Cultures

La vague Black Revolution à l'Écran

Du 4 au 10 février, le cinéma du centre-ville ouvre ses portes au septième art noir américain et, alors que l’Obamania déferle sur le monde, dénote le flair certain de son équipe de programmateurs.

Quel sens de l’à-propos ! Quelques jours après l’investiture de Barack Obama, l’Écran propose la 9e édition d’Est-ce ainsi…, du 4 au 10 février, sur le thème Black Revolution. Boris Spire et son équipe seraient-ils les champions de la réactivité ? Oui et non. Non car il est évident qu’un festival comme Est-ce ainsi… ne se monte pas en quelques jours ; oui car lorsqu’il s’est agi de définir le thème de cette édition, au printemps dernier, le contexte était – déjà – favorable. « Obama était encore candidat à la candidature, mais on sentait bien qu’il y avait un contexte américain intéressant, souligne Boris Spire, le directeur de l’Écran. De plus, nous étions encouragés par le succès de Combat Rock, l’édition précédente. Fort de ces constats et de la logique de ces Journées, qui est de montrer comment le cinéma est un reflet du monde et comment il se penche sur l’évolution de la société, ce thème nous a paru tout naturel. » « C’est vrai que nous sommes rattrapés par l’actualité, ajoute son complice Olivier Pierre, chargé de la programmation, tout comme, en 2002, America versus America s’était déroulé quelques mois après le 11 septembre 2001… »

Des films rares, souvent oubliés"

Black Revolution portera donc sur le cinéma noir américain, et sur sa place dans les luttes contre la ségrégation et pour les droits civiques. « Une fois encore, nous essaierons de partir de l’histoire du cinéma, avec des films rares et souvent oubliés, précise Olivier Pierre. Et ce dès les années 1920, avec notamment les films d’Oscar Micheaux, un pionnier du cinéma noir américain. Mais nous verrons aussi des films de cinéastes blancs qui décrivent la réalité, notamment au niveau des questions de violence et de racisme. À travers des hommages à de grands réalisateurs (Melvin Van Peebles, Charles Burnett, Haile Gerima), des rencontres (William Klein, Marc Marder, Philippe Carles), la nuit spéciale Blaxploitation, des tables rondes et un important volet musicale, avec la projections de près de soixante-dix films (inédits, classiques, documentaires), cette semaine de Black Revolution s’annonce pleine de découvertes et comme une des plus passionnantes des neuf éditions déjà programmées. Nous en signalons quelques aspects essentiels dans ces pages.
Benoît Lagarrigue

Black Revolution du 4 au 10 février à l’Écran, place du Caquet. Tarifs : 6 à 4 € la séance, 7 € les concerts. Tél. : 01 42 43 99 59. Programme téléchargeable en PDF sur : http://www.lecranstdenis.org/prochainement-estceainsi.html

Une nuit blaxploitation, samedi 7 février

Ciné noir des années 70

Samedi 7 février, à partir 20 h 30, la nuit sera consacrée au phénomène Blaxploitation, courant du cinéma noir qui a fait son apparition aux débuts des années 70. Avec cinq films emblématiques de ce genre dont l’appellation est la contraction de black et d’exploitation. « Ce sont des films joués par des Noirs pour des spectateurs Noirs, qui embrassent tous les genres cinématographiques : westerns, comédies, séries B, films d’horreur, fantastiques, pornos… qui sont ainsi détournés », explique Olivier Pierre. « C’était un courant très populaire aux États-Unis », ajoute-t-il, en indiquant que, entre les films, l’Écran projettera des bandes annonces d’époque. Cette nuit sera présentée par Julien Sévéon, auteur de Blaxploitation, 70’ Soul fever, (éditions Bazaar&Co, 2008). L’un des précurseurs de la Blaxploitation est Melvin Van Peebles, qui fera l’ouverture du festival, mardi 3 février à 20 h (sur invitation) et en sa présence, avec son célèbre et Sweet sweetback’s baadasssss song (1971), déjà vu en 2002 lors d’America v. America. Un brûlot jouissif, impossible à décrire, une course folle à travers l’Amérique enfiévrée des ghettos.

