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La Maison des femmes, antenne du commissariat

Depuis mai, la Maison des femmes a mis en place un dispositif pour permettre aux femmes qu’elle suit de porter plainte sur place. Un cadre de confiance et d’écoute qui permet de se livrer plus sereinement.
A la maison des femmes, les victimes de violences qui viennent porter plainte bénéficient d'un accompagnement. © Olivia Kouassi
A la maison des femmes, les victimes de violences qui viennent porter plainte bénéficient d'un accompagnement. © Olivia Kouassi

Après un entretien de six heures avec une plaignante, le jeune policier volontaire a les yeux qui brûlent. Depuis mai, la Maison des femmes a mis en place un dispositif innovant qui permet de déposer plainte directement dans ses locaux. « On ne veut pas se substituer aux commissariats, sourit la médecin chef Ghada Hatem.Ou pas encore ! »

Tous les mercredis de 9h à 17h, un policier volontaire exerce donc une permanence dans un discret bureau de la structure. Une quarantaine de membres des forces de l’ordre ont pris part à cette initiative et assurent la fonction à tour de rôle.

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 « On essaie d’optimiser cette ressource pour des femmes que l’on connaît déjà », précise la médecin chef et gynécologue. Pour assurer un dépôt de plainte efficace, un dispositif a été mis en place par la Maison des femmes. Un rendez-vous au préalable avec un médecin ou une sage-femme pour évaluer la situation est nécessaire. Les femmes sont ensuite accompagnées en amont de leur dépôt de plainte et reçoivent des conseils de psychologues ou d’avocats. Un rendez-vous d’une durée minimum de deux heures est ensuite pris avec le policier. Les compléments de plainte durent eux environ une heure. 
 

Antenne du commissariat

La Maison des femmes, pionnière en France de ce type de détachement joue les maisons pilotes. C’est lors d’un voyage à Bruxelles en Belgique que Ghada Hatem découvre une expérimentation montée par un chef de police pour les victimes de violences sexuelles. Le projet « d’antenne du commissariat » se met alors en place à Saint-Denis avec la collaboration du commissaire Laurent Mercier. Une « confiance mutuelle » s’est instaurée. « On est partenaire », conclue la gynécologue.

« J’ai reçu un accompagnement hypercomplet ici, souffle une jeune femme en attendant son tour dans le couloir aux murs roses. Je suis d’abord passée par une association qui me poussait à porter plainte alors que j’étais encore en état de choc. » Prêt d’un mois d’attente a été nécessaire avant d’avoir un rendez-vous avec le policier. Environ trois plaintes sont programmées par mercredi. « J’ai fait tout un cheminement ici grâce à une psychologue et des entretiens pour clarifier mes besoins, rassembler mes idées et pour me préparer à cette déposition », détaille-t-elle posément.

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« On essaie de mettre les personnes en confiance, dans un cadre peut être plus agréable que dans un commissariat », commente le policier de permanence du jour. Généralement au sein d’un service d’enquête dans un bureau de Saint-Ouen, il n’a pas pour habitude de prendre des plaintes de ce type. Tous les volontaires ont suivi une formation de trois jours. Grâce à des exercices pratiques, une intervention des soignants de la Maison des femmes et une visite de la structure, ils ont tous été sensibilisés à la particularité de ces plaintes pour viol, agressions sexuelles et/ou violences conjugales.

« Le but est de les écouter pour éviter qu’elles aient à revenir, car le dépôt d’une plainte n’est que le début d’un long processus judiciaire, souvent très difficile», détaille l’enquêteur de 32 ans. Pour créer ce climat de confiance, les membres des forces de l’ordre reçoivent les plaignantes en civil, dans un bureau fermé. « Au commissariat on est souvent dans un espace ouvert où d’autres personnes circulent, il n’y a pas d’intimité », commente l’enquêteur. De son propre aveu, le service des plaintes, souvent en sous-effectifs, est considéré comme « le pire ». Les « plaintiers », souvent jeunes diplômés et sans expérience, ne bénéficient pas de formations pour recueillir la parole des femmes victimes de violences. Soumis à un rythme soutenu, ils enchaînent les plaintes de natures diverses.

« Il faut pouvoir recevoir convenablement ces personnes. Ici on prend le temps d’entendre les femmes, de les laisser s’exprimer », commente le gardien de la paix avant d’enchaîner avec son prochain rendez-vous prévu pour durer trois heures.

Olivia  Kouassi

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