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Femmes et mineurs sans abri
/ Le sens de l’accueil citoyen

Le vendredi 12 octobre, l’association Utopia 56, invitée par la Ville, est venue expliquer le pourquoi et le comment de l’hébergement citoyen qu’elle a mis en place pour les femmes et mineurs à la rue.
L'association Utopia 56 créée en Bretagne, met à disposition de publics isolés un hébergement citoyen.
L'association Utopia 56 créée en Bretagne, met à disposition de publics isolés un hébergement citoyen.

Les alertes se sont encore succédé ces derniers mois, en Seine-Saint-Denis pour les femmes enceintes et jeunes accouchées avec leur bébé, à Paris pour les mineurs isolés… Pour ces personnes vulnérables laissées à la rue, un hébergement « citoyen »  par des particuliers a été mis en place en 2016 par Utopia 56. Créée en Bretagne pour encadrer les bénévoles dans la Jungle de Calais, cette association a été conviée par la Ville le vendredi 12 octobre à une réunion publique en mairie pour expliquer les modalités de cet accueil. À Paris, « nous avons eu 7 000 hébergements depuis le début 2018, explique Fanny Poivre, qui a lancé ce dispositif dans la capitale voilà un an et demi. Hier ce sont 72 personnes qu’on a réussi à mettre à l’abri. Surtout des femmes avec bébé et enfant. On est sur le principe d’une nuit. »

À chaque fin d’après-midi, alors que les familles suivies par Utopia ou d’autres associations se regroupent à la Porte d’Aubervilliers, raconte encore Fanny, des SMS sont adressés aux hébergeurs potentiels pour connaître leurs disponibilités. « Les repas sont distribués sur place et vers 20h30-21h, la famille est accompagnée par un bénévole chez l’hébergeur. » Pour celui-ci, la prise en charge de la famille s’arrêtera le lendemain matin à l’arrêt de bus le plus proche où il l’aura accompagnée. Utopia 56 s’emploie ainsi à suppléer aux carences du 115, numéro d’appel pour l’hébergement d’urgence en hôtel que ces familles doivent, quoi qu’il en soit, solliciter chaque soir jusqu’à décrocher une place. Leur attente pouvant « durer de trois à cinq semaines ».

Il en va autrement des mineurs isolés, eux-mêmes arrivés de très loin, et qui sont « 60 à 80% » à se voir opposer un refus de reconnaissance de minorité. Ainsi privés des mesures de protection de l’Aide sociale à l’enfance, « ils se retrouvent dans la rue aux mains de réseaux de malfaisants », s’indigne Yann Manzi, le cofondateur d’Utopia. Avec Médecins sans frontière et d’autres ONG, signale-t-il encore, des recours juridiques sont organisés et qui peuvent mettre « vingt-quatre mois » à aboutir. « Un seul hébergeur sur cette durée, on va l’essouffler. »

Ils seront donc trois à se relayer, toujours épaulés par Utopia. « Si vous êtes volontaires, on vient chez vous et on signe une convention de partenariat de 3 ou 6 mois. Par la suite, si vous avez envie de faire une pause, on s’adapte. Vous pouvez toujours dire non. »

Marylène Lenfant

Pour en savoir plus : www.utopia56.com