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Privatisation d’aéroport de Paris
/ La parole aux référendaires

Éric Coquerel (LFI) et Stéphane Peu (PCF), députés des premières et deuxièmes circonscriptions de Seine-Saint-Denis, signataires de la proposition de Référendum d'initiative partagée nous expliquent pourquoi la privatisation de la plateforme de Roissy, plus grosse pourvoyeuse d'emploi du département n'est pas certaine.
Les députés Eric Coquerel et Stéphane Peu ont signé la proposition de Référendum d'initiative partagée concernant la privatisation d’Aéroports de Paris (ADP).
Les députés Eric Coquerel et Stéphane Peu ont signé la proposition de Référendum d'initiative partagée concernant la privatisation d’Aéroports de Paris (ADP).

Adoptée jeudi 11 avril en deuxième lecture par l’Assemblée nationale, le Plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises (Pacte) prévoit, entre autres, la privatisation d’Aéroports de Paris (ADP), détenu aujourd’hui à 50 % par l’État. Le gouvernement souhaite en déléguer la gestion au privé via une concession de 70 ans. Une décision qui suscite une levée de bouclier sur l’ensemble des bancs de l’opposition.

Mardi 9 avril, 248 parlementaires des deux chambres (Assemblée et Sénat) issus de 11 groupes politiques ont déposé une proposition de loi référendaire dans le cadre du Référendum d’initiative partagé (RIP). Une première depuis sa création en 2008. Pour ces parlementaires, l’aménagement, l'exploitation et le développement des aérodromes de Paris (Roissy, Orly et Le Bourget ) revêtent les caractères d'un service public national. Le conseil constitutionnel doit se prononcer d’ici début mai sur la validité de la procédure. En cas de validation par les sages de la rue de Montpensier, il faudra ensuite réunir près de 4,5 millions de signatures d’électeurs en 9 mois pour organiser le référendum.

La privatisation de la plateforme de Roissy, plus grosse pourvoyeuse d’emploi du département n’est donc pas certaine. Éric Coquerel (LFI) et Stéphane Peu (PCF), députés des premières et deuxièmes circonscriptions de Seine-Saint-Denis, signataires de la proposition de RIP, nous expliquent pourquoi.
 

Le JSD : Tout d’abord pourquoi êtes-vous hostiles à la privatisation d’Aéroports de Paris ?

Éric Coquerel : Par quelque bout qu’on le prenne il n’y a pas un seul argument en faveur de la privatisation. C’est d’abord une question de souveraineté : privatiser une frontière c’est quand même hallucinant. En termes d’écologie et d’aménagement du territoire c’est laisser la main au marché. Et enfin c’est une mauvaise affaire financière. Il n’y a pas une raison, sauf à faire plaisir à certaines grosses entreprises et certains amis de M. Macron. Globalement ça ressemble beaucoup à la privatisation des autoroutes. Avec la même question constitutionnelle posée puisqu’il s’agit d’un monopole qui ne pourrait pas être privatiser. Au passage on observe qu’avec la privatisation des autoroutes il y a eu de grosses réductions de personnels. On pourrait craindre la même chose.

Stéphane Peu : C’est une erreur. D’abord financière aux vues des dividendes qu’a touché l’État ces 10 dernières années grâce à ADP. Pourquoi privatiser pour alimenter un fond sur l’innovation, alors que ADP et la Française des jeux (aussi objet de la loi Pacte) rapportent trois fois plus par an en dividendes que ce que rapporterait ce fonds ? Juridiquement c’est aussi très discutable parce que par définition les monopoles ne sont pas dans le secteur concurrentiel. On ne doit donc pas les privatiser car c’est une rente offerte au secteur privé. D’où notre recours au conseil constitutionnel en parallèle du RIP. Enfin ça pose aussi une question de sureté. La sureté aéroportuaire c’est quelque chose qui coûte cher et qui ne se voit pas. Par ailleurs pour qu’un aéroport reste performant il faut des investissements très lourds qui s’accommodent mal des exigences de rentabilité immédiates imposées par une privatisation. La durée de concession est également déraisonnable et le risque est fort aussi de voir demain ADP aux mains de groupes étrangers. On parle de Vinci parce qu’ils sont déjà présents au capital et que tout le monde a à l’esprit le renvoi d’ascenseur après l’annulation du projet de Notre-Dames-des-Landes. Mais il y aura un appel d’offres. Rien n’est donc certain. L’intérêt de la nation dans cette affaire est sacrifié.

