Cultures

Spectacle TGP
/ Le radeau des oubliés

Anguille sous roche conte les derniers instants d’une jeune comorienne qui, en voulant immigrer à Mayotte, se noie dans l’océan Indien. La parole de cette martyre des temps modernes est portée par Déborah Lukumuena, César 2017 pour son rôle dans Divines. Et fait écho aux disparus en mer Méditerranée.
Déborah Lukumuena, César 2017 pour son rôle dans Divines interprète le personnage d'Anguille dans le spectacle Anguille sous roche, présenté du 10 au 27 janvier au TGP.
Déborah Lukumuena, César 2017 pour son rôle dans Divines interprète le personnage d'Anguille dans le spectacle Anguille sous roche, présenté du 10 au 27 janvier au TGP.

Anguille sous roche, présenté du 10 au 27 janvier au TGP, est tiré d’un livre éponyme d’Ali Zamir publié en 2016 aux éditions Le Tripode. L’auteur, comorien, dont c’est là le premier roman, y raconte les derniers instants d’Anguille, adolescente de 17 ans, qui se noie dans l’océan Indien, au large de Mayotte qu’elle voulait rejoindre à partir de Mutsamudu, ville principale de son île natale d’Anjouan, dans les Comores. Son embarcation, un frêle kwasa-kwasa de fortune surchargé, a fait naufrage et Anguille, accrochée désespérément à un vieux réservoir de carburant, dérive au gré des flots jusqu’à son dernier souffle. C’est ce dernier souffle que raconte Ali Zamir, en une seule phrase ininterrompue et essoufflée, et qu’a adaptée et met en scène Guillaume Barbot.

Avant de couler, Anguille raconte sa vie, les personnes qu’elle a croisées, aimées, ses révoltes, d’une traite, dans une urgence absolue. Elle évoque sa ville Mutsamudu, les pêcheurs dans leurs pirogues, son père Connaît-Tout, sa sœur Crotale, Vorace son amant, Voilà et Daurade, l’ami et la femme de celui-ci. Elle raconte sa belle histoire d’amour et la trahison. Enceinte, chassée par Connaît-Tout, elle se livre à deux passeurs, Miraculé et Rescapé, et se retrouve ainsi agrippée à ce vieux réservoir. Tout cela écrit, et ici dit, dans une phrase unique, comme une houle verbale qui jamais ne s’arrête. 
 


 

Un texte à la portée poétique et politique

« Ce que j’ai voulu d’abord, c’est garder l’impact de ce texte, conserver son rythme, son souffle, cette écriture qui ne retombe pas et qui possède plusieurs niveaux de langue », annonce d’emblée Guillaume Barbot. Le metteur en scène avait présenté ici-même avec succès en mars 2018 Club 27, spectacle joyeusement déjanté consacré aux icônes du rock morts à 27 ans. « La langue d’Ami Zamir est très musicale, rythmée. Elle percute », poursuit-il. Il lui a donc fallu chercher la comédienne capable de porter cette écriture à la fois orale et poétique. Il l’a trouvée en la personne de Déborah Lukumuena, que l’on a vu crever l’écran dans le personnage de Maimouna du film Divines, de Houda Benyamina. On se souvient que c’est pour ce rôle qu’elle avait été récompensée par le César 2017 de la meilleure actrice dans un second rôle. Et, avant qu’on la voie à nouveau au cinéma dans le film Invisibles, de Louis-Julien Petit, dont la sortie nationale a lieu le 9 janvier, elle fait avec Guillaume Barbot ses premiers pas au théâtre. 

« Lorsque je l’ai vue lors d’un casting, je me suis dit, on peut y aller. Elle est la comédienne parfaite pour interpréter Anguille », raconte Guillaume Barbot. Seule sur le plateau, dans un dispositif simple et évocateur de l’immensité marine, accompagnée de deux musiciens, elle jouera donc ce texte, dont la vigueur poétique et la portée politique sont indissociables. « À travers l’histoire d’Anguille, Ali Zamir nous parle de ce qu’est notre société. Ce naufrage est tellement semblable à ce qu’on voit en Méditerranée... Et l’on ignore souvent que ces mêmes scènes dramatiques se déroulent à Mayotte, qui est un territoire français ! On a une responsabilité immense sur ce qu’il s’y passe… » Une tragédie qui se répète sous trop de latitudes, que nous conte la parole d’Anguille, libre et condamnée, de là-bas et d’ici, unique et universelle.

Benoît Lagarrigue

Anguille sous roche, du 10 au 27 janvier au TGP (59, boulevard Jules-Guesde, salle Mehmet-Ulusoy), du lundi au samedi à 20 h 30, dimanche à 16 h, relâche le mardi. Durée estimée : 1 h 15. Tarifs : 6 € à 23 €. Réservations : 01 48 13 70 00 ; www.theatregerardphilipe.com
 

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