Cultures

Fouilles archéologiques
/ Le Cygne se dévoile toujours plus

Les archéologues reprennent leurs travaux dans ce petit îlot du centre-ville riche d’histoire. Jusqu’en octobre, les sols devraient délivrer d’autres trésors. Chantier que le public peut visiter ou auquel il peut participer.
Chantier de fouilles archéologiques du Cygne
Chantier de fouilles archéologiques du Cygne

La machine à remonter le temps est repartie. Comme tous les ans depuis 2009 (sauf en 2014), les archéologues de l’Unité d’archéologie ont réinvesti le chantier de fouilles programmées du Cygne. Et ils creuseront, fouilleront, chercheront et même trouveront des morceaux d’histoire de la ville jusqu’en octobre. Petit rappel des épisodes précédents : au fur et à mesure des campagnes passées, différentes périodes d’occupation de ce petit îlot du centre-ville ont été mises au jour, du XIXe au XIIe siècle. Lit du Croult, cuves de tanneurs, bassin, traces d’habitat, puits ont ainsi levé le voile sur l’évolution de Saint-Denis à travers le temps. Démarrée depuis plusieurs semaines, cette nouvelle campagne de fouilles a déjà livré de précieux enseignements qu’il faudra confirmer et approfondir jusqu’en octobre. En cassant le lit bétonné du Croult, le plus récent, les archéologues, conduits par Michaël Wyss et Mathieu Ecrabet, ont déjà trouvé un canal médiéval datant de la fin du Moyen Âge. Creusant sur une profondeur de cinquante centimètres environ, ils sont toujours à la recherche du fossé carolingien intérieur. « Le fossé extérieur (le plus à l’ouest) a été abandonné au Xe ou XIe siècle et est devenu ensuite un remblai, alors que l’intérieur a perduré, sous forme de rivière », explique Michaël Wyss.

En son centre, le chantier semble traversé par une sorte d’alignement. Les archéologues savent, par le plan de Belleforest de 1575, qu’il existait des portes intermédiaires, par exemple rue de la Boulangerie toute proche, reliées par un mur. « Il s’agissait plutôt d’un muret, tempère Michaël Wyss, mais en voici pour la première fois une partie matérialisée », se réjouit-il en montrant cet alignement rectiligne. Au-delà du Croult, et à l’est de ce muret, un secteur du chantier est parsemé de cailloux affleurant sur le sol. « Cela montre qu’il y avait une chaussée dans le même alignement que le fossé, nord sud », précise-t-il. Le long de celle-ci, de l’autre côté, des traces d’habitat émergent. « Il y avait une implantation de maisons à partir du XIIe siècle, au temps où le bourg monastique se développait à l’époque de Suger. Il faut savoir que l’ancien castelet, construit sous Charles le Chauve (823-877) fut abandonné aux Xe, XIe siècles et récupéré par l’abbaye qui a, à cet endroit, favorisé une première urbanisation », précise Michaël Wyss. Mais ces habitations furent abandonnées au XIVe siècle, sans qu’on en connaisse les raisons. Des sols noircis pourraient indiquer un grand incendie, mais peut-être aussi, s’agissant d’une zone inondable, y eut-il débordement des eaux. Cette zone servit plus tard de dépotoir de cuisson et de rebuts, notamment pour les potiers des alentours. Ensuite, le terrain fut rehaussé, de même que la chaussée. Des trous dans le sol témoignent aussi de la construction d’un pont aux fondations sur pilotis, pour permettre à la rue d’enjamber le Croult. L’histoire ultérieure est maintenant connue, révélée par les fouilles précédentes, avec l’arrivée des tanneurs au XVIe siècle, jusqu’au XVIIIe, la canalisation de la rivière en 1888, les lavoirs…

Un peu plus au sud-ouest, cependant, un bassin aux pierres de taille monolithes et une arche de pont attirent les regards depuis l’an dernier. « Ce bassin et le pont devaient être reliés à un relais de poste, au sud du Croult, l’un des plus importants de la région sur la route Paris-Calais. Le bassin, construit à partir de pierres anciennes réemployées, servait d’abreuvoir aux nombreux chevaux qui y passaient », révèle l’archéologue. Il y a aussi ces cuves évidées, datant du XVIe, dont les planches de bois sont remarquablement conservées. « Elles sont bizarrement remplies de chaux éteinte, qui servait aux tanneurs et qui a permis de pétrifier le bois », précise Michaël Wyss. Désormais, et jusqu’en octobre, les archéologues vont fouiller sous les traces des maisons. Toujours en quête de leur Graal : « Nous parviendrons peut-être aux sédiments de la rivière, et à ce fameux fossé carolingien… », espèrent-ils.

Benoît Lagarrigue

4, rue du Cygne. Visites du mardi au vendredi de 13 h 30 à 16 h 30 sauf du 1er au 21 août (lire ci-dessous).

 

Pratique : Le Cygne pas à pas

 

Le chantier de fouilles archéologiques du Cygne (lire ci-contre) est un chantier à partager. Avec les Dionysiens d’abord, puisqu’il est ouvert au public (ainsi que la Maison-échafaudage, dont une visite commentée est organisée le mercredi à 15 h 30, sur réservation) du mardi au vendredi de 13 h 30 à 16 h 30 (sauf les 14 et 15 juillet et du 1er au 21 août). Un parcours aménagé par Nicolas Cesbron permettra aux visiteurs d’effectuer une boucle à l’intérieur même de la fouille et des médiateurs seront sur place afin de répondre aux questions. Ouvertures supplémentaire les dimanches 3 et 10 juillet, 4 septembre, samedi 17 et dimanche 18 septembre (Journées du patrimoine) et samedi 1er octobre (Fête de Saint-Denis).

Par ailleurs, l’Unité d’archéologie propose des sessions d’initiation à l’archéologie et à la connaissance du patrimoine dionysien ouvertes aux habitants. Elles peuvent accueillir chaque semaine cinq personnes à partir de 16 ans. La première aura lieu du 25 au 29 juillet. Les suivantes du 22 au 26 août, du 26 au 30 septembre, du 3 au 7 octobre et du 17 au 21 octobre. Enfin, pour les archéologues amateurs plus aguerris, il reste de places pour participer aux fouilles avec les stagiaires en septembre et octobre.

Renseignements et inscriptions à l’Unité d’archéologie (01 83 72 23 20).

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