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Incendies
/ La vétusté à l’origine de drames

Alors que dimanche 12 juin sera organisée une marche blanche d’hommage aux victimes du sinistre de la rue Paul-Eluard, l’inefficacité de la législation pour lutter contre l’habitat dégradé pose question, particulièrement en Seine-Saint-Denis.
L'immeuble incendié au 6, rue Paul Eluard.
L'immeuble incendié au 6, rue Paul Eluard.

« Un drame épouvantable », « terrible », « inacceptable ».  Vingt-quatre heures après l’incendie meurtrier, dont les causes n'ont pas encore été établies, qui a ravagé l’immeuble de 17 logements du 6, rue Paul Eluard, fauchant cinq vies, dont celle d’une mère et de ses trois enfants, et faisant onze blessés, dont deux gravement, une centaine de personnes se sont réunis devant les lieux du drame.

 

Dans un élan citoyen, elles sont venues s’incliner devant les victimes et s’associer à la douleur des proches et des habitants du quartier. « C’est un rassemblement qui s’est fait un peu à l’arrache, mais il fallait le faire, c’est bien le moins », lâche Jean-Jacques Chatelux, du DAL, à l’initiative de cet appel à hommage avec le Réseau Solidarité Logement et le Collectif Copros Libres, qui, comme la plupart des personnes présentes, a du mal à retenir ses larmes et sa colère. « Ce n’est pas la première fois qu’un tel drame se passe dans notre ville, mais cette fois-ci il faut que ce soit vraiment la dernière... Plus jamais ça ! »  Un mot d’ordre aussitôt douché par le passage de plusieurs camions de pompiers qui ont dévalé à cet instant la rue toutes sirènes hurlantes, commenté d’un désespéré « c’est pas vrai, ça recommence ».

 

 

Détestable loi des séries, un nouvel incendie, probablement dû à un court-circuit électrique venait tout juste de se déclarer au 19, rue Gabriel Péri, près de la Porte de Paris, au premier étage d’un immeuble qui en compte quatre, faisant trois blessés légers et rendant impossible pour ses occupants la réintégration de cette copropriété de 18 logements, qui faisait l’objet depuis 2000 de plusieurs procédures d’insalubrité.

Las, peu avant minuit, c'est un troisième feu d’appartement, cette fois-ci un feu de cuisine, qui frappait à nouveau Saint-Denis, au 4, rue Denfert-Rochereau, blessant là aussi légèrement trois autres personnes.

 

 

Les bilans ont beau être moins graves, cette tragique coïncidence n’a fait qu’accabler un peu plus la ville, traumatiser encore davantage ses habitants et renforcer les convictions de tous ceux qui croient moins en la fatalité qu'au caractère accidentogène de certains bâtis. Des malheurs peuvent être évités lorsqu'ils ont la particularité de prendre racine sur le terrain de l’insalubrité, des marchands de sommeil, de l’habitat vétuste et des logements dégradés. Un fléau combattu par la Ville (1), mais qui dans cette lutte se heurte au quotidien à « un mur d’inefficacité », comme le dénonce le maire adjoint Stéphane Peu. « Ce département est exsangue et maltraité en termes de moyens de justice et de police. On ne peut pas lutter efficacement contre l’insalubrité avec une législation souvent inadaptée et des procédures au Parquet qui sont trois fois plus longues qu’ailleurs. A un moment donné, tout cela ne peut que générer des drames ». Une lourdeur et une lenteur des procédures juridiques et administratives décrites encore par le maire Didier Paillard comme totalement incompatibles avec « la course de vitesse qui se joue dans un certain nombre d’immeubles, qui même s’ils ne sont pas classés insalubres sont en passe de l’être, avec tous les dysfonctionnements que l’on connaît, que l’on dénonce et que ni la police, ni la justice ne traite. »  

Et ce sont avant tout sur ces manquements et ces dysfonctionnements de l'Etat que le maire et les élus de Saint-Denis ont cherché à interpeller la ministre du Logement Emmanuelle Cosse, venue très discrètement à l’aube du mercredi 8 juin déposer une gerbe et partager un temps de recueillement avec des représentants de la Ville, de la préfecture et du département lors d’une cérémonie officielle tenue à huis clos.

