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/ Le graffeur Batsh : « Le combat continue  ! »

Le graffeur Batsh. © Arthur Crestani
Le graffeur Batsh. © Arthur Crestani

Né en 1975 à Dakar, Batsh est graffeur depuis les années 1990 et a intégré progressivement les outils numériques à son travail que l’on peut admirer dans la rue comme en galerie. Artiste engagé, ses œuvres, bien souvent des portraits d’envergure, puisent dans l’histoire des personnes de couleur et dans la symbolique anticolonialiste et anticapitaliste. Elles sont exposées jusqu’au 30 novembre au Point Info Tourisme du Stade de France. 
 

LE JSD : Vous êtes un artiste graffeur autodidacte. Racontez-nous votre première rencontre avec le monde du graffiti.

BATSH : J’avais 12-13 ans. Nous venions d’emménager à Saint-Dizier en Haute-Marne et, au détour d’une rue, j’ai pu observer un graffiti. Étant novice en la matière mais extrêmement impressionné par cette démarche, je me suis senti de suite concerné. J’ai tout mis en œuvre pour parvenir à peindre à mon tour. J’étais un enfant, je n’avais pas conscience de ce que je voyais, j’ai donc appris avec le temps à quoi correspondait cette discipline issue de la culture hip-hop.

LE JSD : Vous rendez hommage à travers vos œuvres à la lutte pour les droits civiques aux États-Unis et à l’anticolonialisme. Quelle place ces combats politiques occupent-ils dans votre vie ? Êtes-vous militant seulement sur les murs ?

B : À partir de l’adolescence, j’ai pu acquérir une petite conscience politique en écoutant des groupes de rap tels que Public Enemy, Ice Cube, XClan, Boogie Down Production ou encore NTM, Assassin et le Ministère AMER. Les textes de ces groupes étaient très engagés. Ils ont de suite alimenté ma démarche artistique. Ambitieux et conscient de l’état de la société dans les années 1990, il me fallait, moi aussi, dénoncer les injustices. Passionné par le dessin, j’ai choisi de m’exprimer sur les murs en utilisant la technique du graff. Depuis toutes ces années, j’ai conservé un besoin permanent de faire entendre ma voix mais aussi de faire bouger les consciences.

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LE JSD : Au sujet de la colonisation et de la difficulté d’en assumer les conséquences, que pensez-vous de la restitution d’œuvres aux pays anciennement colonisés ?

B : La restitution des œuvres à l’Afrique serait vraiment le minimum… Mais qu’est-ce que la colonisation ? Un échange culturel ? Une continuité de l’esclavage ? Que font ces œuvres hors de leurs pays d’origine ? Après les différents conflits mondiaux, pourquoi les pays n’ont pas restitué les objets volés ? Mon discours paraît radical, mais j’aime la France, même si parfois j’ai du mal à la comprendre… Je suis persuadé que nous pourrions faire de nombreux progrès, notamment en éduquant la population, en modifiant les programmes d’histoire et en assumant le passé.

LE JSD : En tant qu’artiste engagé sur ces questions, que pensez-vous de la cancel culture (1), une pratique née aux États-Unis ?

B : De nos jours, cette forme de mouvement est nécessaire. Ce sont les seuls moyens dont dispose la population pour faire trembler les multinationales ou les États. Il permet de pointer leurs responsabilités sur des sujets qu’ils souhaiteraient occulter. Cette culture de la dénonciation doit malgré tout être mesurée pour ne pas en perdre ses effets et ses bénéfices.

« Je suis lié à ce territoire »

LE JSD : Alors que les États-Unis et une partie du monde sont traversés par le mouvement Black Lives Matter, qu’ont à dire aux jeunes générations ces figures que vous peignez sur les murs ?

B : Mes œuvres très figuratives ont pour objectif de transmettre comme message aux jeunes que « le combat continue » et que c’est à leur tour de poursuivre ce travail. Ils doivent être conscients que « les libertés ne se donnent pas mais qu’elles se prennent ».

LE JSD : Vous travaillez à Bondy depuis de nombreuses années, vous y avez notamment peint une fresque en collaboration avec des lycéens, vous exposez régulièrement en Seine-Saint-Denis… Qu’est-ce qui vous lie tant à ce territoire et qui continue à inspirer votre travail ?

B : Je suis lié à ce territoire car il est dynamique, inventif, cosmopolite. Il est reconnu pour sa vitalité culturelle mais aussi pour l’originalité des nombreux artistes qui y vivent. C’est un laboratoire culturel dont je fais partie et j’en suis fier.

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LE JSD : Vous exposez en galerie, vous utilisez le graff dans le cadre de la décoration d’intérieur, tout en continuant à graffer dans la rue. Pour vous, ces deux aspects peuvent s’enrichir l’un et l’autre. Comment êtes-vous arrivé à concilier d’un côté le chantier balisé voire institutionnel du street art et, de l’autre, la liberté originelle de la culture graffiti ?

B : J’ai la chance d’avoir été animé par une passion artistique. Vers 20 ans, appréciant l’autonomie, je souhaitais avoir un métier qui me permettrait de vivre de mon art. Pour y parvenir, j’ai fait de nombreux compromis. Je me suis diversifié, je me suis formé et j’ai cultivé ma passion. Je me suis posé continuellement des questions sur mon art, mon activité, le marché artistique, le fonctionnement de tel ou tel outil… J’ai dû travailler mon marketing pour insuffler plus d’envergure à mes œuvres. J’ai dû m’ouvrir à d’autres disciplines comme le street art, le graphisme, l’illustration de presse ou encore l’enseignement de matières spécialisées. 
 

Propos recueillis par MLo

(1) Cette « culture de la dénonciation » consiste à dénoncer publiquement, en vue de leur ostracisation, les individus ou les groupes responsables d’actions ou de comportements perçus comme problématiques. 

Réactions

un article dans lequel on apprend que le graffeur professionnel a été nourri aux textes du groupe musical Public enemy. Excellent !! Un article très intéressant et instructif ( sur ce retour historique que fut la sale colonisation non héroïque de la france ). ses dégâts , jusqu'à aujourd'hui ! L'entretien aurait pu être plus long . Cordialement à vous.
REP / RIP Batsh.

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