En ville

Le déménagement en douceur des Roms de la Briche

Un terrain aménagé route de La Courneuve doit prochainement accueillir les 54 familles installées aux abords d’une dangereuse sous-station électrique.
Flori dimanche après midi dans la petite cuisine de son cabanon
Flori dimanche après midi dans la petite cuisine de son cabanon


L’ambiance, ce dimanche 26 février parmi les familles roms de la Briche, est à la fête. C’est jour de bombance avant carême. Dans son cabanon, Flori prépare un poisson en surveillant le gâteau qui dore dans le four d’une cuisinière en dur. Construite en brique réfractaire, et alimentée au bois, elle sert aussi de mijoteuse et répand sa chaleur dans le petit habitat, deux pièces dont une chambre à l’arrière.


Mais Flori et Marcel n’éprouvent pas d’état d’âme à la perspective toute prochaine d’abandonner aux bulldozers ces aménagements souvent ingénieux, réalisés de leurs mains depuis l’été dernier. Parmi les 54 familles d’ailleurs, on ne semble pas trop fâché de ce nouveau déménagement après celui du Hanul, celui du quartier Cristino-Garcia, et d’autres encore que plus personne ne compte depuis leur départ de Roumanie.


Le maire d’Épinay-sur-Seine où se situe la moitié de la parcelle a toujours demandé leur expulsion. RFF (Réseau ferré de France), que leur présence aux abords de sa sous-station électrique a toujours inquiété, était également pressé de les voir partir. Le préfet, lui, avait accordé un délai de plusieurs mois, le temps avec la Ville de Saint-Denis d’étudier une nouvelle implantation.


Comme nombre de terrains investis par les Roms, celui-ci appartient à la Dirif, Direction interdépartementale des routes d’Île-de-France. Situé au 55, route de La Courneuve, en bordure de l’A1 et de la ligne de tramway, il fait l’objet d’une convention d’occupation triennale, éventuellement reconductible.

Eau, électricité et sanitaires

Le nouveau campement, clôturé, y sera configuré comme celui de la Briche, sur une superficie un peu supérieure, environ 2500 m2. De quoi accueillir un parking et des salles communes, notamment pour l’aide aux devoirs, en plus des abris pour les familles. En fait, la Ville devrait fournir vingt Algeco, qui alterneront avec les cabanons. Ils iront en priorité aux familles avec des jeunes enfants, des personnes âgées et des malades. « Ils ont dit qu’on aurait 7m2 par personne. On aura un Algeco – ils font 25 m2 – plus une extension de 3 m où on pourra construire quelque chose », indique Flori, qui est mère de deux enfants, de 10 et 17 ans.


Comme à la Briche, la Ville et Plaine commune vont réaliser les raccordements à l’eau, à l’électricité et poser des sanitaires. Pour alléger les frais déjà engagés par les familles l’été dernier, « ils vont nous donner des matériaux de construction, ajoute Gari. On sait la place qu’on aura là-bas. Julien nous a donné le plan », dit-il en désignant Julien Beller.

Première tranche en 2013

Pour cet architecte déjà à leur côté à la Briche, c’est un coup de main sur le provisoire en attendant le projet d’habitat modulaire, durable, sur lequel l’ont missionné la Ville et Plaine commune. Ce projet, qui doit impliquer les familles roms sur un chantier d’insertion, se subdivise en trois tranches. La première devrait démarrer début 2013.


Les demandes de financement par la Région et le Feder (Fonds européen de développement régional) sont en bonne voie, indique-t-on au cabinet du maire où l’on se refuse encore à localiser la parcelle réservée à cet effet auprès de Plaine commune. 


Car pour l’heure, la Ville a d’autres riverains à convaincre. Grâce à une navette affrétée par la Ville, les 48 enfants poursuivront jusqu’aux vacances leur scolarité dans les mêmes établissements.


Marylène Lenfant