 

« Ce processus est une course d’obstacles »
 

Le JSD : Au final, chose assez rare, dans le cadre de la procédure de RIP toutes les forces d’oppositions font front commun. Quelle message politique faut-il y voir ?

EC : Nous sommes tous d’accord sur le même contenu. On reflète donc un sentiment très majoritaire dans le pays. Les enquêtes d’opinion le montrent d’ailleurs. Si le conseil constitutionnel nous en laisse le loisir c’est une garantie pour aller chercher les 4,5 millions de signatures nécessaires.

SP : Ce qui est intéressant c’est que des gens, qui d’habitude sont plutôt favorables aux privatisations au PS ou à droite, cette fois disent non ce n’est pas possible. 

Le JSD : Pensez-vous qu’il y a une vraie possibilité que la procédure arrive à son terme ou les obstacles sont trop difficiles à surmonter ? Par ailleurs le conseil constitutionnel ne pourrait-il pas finalement être un allié et retoquer le projet de loi ?

EC : Ce processus est une course d’obstacles. Mais le principal est le conseil constitutionnel, parce que je pense que nous sommes en mesure de réunir les 4,5 millions de signatures. Pour le reste je ne vois pas le gouvernement reculer car sa démarche n’est pas rationnelle. Sur la constitutionalité il y une question, parce qu’ADP en pratique est en situation de monopole et ne pourrait donc pas être privatisé. Maintenant j’observe que les autoroutes l’ont été. Mais c’est vrai qu’il y a plutôt plus d’arguments pour que le conseil constitutionnel refuse cette loi plutôt qu’il ne la valide.

SP : C’est une première avec toutes les incertitudes que cela implique mais je suis confiant sur le feu vert du conseil constitutionnel pour le RIP. Ensuite je pense qu’on est en mesure de réunir les signatures, car aujourd’hui l’opinion publique est beaucoup plus éclairée sur le gâchis des privatisations. Le libéralisme a été idéologiquement dominant mais aujourd’hui il reflue. Enfin j’observe que cette majorité est très amateur et s’est fait retoquer par le conseil constitutionnel plusieurs articles de la loi anticasseur et du projet de loi de réforme de la justice. D’où le recours que nous avons déposé ce 18 avril sur la loi Pacte en parallèle de notre procédure référendaire.

Propos recueillis par Yann Lalande

Réactions

172600 personnes sont demandeurs(euses) d'emploi de catégories A B C, dans notre département (Seine-Saint-Denis). L'important est que que la plateforme aéroportuaire de Roissy se développe, continue de créer des emplois, et que les habitants des quarante communes de Seine-Saint-Denis aient accès à ces emplois, notamment celles enclavées comme Clichy-sous-Bois. La société Vinci, déjà membre du Conseil d'Administration d'Aéroports de Paris (représentée par son Président Mr Xavier Hulliard), souhaite acquérir ADP, et devenir propriétaire de 6700 hectares, c'est à dire le plus gros propriétaire terrien d’Île-de-France. Comment Vinci, avec son capital de 598 554 893 actions à 89,86 euros (au cours au 24 avril 2019) pourrait prendre en compte l'intérêt général ? Les 6700 hectares seraient gérés dans l'intérêt des actionnaires, pas dans celui des franciliens. Dans une démocratie, les élus au suffrage universel doivent décider de l'usage des sols, pas une société privée.
Mr Lalande qui se veut équilibré et objective donne le parole aux 'Contres' - ou et l'autre coté de l'argument?
@Breton l'angle du papier me semble pourtant assez clair. Il s'agit de donner la parole aux deux députés des circonscriptions dionysiennes tous les deux favorables à un référendum au sujet de la privatisation d'ADP. Pour ce qui est des arguments en faveur de la privatisation je ne crois pas que le gouvernement ait jamais manqué de relais dans les différents médias télévisés, radio, presse papier et internet pour exposer ses projets et arguments. Quand Emmanuel Macron ou un ministre sont interrogés par un média, il ne me semble pas qu'ils aient systématiquement des contradicteurs en face d'eux. Dans tous les n'hésitez pas à partager ici vos arguments en faveur de la privatisation d'ADP. Cordialement

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