 

 

Avec le président du Conseil départemental, Stéphane Troussel, ils ont fait part en la matière des difficultés propres à la Seine-Saint-Denis. Ainsi, face au manque de moyens humains dont souffre le parquet de Bobigny, il pourrait être envisagé de délocaliser l’instruction de certains dossiers auprès du Parquet de Paris. Ils ont aussi sollicité la priorisation des familles dionysiennes sinistrées sur les dispositifs d’hébergement d’urgence de l’Etat et demandé la mobilisation du contingent préfectoral sur le parc locatif social pour permettre leur relogement pérenne dans les meilleurs délais.

 

Mais la ministre était pressée. Peut-être trouvera-t-elle le temps d'inscrire à son agenda une séance de travail pour approfondir la discussion et les actions à mettre en œuvre. Estimant pour sa part qu' «une grande table ronde contre l'habitat insalubre est nécessaire, incluant tous les acteurs concernés », que « l'urgence est réelle » et que « tout doit être mis en œuvre pour éviter de nouveaux drames », le député socialiste Mathieu Hanotin s'est empressé d'adresser un courrier en ce sens au Président de la République, dans la foulée de cette visite. Il y fait part notamment de son impatience de voir certains décrets d'application de la loi Alur enfin publiés, comme celui concernant le diagnostic de l'installation électrique et de gaz que le propriétaire doit transmettre au locataire, jugé « pourtant essentiel dans la lutte contre les risque d'incendie »,ou encore celui portant sur « le permis de louer », un dispositif expérimenté dans certaines communes « qui avait fait ses preuves dans la prévention de l'habitat indigne. »

 

Mobilisation citoyenne

 

Des réponses, du respect, de la considération et de la dignité, c'est ce qu'attendaient les habitants de Saint-Denis, mobilisés dès le lendemain du drame pour exiger une réaction des pouvoirs pubics à la hauteur des traumatismes subis. « Il y a des jeunes vies qui ont été fauchées alors qu’elles n’auraient pas dû l’être. Des enfants qui ont perdu leurs amis. Des familles qui se retrouvent à la rue. Ces traumatismes doivent être traités avec respect et dignité », s'est ainsi emportée Sonia Casagrande, du Réseau solidarité Logement, qui s'inquiète avec d'autres du devenir des familles sinistrées, redoutant, par expérience, une prise en charge psychologique et sociale au rabais. Mais la vigilance citoyenne s'organise sur ces questions, au même titre que la solidarité et l'entraide. En hommage aux victimes et pour qu'il n'y en ait plus d'autres, le collectif de soutien appelle à un rassemblement dimanche 12 juin à 14 heures devant le théâtre Gérard Philipe pour une marche blanche.

 

Linda Maziz

 

1- Dans le cadre du Programme national de requalification des quartiers anciens dégradés (PNRQAD), l'action de la ville en matière de lutte contre l'insalubrité a notamment permis la mobilisation depuis 2011 de 70 millions d’euros, l’amélioration de plus de 2 000 logements, la construction de deux nouveaux immeubles, le relogement de 65 familles et la mise en œuvre d’une centaine d’arrêtés de péril et d’insalubrité.

