En ville

Floréal-Saussaie-Courtille
/ Le quartier se bouge pour la santé

Depuis deux ans, la « recherche action de promotion de l’activité physique » menée à l’initiative de l’ARS, a augmenté de manière significative la part d’habitants pratiquant un sport.<br />Adapter les pratiques à une population sédentaire et les horaires en journée a permis de toucher un public qui ne fréquentait pas les structures sportives pourtant nombreuses.
Aujourd’hui sont maintenus le renforcement musculaire à la Maison de quartier et les deux rendez-vous hebdomadaires pour aller marcher au parc de La Courneuve
Aujourd’hui sont maintenus le renforcement musculaire à la Maison de quartier et les deux rendez-vous hebdomadaires pour aller marcher au parc de La Courneuve

Une activité physique régulière réduit de 50 % les risques de développer un cancer du côlon. Elle les diminue aussi de 30 à 40 % pour le cancer du sein, de 30 % pour la mortalité cardiovasculaire, etc. Longue est la liste des bénéfices rapportés dans les études scientifiques. Mais à la condition de pratiquer au moins 30 minutes par jour, ne serait-ce qu’en se déplaçant à vélo ou à pied. Cette recommandation de l’OMS s’applique à 63 % des adultes à l’échelle nationale. 

À Floréal-Saussaie-Courtille, quartier de logements sociaux de 6?700 habitants, la proportion n’était que de 48 % en 2013. Elle est passée à 64 %, avec une progression surtout remarquable chez les femmes. De 40,3 % à 60,3 %?! Tel est le constat au terme de la « recherche action de promotion de l’activité physique » menée pendant deux ans, à l’initiative de l’ARS, Agence régionale de santé, avec le concours de l’université Paris 13.

Popularisée sous l’intitulé « Pour la santé, je bouge dans mon quartier », elle a été mise en œuvre par la Maison de la santé, qui était missionnée par la direction municipale de la santé. Le bilan en a été dressé le 7 octobre à la Maison de quartier, qui a servi de QG à Paul Daval, l’éducateur médico-sportif en charge du projet. 

Son premier constat, après six mois d’un patient travail de diagnostic nourri par des rencontres, questionnaires, enquêtes au porte-à-porte?: le quartier est riche en offre d’activités sportives, avec deux gymnases, et quantité de clubs de boxe, judo, badminton… Mais ces disciplines, autant que les « lieux identifiés comme réservés aux sportifs » où ils sont pratiqués, « ne correspondent pas à tout le public, et elles demandent un certain budget ».


Fitness, renforcement musculaire ou yoga

De plus, « les clubs fonctionnent souvent en soirée. Il fallait que les personnes puissent venir sans éprouver un sentiment d’insécurité, et pour ceux qui sont parents, quand les enfants sont à l’école ». Ainsi Paul Daval a-t-il mis en place quatre activités proposées gratuitement en journée, dont les séances de yoga, à la résidence de personnes âgées Arepa, et de fitness avec la compagnie Élolonguè. Sont aujourd’hui maintenues les activités les plus populaires et qu’il anime lui-même, le renforcement musculaire à la Maison de quartier, et les deux rendez-vous hebdomadaires pour aller marcher à quelques pas de là, au parc de La Courneuve.

Ce vendredi matin, par exemple, malgré le froid et la pluie, elles étaient une vingtaine, équipées des bâtons que la Maison de la santé met à leur disposition. Parmi elles, Hélène s’emploie à se remettre d’un AVC. Rose-Marie évacue son stress de travailleuse familiale. Et Michèle s’astreint à surmonter de gros soucis de santé, diabète et troubles cardiaques. Motivées par les conseils d’un médecin ou de l’entourage, attirées par le bouche-à-oreille, « ce sont souvent des personnes qui sont dans l’urgence d’une reprise d’activités. Comme je suis toujours là, elles savent où me trouver », signale Paul Daval, qui dénombre plus de 80 inscrites pour la marche, et près de 50 pour le renforcement musculaire.

Pour mieux ancrer ces bonnes habitudes et « renforcer la pratique sportive libre, de running ou de vélo entre copains », la Maison de la santé s’est aussi colletée à une question de fond qui est habituellement de la seule prérogative de la Ville et de Plaine Commune?: l’aménagement de l’espace urbain. Avec le concours du Comité départemental olympique et sportif, un parcours sportif avec six agrès a été créé « sur un espace qui était vide. Les habitants s’en sont bien emparés. Les gens y viennent y compris pour s’asseoir sur les bancs », raconte encore Paul Daval. 

Dans le même temps, la rue principale a été également aménagée par Plaine Commune, avec des ralentisseurs, des poubelles enterrées et des trottoirs élargis où les piétons sont plus nombreux. Plus sûr, plus agréable, l’espace public y a gagné en « marchabilité », comme l’ont conclu les participants à cette expérience riche en enseignements. « Comment la pérenniser et avec quel relais financier pour prendre la suite de l’ARS?? », s’interrogent-ils aujourd’hui. 

Marylène Lenfant


18,6

C’est la proportion des marcheurs dans les modes de déplacements à Floréal-Saussaie-Courtille.Ils étaient 12,2 % en 2013.


93,5

C’est en répartition par sexe le pourcentage des femmes à la permanence d’accueil pour reprendre une activité.


Réinvestir l’espace public
Pour favoriser la marche et le vélo


La reprise d’une activité physique pour remède aux maux causés par la sédentarité et l’excès de poids, c’est depuis des années l’objet du Défi Forme Santé. Soit un programme de douze semaines, proposé au cas par cas, par l’association Sport santé. La recherche action conduite à Floréal-Saussaie-Courtille n’intervient donc pas sur un terrain vierge de toute expérience sur le sujet. Mais en visant le plus grand nombre, à l’échelle d’un quartier, elle a permis de toucher du doigt des manques relevant des bailleurs et collectivités locales.


À 25 minutes à pied du métro Basilique

Alors que « tous les habitants se disaient intéressés », souligne Paul Daval, l’offre de balade à vélo, par l’association Vélo à Saint-Denis, s’est soldée par un échec, faute de pouvoir « stocker leur vélo de façon sécurisée en bas de chez soi ». Ainsi les pistes cyclables vers le parc de La Courneuve et le centre-ville restent-elles « peu utilisées » par les habitants de ce quartier, comme « assignés à résidence » avec pour seul transport en commun le bus 153.Un plan marche a été aussi élaboré avec des habitants et des collégiens. Une douzaine de parcours y sont recensés et minutés. 

« Pour le métro Saint-Denis Basilique, c’est 25 minutes, alors que dans l’esprit des gens, c’est une heure?! », raconte encore l’éducateur médico-sportif. Mais la pose de la signalétique n’est pas à l’ordre du jour, faute d’être financée. Le sera-t-elle avec le Plan marche que Plaine Commune a préparé de son côté?? Augmenter le nombre de marcheurs pour « réinvestir l’espace public » et y faire baisser « le sentiment d’insécurité » pour attirer d’autres marcheurs, tel est le cercle vertueux auquel réfléchit la Maison de la santé. 

M.L.

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