En ville

Le Grand Paris passe par ici

Prolongement de la ligne 14 à Pleyel, métro reliant les grands pôles économiques de la région dont la ville et Plaine commune font partie, et doublement de la construction annuelle de logements sont au programme pour les dix ans à venir. Mais les financements sont pour l’heure flous.

« Se déplacer pour aller travailler est devenu un enfer pour des millions de gens. Ça ne peut plus durer. » C’est dit. Et par le président de la République s’il vous plaît. Mercredi 29 avril, Nicolas Sarkozy a livré sa vision du futur Grand Paris. Une vision aux multiples facettes, pour un renouveau à l’horizon d’une dizaine d’années, sans remettre en cause les chantiers lancés ou en passe de l’être. Et tout en dévoilant les secrets de sa boîte à projets, il a pris soin de préciser qu’il n’était pas à cette heure question d’aborder le sujet d’une nouvelle gouvernance de la région capitale. Exit donc les rapports Dallier et Balladur sur la mort annoncée des départements de la petite couronne et des rapprochements de communes en Île-de-France.

Architecture, transports, développement économique, emploi…

S’appuyant très largement sur les hypothèses de travail de Christian Blanc, son secrétaire d’État au Grand Paris, Nicolas Sarkozy avec un incontestable talent de communiquant a parlé pendant plus de quarante minutes architecture, transports, développement économique, emploi… Empruntant même le lyrisme de Victor Hugo en évoquant « le vrai, le beau, le grand » des territoires métropolitains de demain.

Des milliers d’emplois créés

Pour les transports en commun, 35 milliards d’euros sont évoqués. Avec un prolongement de la ligne 14 du métro de Saint-Lazare à Pleyel pour désengorger la 13. Mais la 14 aura une nouvelle vocation, rejoindre Orly au sud, et Le Bourget puis Roissy au nord. Un autre métro, automatique lui aussi, mais de 130 kilomètres (21 milliards à lui tout seul) devrait desservir en boucle (et possiblement 24 heures sur 24) les grands pôles de développement pointés, à savoir Roissy, Orly, La Défense, Saclay, Massy, Clichy-Montfermeil, Noisy et Saint-Denis/Pleyel. Dans ce dernier secteur pourrait s’implanter une nouvelle gare TGV à mi-chemin de La Défense. Pour l’heure, rien n’est ficelé définitivement, mais le président veut aller vite, et il convoquera des réunions de travail avec les collectivités avant l’été a-t-il dit.

2500 hectares serait plantée près de Roissy

Le logement devrait aussi être un élément fort de ce dispositif, avec 70?000 constructions par an contre 40?000 actuellement dans toute la région. Le Havre, relié par une ligne TGV, deviendrait le port maritime de Paris, une forêt de 2500 hectares serait plantée près de Roissy « pour capturer 13 tonnes de carbone par an », et tous ces chantiers d’une envergure peu banale devraient commencer dès 2012, entraînant la création de milliers d’emplois, et bénéficiant de lois (à voter) permettant d’accélérer les très longues procédures administratives habituelles.

Plaine commune pôle « …de l’image de haut niveau »

Quant aux « territoires de projets » développant l’emploi et le dynamisme économique évoqués, plusieurs concernent le 93 et, pour Saint-Denis et Plaine commune, il s’agit du pôle « des industries de la création autour des métiers de l’image de haut niveau ». La Cité européenne du cinéma de Luc Besson (à Pleyel) s’ajoutant aux dizaines de studios et d’entreprises de l’audiovisuel existants, sans oublier le prochain « campus Condorcet des sciences humaines et sociales ».
Reste un certain flou, au-delà des dossiers qui forcément évolueront dans les prochaines semaines et prochains mois?: les financements, dans le contexte économique tendu d’aujourd’hui. Car il s’agit, quand même, de plusieurs dizaines de milliards.
Gérald Rossi

Réactions

Didier Paillard, maire de Saint-Denis

« Une aide spécifique est nécessaire »
« Je me félicite que Saint-Denis soit confirmé comme l’un des huit pôles majeurs de développement », estime le maire, tout en revendiquant « une aide spécifique aux villes en développement » car « le développement de la métropole doit également comporter une forte dimension sociale ». Il réclame aussi « des mesures de grande ampleur en faveur de la ligne 13 du métro et du RER B ».

Jean Brafman, conseiller régional, administrateur du Stif

« La 13 ne peut rester en fourche »
« L’annonce d’un plan massif de transports est une excellente nouvelle », dit Jean Brafman, ajoutant que « la ligne 13 ne peut rester la seule en fourche. Elle doit être structurellement et durablement soulagée, prolongée vers les zones d’activité en développement que sont le port autonome de Gennevilliers et la jonction avec la Tangentielle nord à Stains ».

Jean-Paul Huchon, président de la Région

« Quelles recettes pour les collectivités locales?? »
« La reconnaissance de l’enjeu des transports est une bonne nouvelle pour les Franciliens […], j’attends donc maintenant du gouvernement qu’il dise concrètement combien, sur les 35 milliards d’euros annoncés, il met sur la table et quelles sont les nouvelles pour les collectivités locales. » En outre, Jean-Paul Huchon note que « l’on peut reconnaître dans les propos du président les élément structurants du Sdrif (Schéma régional d’aménagement), que l’État n’a pas souhaité signer à ce jour ».

Claude Bartolone, président du conseil général

« Un projet séduisant, mais… »
« Je dis chiche. […] J’ai l’honnêteté de reconnaître que ce projet de Grand Paris est séduisant. Il permet de travailler au rattrapage du retard accumulé par l’État. » Mais Nicolas Sarkozy « est resté très flou en matière de financement ».

Patrick Braouezec, président de Plaine commune

« Je serai très vigilant sur les financements »
« Je suis évidemment satisfait que Plaine commune soit reconnue par le président de la République comme un territoire de projets et de développement. Je pense également que le renvoi de la question de la gouvernance à plus tard est une décision de bon sens. Par contre,
je serai très vigilant en ce qui concerne les financements. Nicolas Sarkozy a confirmé que notre territoire serait un pôle de développement dédié à la création. Nous sommes d’accord, mais nous ne voulons pas d’une mono fonctionnalité. Nous voulons continuer d’accueillir des entreprises diverses et des sièges sociaux. Nous souhaitons enfin que les projets du Grand Paris bénéficient d’un co-pilotage entre l’État et les élus locaux. »