"Le système ségrégationniste américain"

« L’émergence de ces films, et surtout leur succès, ont montré qu’il existait un public qui, jusqu’alors, n’existait pas aux yeux d’Hollywood la blanche », explique Julien Sévéon. Cette vague cinématographique s’essoufflera et s’éteindra à la fin des années 70, mais un cinéaste comme Quentin Tarantino, par exemple, s’en est inspiré, notamment avec Pulp fiction. Et il en reste aujourd’hui des joyaux, dont les films présentés lors de cette nuit spéciale, des classiques du genre, en particulier Cotton comes to Harlem (Le casse de l’oncle Tom), d’Ossie Davis (1970), comédie policière aux nombreuses péripéties, d’après Chester Himes. « Un film audacieux et musicalement très abouti », annonce Olivier Pierre. Seront également montrés Shaft, les nuits rouges de Harlem, de Gordon Parks (1971), avec comme héros un détective noir, fier, sexy, insolent ; Foxy Brown, de Jack Hill (1974), film violent avec son lot de scènes d’action et de fureur ; The spook who sat by the door, d’Ivan Dixon (1973), un film engagé avec une BO d’Herbie Hancock ; Gunn la gâchette, de Black Gunn (1972), une histoire de conflit entre des radicaux noirs et des mafieux. Tous ces films, s’ils ne sont pas à proprement parlé engagés, ni militants, racontent des histoires qui mettent en scène des activistes noirs et posent la question du système ségrégationniste américain. Et, tout au bout de cette nuit Blaxploitation, les spectateurs résistants se verront offrir par l’Écran le dimanche matin un… breakfast !
B.L.

Concert vendredi 6 février

Warra Ba lie le rap et l’Afrique

Black Revolution donne cette année une grande place à la musique. Normal, celle-ci ayant accompagné largement les luttes pour les droits civiques des Noirs Américains, depuis le blues jusqu’au rap, en passant par le jazz, le free jazz, la musique soul, le rhythm’n’blues... Cette musique, donc, ne pouvait être absente de ces journées cinématographiques. Elle en fait même partie intégrante à travers plusieurs événements. Parmi ceux-ci, le concert donné, vendredi 6 février à l’issue d’une table ronde, par l’auteure, compositrice et interprète de rap Bams et le groupe Warra Ba. Né à Saint-Denis, Warra Ba (ce qui veut dire grand lion en langue bambara) est composé de Yaya Bagayoko et Laminomic, qui s’accompagnent de musiciens d’instruments traditionnels africains. « Au départ, notre projet était de faire se rencontrer le rap et la musique africaine », explique Yaya, qui vient du monde hip-hop et qui est programmateur à la Ligne 13.

"Nous avons une double culture"

Les sons à la fois mélodieux et rythmés de la kora, de la guitare africaine (gani) en fusion, des percussions, avec une musique contemporaine donnent un résultat étonnant. Warra Ba a en projet la réalisation d’un album et se produira prochainement à L’Île Saint-Denis. Les textes de Warra Ba abordent les problématiques de l’Afrique aujourd’hui. Originaires du Mali, Yaya et Lamine, cousins dans le civil, parlent de « la pauvreté, de l’exploitation de l’Afrique. Nés en France, nous avons une double culture et nous revendiquons une ouverture musicale qui nous incite à approfondir notre projet », ajoute Yaya. Warra Ba, à découvrir lors de Black Revolution.
B.L.

Concert de Bams et Warra Ba en soirée, après la projection et la table ronde du vendredi 6 février.