Réactions

"...Des réponses, du respect, de la considération et de la dignité, c'est ce qu'attendaient les habitants de Saint-Denis, ...". Ce que les habitants de Saint-Denis attendent c'est d'être écoutés et en premier lieu par la municipalité qui doit déclaré insalubres tous les immeubles vétustes et dangereux et non se contenter de crier misère quand une catastrophe arrive. 0n n'est pas Maire de Saint-Denis que pour avoir sa place au Stade de France les soirs de match mais pour travailler à résoudre les problèmes des dionysiens !
Les élus sont vraiment indignes. Leurs communiqués sont toujours la pour se mettre en valeur. Alors on fait une marche, on fait pour chaque drame dans cette ville. La dernière en date, le gamin renversé par un scooter qui a eu la mâchoire brisée. Réponse de la municipalité. Mettre de panneaux... Voila le niveau de médiocrité de la municipalité. Pour des effets d'annonce, pour des longues tirades dans le journal le Monde, pour parader, pour signer des contrat de plan avec l'état qu'ils débectent tant. Ils sont la. Mais avoir une action concrète en faveur des habitants, il y a rien. C'est le néant. Cette récupération est indigne. Et ce recueillir à l'aube sans les habitants, c'est encore plus dégueulasse. A tous les soutiens de la municipalité, j'ai rien à gagner en dénonçant l'inaction de la mairie. Je vis confortablement. Je pourrais très bien être dans une ville plus simple et me satisfaire de ce que dit le figaro. Mais je dénonce l'incompétence d’élus qui maintiennent les gens dans la pauvreté et l'ignorance. Je combats ces élus, mal élus, satisfait d'eux mêmes, qui décident ce qui est bien et de ce qui est mal. J'y ai grandi et je partage l'incompréhension des habitants qui sont partis de Saint Denis. Il y a avait une certaine cohésion une époque donnée. Ils sont nostalgique d'une époque ou un avenir était possible à Saint Denis. Mais on ne peut pas dire qu'avec 70% d’abstention aux dernières municipales, l'action de la municipalité soit un plébiscite. HONTE A VOUS
Honte à vous pour cette récupération paillardienne des morts de la rue Paul Eluard ! Si certaines associations proches du maire essaient de récupérer la marche blanche de dimanche pour leur minable business électoraliste sur le dos des plus fragiles, elles vont se heurter à la volonté des dionysiens soucieux de se recueillir dans la plus stricte neutralité.
Je ne dirais qu'une chose : venez le plus nombreux possible, ce dimanche 12 juin 2016 à 14h00, pour participer à la marche silencieuse qui est organisée pour rendre hommage aux victimes de l'incendie de l'immeuble de la rue Paul Eluard. Mais aussi, pour protester contre l'inefficacité des actions menées par les élus de la ville et la totale inertie du gouvernement, face à l'irresponsabilité criminelle des propriétaires marchands de sommeil qui ne gèrent absolument pas leur patrimoine immobilier dans le seul but, avec l'unique obsession, de faire le maximum de profit, et ce, dans le plus court laps de temps.
J'ai honte de lire vos commentaires.... J'ai été présente lors de l'incendie car j'habite à côté... l'immeuble n'était pas insalubre que cela vous plaise ou non les élus étaient présent toute la nuit sur place. Vous y étiez vous? Vous avez aidez les familles ? pffff, ca parle beaucoup ici mais personne dans la rue On a perdu 5 personnes ce soir là et vous pensez à quoi ? régler vos comptes...; HONTE A VOUS D ETRE SANS COEUR! Pour info, la marche a été organisé par les amis proche et la famille des victimes avec les élus. Je le répète parce que je suis choquée de vos propos, HONTE A VOUS DE PENSER QU A VOTRE PETIT COMBAT, on en a rien à foutre
Bonjour @Nadia. Si vous revoyez l'interview de S. PEU sur le net (D. PAILLARD ne dit pas un mot), il rappelle son action avant de penser aux victimes. C'est dégueulasse et indécent envers cette pauvre famille. A chaque drame, on dit plus jamais ça... Mais ça recommence. Il faudra combien de mort avant que le maire fasse son boulot. PAILLARD mettait des tracts en disant qu'il faut être fière de Saint Denis. Quand je vois des enfants mourir dans un immeuble "juridiquement insalubre", j'ai honte, et je suis en colère face à ses incompétents.
