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Interview
/ Landy : « Pour percer, il faut bosser »

Le JSD est allé à la rencontre de Landy, jeune rappeur dionysien qui jouit d’une certaine popularité chez les plus jeunes. Il s’apprête à sortir son premier album.
Le rappeur Landy est originaire de la cité Joliot-Curie. 9 janvier 2019.
Le rappeur Landy est originaire de la cité Joliot-Curie. 9 janvier 2019.

Après des collaborations qui l’ont fait connaître auprès du grand public, Landy, de son vrai nom Dylan Sylla Gahoussou, s’apprête à sortir son premier album chez Believe Music et 109 records. Tout juste sorti de prison pour des « bêtises » commises en 2013, le jeune rappeur dionysien assure se concentrer dorénavant sur sa nouvelle vie articulée autour de sa musique. Entretien réalisé dans sa voiture direction Courbevoie pour une session studio avec le producteur DJ Bellek.

LE JSD : Pour ceux qui ne vous connaissent pas, pouvez-vous nous dire d’où vous venez ?

Landy : Je suis un rappeur, j’ai 22 ans, je suis né dans le 19e arrondissement de Paris. J’ai vécu à la Plaine Saint-Denis et à l’âge de 6 ans j’ai emménagé à la cité Joliot-Curie. Je suis d’origine congolaise et ivoirienne. Et Landy, c’ est juste mon prénom à l’envers : Dylan.

LE JSD : En 2018, ça s’est accéléré pour vous. Vous avez signé plusieurs collaborations, notamment avec Jul sur le morceau Si tu savais. On vous retrouve aux côtés de Kaaris sur le titre Nouvelle Monnaie extrait de l’album de Fianso 93 Empire. Comment vous sentez-vous par rapport à ce qu’il vous arrive ?

L : C’est le fruit de mon travail. Au début, il n’y avait rien. On allait faire des concours de rap à la salle de la Ligne 13, c’était il y a deux ou trois ans. Ensuite c’est allé très vite. Aujourd’hui je fais des featurings, je suis passé sur la scène du Zénith de Paris, je fais des showcases… C’est devenu un métier, j’ai tout lâché pour ça, je ne vois plus trop ma famille d’ailleurs. Je bosse beaucoup… Par contre, je passe toujours au quartier, ça, ça ne change pas.

Le JSD : Comment s’est déroulée votre connexion avec le rappeur Fianso ?

L : Fianso m’a appelé une fois, il voulait m’inviter dans son émission de freestyle Rentre dans le cercle. J’y suis allé. Dans le même temps, il préparait sa compilation 93 Empire. On en a parlé, j’ai accepté sa proposition d’apparaître sur l’album. J’ai posé sur le son, ensuite le morceau est arrivé jusqu’à Kaaris qui a aimé et a voulu poser dessus aussi. Ça m’a fait plaisir.

Le JSD : Et votre collaboration récente avec Jul alors ? C’est un rappeur qui correspond un peu plus à votre univers ?

L : Oui, c’est un truc de ouf. Quand je l’ai vu, je lui ai dit que c’était un honneur pour moi d’enregistrer avec lui parce que c’est un phénomène. On s’est contacté grâce à des connaissances communes. Il y a eu un bon état d’esprit entre nous. Pour l’instant on a fait Si tu savais. Il va y avoir peut-être un autre featuring avec lui dans mon album.

Le JSD : Pourriez-vous produire autant de sons que lui ?

L : Je ne suis pas encore à ce stade-là mais on va travailler pour.

Le JSD : Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur votre projet à venir ?

L : Mon premier album va sortir début 2019. Il y aura pas mal de collaborations comme avec Hornet La Frappe avec qui j’ai déjà tourné un clip fin 2018 [sorti le 8 janvier dernier sur Youtube, voir ci-dessous]. Pour la préparation de l’album je n’ai fait que du studio. J’ai dû écouter beaucoup de choses et faire des choix. Avec cet album studio j’essaie de faire vivre mon univers en quelque sorte. Je ne veux pas me prendre non plus trop la tête, sinon je risque de me perdre. Je suis exigeant envers moi-même, mais tant que j’aime et que ça plaît à mon entourage, c’est bon.

Le JSD : Pour revenir à vos débuts, c’est le titre En bas de chez moi (2017) qui vous a fait découvrir au grand public.