Des débats et des invités

Melvin Van Peebles, William Klein…

Chaque édition des journées Est-ce ainsi… rivalise d’invités prestigieux et de débats passionnantes. Black Revolution ne déroge aucunement à cette règle. À l’occasion d’hommages ou de rencontres, les spectateurs de l’Écran pourront ainsi dialoguer avec Melvin Van Peebles, l’un des pionniers de la Blaxploitation et qui, toujours aussi créatif, tourne encore aujourd’hui et sera présent lors de plusieurs soirées ; avec Charles Burnett, réalisateur indépendant ancré dans la réalité sociale de Los Angeles et du ghetto de Watts et dont cinq films seront présentés ; avec Haile Gerima, cinéaste afro-américain né en Éthiopie et vivant aux États-Unis depuis 1967, qui interroge les racines profondes du peuple noir ; avec William Klein, photographe et réalisateur blanc dont les trois films qui seront présentés portent sur la réalité noire américaine ; avec Hamé, du groupe de rap La Rumeur, à qui l’Écran offre une carte blanche… et d’autres encore à découvrir sur le programme édité par l’Écran.
B.L.

En bref

Avant-premières
Est-ce ainsi… est aussi l’occasion de découvrir des films en avant-première. En plus de Medicine for melancholy (voir ci-dessus), jeudi 5 à 21 h sera présenté Camera War 3, de Lech Kowalski, en présence de l’auteur, et samedi 7 à 20 h 45, le dernier film de Melvin Van Peebles, Confesionsofa-ex-doofus-itchyfooted Mutha, également en sa présence. Un événement.

Classiques
Plusieurs films dits classiques jalonneront cette semaine. Citons de manière non exhaustive Malcolm X, de Spike Lee (mardi 10 à 20 h 15), Boyz’n the hood, de John Singleton (dimanche 8 à 13 h 45), Black Panthers, d’Agnès Varda (samedi 7 à 18 h 45) ou encore Jimi plays Monterey, de D.A. Pennebaker (dimanche 8 à 21 h 15)…

Table ronde
Une table ronde est organisée à l’occasion de Black Revolution, en partenariat avec la Ligne 13. Vendredi 6 février (après la projection à 19 h 30 de Beat street, de Stan Lathan), sur le thème : le rap français doit-il (et peut-il) devenir adulte comme son aîné américain ? Avec Bams, le graffeur Batsh, D’ de Kabal, Mike Ladd, Vicelow et Warra Ba.

Concerts
Outre le concert de Bams et de Warra Ba vendredi 6 après la table ronde (voir ci-dessus), l’Écran propose un Cinémix, dimanche 8 à 16 h, avec Radio Mentale qui jouera sur le film de Jim Jarmush, Ghost dog : la voie du samouraï (1999). Et, en clôture de cette semaine, mardi 10 à 20 h 30, le musicien new yorkais Mike Ladd, qui mêle rap, free jazz et rock et actuellement en résidence à Banlieues Bleues, se produira après la projection à 20 h 30, en avant-première, de Medicine for melancholy, de Barry Jenkins.

Free Mumia

La séance du samedi 7 à 15 h 30 sera organisée en collaboration avec le Comité Mumia de Saint-Denis, en présence de Julia Wright, fondatrice du Cosimapp (Comité de soutien international à Mumia Abu Jamal). La projection de From death row, this is Mumia Abu Jamal, documentaire réalisé en 1999, précédera un débat.

Avec Arte
La chaîne franco-allemande Arte invite à la séance du mardi 10 à 19 h (entrée libre), en présence de Melvin Van Peebles, à l’occasion de la projection de son film Classified X (1998), qui passe en revue les stéréotypes de la représentation des Noirs dans le cinéma hollywoodien.

Tente
Entre deux séances, rien de tel qu’un petit verre de bon vin ou une bonne assiette gourmande pour se requinquer. Ce sera possible sous la tente mitoyenne à l’Écran, du vendredi au mardi, décorée par des peintures de Batsh et par une expo Blaxploitation, racines d’une identité, de l’association Superfly.

Ciné goûter
Black Revolution débutera par une séance pour les petits, à partir de 8 ans. Mercredi 4 février à 14 h, ils pourront voir Sidewalk stories, de Charles Lane (1989), un conte musical en noir et blanc, sur une musique de Marc Marder.

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