la barrière de la pudeur, surtout lorsque l’on est en situation de vulnérabilité et de précarité », explique Denis Mechali.
Une personne sur deux nouvellement touchée est effectivement précaire. Se pose également le problème des sans-papiers. Des populations exclues des soins qui ont souvent peur de se présenter. « Nous subissons les politiques », explique Denis Mechali, qui souligne l’effet pervers de cette situation?: « On obtient, et c’est bien légitime, une aide médicale avec une autorisation de séjour pour soins d’un an qui peut se transformer en visa. » Le médecin poursuit?: « Autrement dit, les sans-papiers doivent-ils se dire?: “Bonne nouvelle, je vais être régularisé car j’ai une maladie grave?!” ».
Dans ce contexte, la journée du 1er décembre prend un sens particulier à Saint-Denis. Qu’en attend Denis Mechali???: « Que la population vienne se faire dépister, en particulier les migrants, qui sont de plus en plus nombreux mais pas encore assez nombreux. Si l’on est malade, il faut se faire suivre, être pris en charge, réussir à en parler. La vie continue, on peut travailler normalement, faire des enfants, vivre simplement. »
Étienne Labrunie

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