L : Oui, c’était une collaboration avec des amis, la Squadra, des mecs de Pierrefitte que je connaissais depuis longtemps. Ils étaient venus dans mon quartier, je leur avais fait écouter une prod’ [production = instrumentale] et on a commencé à écrire. Le son s’est vraiment fait en bas de chez moi à Joliot. Et s’il a pris tant d’ampleur c’est que justement on a voulu faire simple, on ne s’est pas pris la tête [plus de 25 millions de vues sur la plateforme YouTube actuellement, ndlr].

 

Après, il y a eu le titre Skalape que j’ai sorti il y a tout juste un an, qui a bien marché… Skalape ça signifie une grosse liasse de billets. C’est tiré du billet de 500 francs [le portrait de Blaise Pascal était imprimé sur ce billet], c’est juste de l’argot.

Le JSD : Vous évoluez en indépendant ?

L : J’ai signé chez Believe, je suis en coproduction et distribution avec eux. On est un peu retard en France sur ce genre de contrats. Aux États-Unis, ça se fait depuis longtemps. Je suis aussi signé sur le label 109 Records. Et pour l’instant, j’arrive à vivre de mon art.

Le JSD : Quelles sont vos inspirations musicales ?

L : J’écoute de tout. Des artistes de France – Jul, par exemple, c’est un magicien – des artistes américains, de la musique africaine aussi. Les mélodies africaines m’inspirent. J’ai grandi dans une famille très concernée par la musique. Mon père fait de la musique, mes sœurs chantent… Le rap, j’en fais depuis tout petit, j’en ai fait avant même le collège. Je rappais sans réel objectif, je ne voulais pas forcément être rappeur. C’est devenu une passion plus tard.

LE JSD : Comment travaillez-vous vos textes ?

L : À la base, je n’écrivais même pas, j’avais tout dans la tête, ce n’était pas de l’improvisation non plus. Pour l’écriture, il faut juste travailler tous les jours. Il faut se prendre un peu la tête pour avoir des facilités pour écrire. Pour les petits qui veulent percer dans le rap, il faut qu’ils bossent. Il faut qu’ils se disent qu’ils peuvent faire mieux à chaque texte. Ça paiera peut-être pour eux.

Le JSD : Vous venez de Joliot-Curie. Le quartier a connu un drame avec la mort de Luigi il y a quelques mois. Comment vous sentez-vous par rapport à cette histoire ?

L : J’ai envie de réussir pour lui. Je sais qu’il m’aimait beaucoup, il mettait mes sons à fond chez lui, il m’écoutait beaucoup, bien avant que ça ne marche pour moi. Je lui rendrai hommage dans un prochain album, pour l’instant c’est encore trop chaud comme sujet.

Le JSD : Vous avez aussi été en détention de fin septembre à début décembre à Fleury-Mérogis…

L : J’ai été en détention pour des bêtises, des histoires de vol, qui remontent à 2013. Je devais faire des travaux d’intérêt général. Je ne les ai pas faits donc ça s’est transformé en peine de prison. Mais aujourd’hui, tout ça c’est derrière moi. Je suis passé à autre chose. Je grandis. Si je dois dire quelque chose aux petits c’est que tout ce qu’ils font il faut l’assumer et il faut qu’ils écoutent leurs parents. Le vol ça va te suffire un temps dans ta vie, mais tu ne vas pas vivre de ça toute ta vie.

Le JSD : Dans vos sons, vous parlez de « voyoucratie », d’argent facile ou de délinquance. Dans le clip Skalape, vous vous mettez en scène avec une arme. Cette symbolique de la violence est souvent utilisée dans le rap. Pourquoi avez-vous fait ce choix ?

L : C’est ce que les gens aiment en général dans le rap. C’est ça qui se dégage. On est obligé de suivre. Moi, je raconte des choses vécues, des histoires que j’ai entendues.

Le JSD : N’avez-vous pas peur que cela nuise à votre image ?

L : Non. Ceux qui connaissent ma vie savent que j’ai changé. J’ai fait des choses que je ne referais plus aujourd’hui. Je ne suis plus pareil.

Le JSD : Quels thèmes allez-vous aborder dans votre album ?

L : Je vais raconter ma vie, des histoires d’argent, de filles… Il y aura des sons dansants, d’autres plus hip-hop et street, des sons qui font cogiter. J’ai plusieurs styles. Tout le monde ne va pas aimer ma musique, mais j’essaye de donner pour tout le monde.

Propos recueillis par Aziz Oguz et Maxime Longuet

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