@Nadia Le boulot d'un maire n'est pas de pleurer à côté des victimes (même s'il en a parfaitement le droit) mais de prendre les mesures nécessaires pour que de pareils drames ne se produisent pas comme prendre des arrêtés de péril (https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/F16104) quand un immeuble présente des risques pour ces occupants. Et quand l'on voit la succession de drames ces jours-ci à Saint-Denis, on ne peut pas parler de coïncidence ...
@Horta Comme je l'ai dit, j'habite à côté et je connais l'immeuble. Il n'est pas insalubre faut arrêter!! D'ailleurs, les pompiers ont précisé qu'il n'écarte pas la piste criminelle. Vous vous rendez compte ? Moi c'est ça qui me choque le plus!! Ensuite, dire que le maire ne prend pas les mesures nécessaires... Vous avez peut-être raison, vous avez sûrement des informations que nous n'avons pas, vous travaillez au service de l'hygiène de l'Habitat? Parce que je me balade à saint-denis et j'en vois beaucoup des immeuble avec des arrêtés de péril; c'est le cas pour le 19 péri, je vois des affiches partout parlant d'un programme le PNRQAD. Un autre immeuble aussi, rue gabriel péri à côté de promotion 7! Le problème c'est que les propriétaires privées sont difficiles à maîtriser de part le droit à la propriété privée. Le maire peut pas claquer des doigts et changer le monde. On est pas des imbéciles, faut arrêter. Faudrait s'unir pour lutter contre les marchands de sommeil et les syndics qui gère mal les immeubles! C'est ca le vrai problème. Cracher sur les autres, ca sert à rien .... et ca ne fera pas revenir ces pauvres victimes...
Oui, Nadia, le problème ce sont les marchands de sommeil et les syndics qui ne font pas leur travail. Mais : lorsqu'un immeuble est dans les pattes de ce genre de personnes il devient forcément insalubre par manque d'entretien au fil des années! Moi aussi je connais cet immeuble : j'y ai habité de longues années, et mon voisin de palier d'alors y habitait toujours. Résidant aujourd'hui dans le même quartier, de temps en temps en passant devant l'immeuble je poussais la porte pour jeter un coup d'oeil, et ça ne s'améliorait pas... Lorsque je l'ai loué, la pseudo-agence, constituée d'une clique à plusieurs têtes, m'a réclamé une somme en liquide sans me donner de reçu, pseudo-agence qui est devenue ensuite, si j'ai bien vu entre les lamelles des stores, un atelier de confection clandestin ; les résidants de l'immeuble qui louaient par le biais de cette "agence" n'avaient jamais de quittances de loyer, je leur en faisais en bidouillant (est-ce normal de devoir en arriver là ?), à celui-ci pour qu'il puisse mettre ses gosses à la cantine, à celui-là pour qu'il puisse en présenter au tribunal,... Chez moi au bout de six mois la moisissure apparaissait déjà à travers la moquette murale et la peinture... Mais : propriétaires, syndics, toujours aux abonnés absents. Par quel miracle l'insalubrité ne ferait-elle pas son nid ? Le maire, je l'aime bien, même s'"il peut pas claquer des doigts et changer le monde", comme vous dites. Et je lui donne un tuyau : il devrait s'intéresser à l'immeuble d'en face, derrière l'ex-agence du GAN, dans la partie cour. Il y a sept-huit ans on m'avait proposé un appart dans cet immeuble tout beau tout blanc, j'étais passée par une agence de la porte de Paris, et finalement j'avais refusé parce qu'au bout de deux mois 80 % des volets restaient fermés, j'avais trouvé ça bizarre. Et vous savez quoi ? Ils le sont toujours aujourd'hui, bien que par la porte vitrée de l'immeuble on puisse voir des noms sur les boîtes à lettres. Sans parler d'insalubrité, il y a quand même un problème, non ? L'avenir le dira peut-être...

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