En ville

École primaire
/ Le co-enseignement : une pratique débrouillarde

Le manque de locaux pousse les enseignants à se montrer inventifs pour intervenir à deux dans les classes de CP et CE1 qui ne peuvent pas être dédoublées.
Alexandra Martin et de Sabrina Hasnaoui, de l’école Roland-Madigou font la classe ensemble. © Yann Mambert
Alexandra Martin et de Sabrina Hasnaoui, de l’école Roland-Madigou font la classe ensemble. © Yann Mambert

Le dédoublement des classes de CP et CE1 en REP + puis en REP a été mis en place progressivement depuis 2017 à Saint-Denis. Objectif du gouvernement : réduire les effectifs des classes autour de 12 élèves pour faciliter les apprentissages.

Faute de moyens fonciers suffisants, de nombreuses écoles n’ont pas pu respecter ce dispositif. L’alternative pour les classes concernées est un dispositif de co-enseignement : deux enseignants se partagent la même classe, avec une seule salle à disposition. Cette solution a été déployée dans 23 des 93 classes de CP des écoles dionysiennes, et pour la majorité des classes de CE1. C’est le cas notamment de la classe de CP d’Alexandra Martin et de Sabrina Hasnaoui, à l’école Roland-Madigou.

LIRE AUSSI : La Ville investit dans ses écoles

Ce vendredi 22 novembre, la matinée commence d’abord par plusieurs «rituels ». Sabrina prend place au tableau et fait réviser leurs mots aux 21 enfants. Pendant cette interrogation rapide, Alexandra feuillette les carnets de correspondance. Appel, cantine, écriture de la date, puis place au premier exercice, sur les sons « é » et « e ».
 

Cohésion de la classe

Alexandra passe dans les rangs pour aider ceux qui ont des difficultés, elle insiste sur les sons prononcés dans les mots pour leur faire deviner. Les deux maîtresses préparent chacune les cours pour deux jours de la semaine, mais c’est Sabrina qui se retrouve le plus souvent « en frontal », face aux élèves en classe complète, pendant que sa binôme apporte son aide à certains.

LIRE AUSSI : Profs et parents toujours mobilisés contre les inégalités

« Cela participe à la cohésion de classe, car les élèves travaillent ensemble sur un même support », explique Sabrina. Être deux en classe permet aussi que la deuxième personne « repère les difficultés et corrige la posture des élèves, il est important de bien se tenir pour apprendre à écrire ». Elles travaillent aussi parfois en groupes de besoins. Ce matin, Alexandra prend les élèves bons et moyens en phonologie dans une salle de classe disponible dans l’école depuis quelques semaines. Sabrina garde, elle, 7 élèves. Les deux groupes font exactement la même page d’exercices, mais la plus petite formation bénéficie de plus d’attention et de calme. 
 

Un système non sans contrainte

Les groupes de besoins peuvent aussi se faire dans la même salle, comme pour les maths ce matin. « Ce système a aussi une contrainte : cela freine parfois l’autonomie, les élèves attendent parfois que je sois à leurs côtés pour travailler », souligne Alexandra. Les élèves peuvent aussi être répartis en demi-groupe, de manière hétérogène, pour notamment des matières où l’oral est privilégié, comme l’éducation civique et morale. « Nous essayons de provoquer une discussion, il faut que chaque élève puisse s’exprimer. L’année dernière, nous nous installions dans le couloir, avec des coussins, pour faire cela dans un cadre un peu cosy », raconte Sabrina. Elle constate cependant qu’il est « nécessaire de définir deux espaces différents à cause du bruit généré ».

Les deux enseignantes admettent aussi qu’ « il est souvent plus simple de gérer seule sa classe. Cela marche pour toutes les deux car nous avons la même manière de travailler ».

Une cohabitation bruyante

Alice (1), enseignante dans une autre école dionysienne, partage cet avis. « Avec ma collègue nous sommes sur la même longueur d’onde pédagogique, c’est une chance lorsqu’on doit partager sa classe ». Pour la répartition des cours, chacune a ses matières. Elles organisent aussi des ateliers en petits groupes. « Le fonctionnement se rapproche plus de ce qui est mis en œuvre en maternelle. Nous sommes plus disponibles pour les élèves en difficulté, mais le bruit est un grand inconvénient, cela demande plus de concentration ».

Pour Alice, « fonctionner avec des classes dédoublées serait plus efficace car le nombre d’élèves en difficulté serait aussi divisé par deux. L’espace gagné permettrait aussi d’avoir dans la classe un espace d’autonomie pour faire des manipulations ». Les avis des parents d’élèves sur le dispositif de co-enseignement sont mitigés. Pour Olga, dont les jumeaux étaient l’an dernier en CP à l’école Jean-Vilar, « cela s’est très bien passé. Les enseignants s’étaient répartis les élèves pour que les parents n’aient qu’un seul interlocuteur pour faire le suivi. Les élèves des deux classes de CP sont partis en classe rousse à l’automne, ce qui a permis dès le début de l’année de créer des liens. Les quatre enseignants des deux classes ont dans l’année parfois mélangé des groupes d’élèves de chacune des classes ».

LIRE AUSSI : Instruction obligatoire à 3 ans : une mesure en trompe-l'oeil

Elle pense néanmoins que la solution du dédoublement serait plus « optimale et n’empêcherait pas de faire des regroupements occasionnels ». Problème, la Ville affirme que tous les locaux vacants ont déjà été mis à disposition. « L’espace n’est pas extensible et il n’y a pas de travaux prévus pour augmenter le nombre de salles. Cependant nous avons fourni des équipements (tableau sur roulettes...) pour que les salles dédiées à l’accueil de loisirs soient utilisées dans le temps scolaire par les classes en co-intervention », précise Suzanna De La Fuente, adjointe au maire chargée de l’enseignement primaire. La débrouille devrait donc encore prévaloir les prochaines années.

Delphine Dauvergne

(1) prénom modifié

Réactions

Le co-enseignement, contrairement à ce que vous écrivez dans votre titre, ne relève pas du système D. C'est une pratique connue depuis près de 100 ans qui permet de mieux individualiser et différencier les apprentissages... à condition de bien le mettre en oeuvre. Certains pédagogues le considèrent même potentiellement plus efficace et utile pour les apprentissages que le dédoublement à 12 élèves.
Bonsoir Des villes voisines pratiquent majoritairement le dédoublement; il faut aussi se projeter : à la rentrée prochaine de septembre 2020 ce seront les GS en REP+ qui seront dédoublées. Il faudrait travailler sur un partage des locaux avec les centres de loisirs dont les salles sont inoccupées le matin au moins; ON ne peut pas refuser aux enfants la possibilités de travailler dans des groupes classes de 14 maximum. Nous en sommes quand même à la 3ème année du dispositif. Construire un nouveau groupe scolaire par an c'est bien, anticiper sur des évolutions c'est mieux (surtout quand on voit la frénésie de construction d'une ville où on circule tellement mal)
Bonjour @Anonyme, La seule chose que les élus de la ville anticipe, c'est leurs élections. Le reste du temps, ils font le strict minimum légal, et puis ils font des fêtes. Ce sont les champions de la densification. Ils ne sont pas la non plus pour trouver des solutions... On en a la preuve au quotidien.