Portrait

Demba Bamba
/ Le monde s'en est mêlé

Rugby. Ce pilier droit est revenu en champion à Saint-Denis, où il a débuté au Sdus, après la victoire de la France contre l’Angleterre en finale de Coupe du monde des moins de 20 ans. L’actuel joueur de Brive a été honoré mercredi dernier en mairie.
Demba Bamba
Demba Bamba

Demba Bamba, c’est l’histoire d’une trajectoire aussi incroyable qu’éclair. À seulement 19 ans le voilà désormais champion du monde. Une première pour les Bleus dans cette catégorie des moins de 20 ans, bien aidés par une génération prometteuse dont le Dionysien est l’un des symboles. Pourtant, rien ne prédestinait le jeune homme à devenir un rugbyman de haut niveau. Adolescent, Demba s’essaye d’abord au hand à La Dionysienne. Ce sportif accompli s’inscrit en parallèle au judo et remporte un tournoi label A, « un peu l’équivalent des championnats de France », confie-t-il avec humilité. Un troisième sport s’insère à son planning déjà chargé: « En 4e , j’ai des amis qui font du rugby. Ils me demandent de venir tester vu que j’avais un bon physique et qu’aux interclasses je me débrouillais pas mal. Du coup, j’ai commencé le rugby au Saint-Denis union sports petit à petit.»

« J'essaye de rester froid »

« On sentait qu’il avait les possibilités d’aller haut. Seulement à un moment, il fallait qu’il se concentre sur une activité et fasse un choix », se souvient son dernier éducateur Jean-Baptiste Gioux. Le joueur du Sdus intègre la sélection d’Île-de-France dès sa deuxième année de pratique. C’est là, en 2013, qu’un émissaire de Brive le repère. Forcément, la Corrèze le dépayse de son Saint-Denis natal. «C’est un petit peu la campagne, sourit-il. Mais il y avait déjà mon frère qui vivait là-bas, ça ne s’est pas mal passé.» Au centre de formation, Demba s’étoffe encore davantage. Aujourd’hui, ce gaillard mesure 1m85 pour 118 kg. Il goûte même aux joies de l’équipe première cette saison avec 8 matches à son actif chez les pros. Mais c’est bien lors de ce Mondial –20 à domicile que le pilier se révèle à la France du rugby. 

Les Français terrassent tour à tour les Sud-Africains (46-29), les Néo-Zélandais (16-7) et les Anglais (33-25) en finale. Demba Bamba se fait vite remarquer dans son registre : puissant et mobile. Ses charges et sa domination sur ses vis-à-vis en mêlée cumulent les vues sur YouTube. « Je suis beaucoup sollicité. J’essaye de rester froid. Heureusement, j’ai ma famille derrière. Je ne veux pas déconner », clame-t-il. Une tâche d’autant plus difficile que les médias annoncent des intérêts supposés des plus grands clubs tels Clermont. Imperturbable, le colosse répond : « Oui, j’ai entendu. Sauf que c’était des rumeurs. Tous ces clubs-là ne sont pas venus me parler. Moi, la saison prochaine, je suis à Brive ! Et même en Pro D2 (son club est relégué, ndlr). Il me reste trois ans de contrat.»

Impossible pour lui toutefois de ne pas rêver à la « vraie » Coupe du monde en 2023, elle aussi organisée en France. « Jusqu’à aujourd’hui, je ne voulais pas sauter les étapes. Je me concentrais sur ce que j’avais à faire. Maintenant que la Coupe du monde U20 c’est fait, je le garde dans un petit coin de ma tête, c’est sûr », lâche-t-il. En attendant, Demba Bamba soulève déjà un autre trophée orné d’une étoile à son sommet: la récompense de la Ville de Saint-Denis (remise par le maire Laurent Russier et son adjoint aux sports Bally Bagayoko le mercredi 20juin). Une ville qu’il n’est pas près d’oublier même s’il suit de loin la situation du Sdus, rétrogradé administrativement: « Ça me fait de la peine, c’est le club où j’ai commencé. Quand je suis parti ils étaient déjà en Fédérale 3, donc je ne m’inquiète pas. Je sais que le club va rebondir. Mais c’est dommage, ce sont des années de perdues. Le club va devoir se reconstruire avec des nouveaux joueurs.» Et pourquoi pas avec d’autres talents qui ne demandent qu’à éclore?

Adrien Verrecchia