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Chantier
/ La gare sens dessus dessous

La gare de Saint-Denis est un gigantesque chantier. Ces impressionnants travaux transformeront la physionomie des lieux. En attendant, usagers et riverains composent avec les désagréments.
© ACBarbier
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Avec 90 000 voyageurs par jour, c’est aujourd’hui la cinquième gare la plus fréquentée en Ile-de-France. Et pas moins de 150 000 y sont attendus à l’horizon 2030. Pour cette vieille bâtisse aux cheminements étriqués, il était donc grand temps qu’aboutisse le projet de restructuration réclamé par la ville depuis une bonne dizaine d’années.

Avalisé en 2017 au titre du programme de mise en accessibilité des gares franciliennes que financent Île de France Mobilité, la Région et la SNCF, le chantier a débuté voilà un an. Et il bat son plein depuis le printemps dernier dans des proportions telles que la SNCF, maître d’œuvre et maître d'ouvrage, a dû en ajuster le périmètre et le planning pour en limiter les nuisances.

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Assemblage de poutres métalliques

Depuis le début octobre, week-ends et nuits sont ainsi mis à profit pour réaliser sur les voies et sur les quais 16 ponts provisoires, sous lesquels sera creusé le tunnel principal. Sans incidence sur la circulation des trains, ni le fonctionnement de la gare. Ces travaux entrepris le mois dernier consistent d’abord à casser chacun des quais « sur une longueur d’environ 25 mètres et une largeur de 4 à 6 mètres, explique Jimmy Thibault, directeur d’opérations à SNCF Réseau. On enlève la structure béton. On pose ensuite deux gros blocs de béton sur lesquels va reposer un tablier. »

Cet assemblage de poutres métalliques d’un poids de 25 tonnes qui fait office de pont est alors inséré avec son revêtement de bois dans l’alignement du quai. Le voyageur, lui, n’y remarquera que ces lattes de parquet formant un léger dénivelé. Pour la pose du pont rail, le principe est le même. « On découpe les voies ferrées. Puis on positionne dans l’alignement des rails les tabliers, dits auxiliaires, qui supporteront les trains." Tabliers ou blocs de soutènement en béton, poursuit M. Thibault, "tout est préconçu, en amont, sur l’emprise chantier », et transporté à l’aide d’une grue de quelque 700 tonnes positionnée sur la base-vie le long de la rue Charles-Michels.

À cause de ces va et vient, au-dessus des voies et des quais, de la flèche de grue lourdement lestée, la circulation des trains de la ligne H a été ainsi interrompue pendant les quatre week-ends en octobre. « C’était du 3x8, les équipes se sont relayées sans s’arrêter », raconte Jimmy Thibault. 

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Performance technique supplémentaire, c’est en biais que les 16 ponts se succèdent de rails en quais, au-dessus du tracé du futur souterrain, ouvrage central pour la circulation des voyageurs. Entre ses deux accès, l’un au sud du parvis est, l’autre au centre de la future esplanade ouest – d’où ce tracé en biais – le souterrain aménagé en pente douce se déploiera sur une largeur hors norme de 10 mètres. « En général, on est dans les 8 mètres », remarque M. Thibault. Définies en fonction des « études de flux voyageurs » sur les vingt ans à venir, ces dimensions résultent aussi d’impératifs d’accessibilité avec les cages d’ascenseur et escaliers mécaniques qui desserviront les quais.  
 

Un comité de suivi des usagers

Les travaux d’excavation pour cet ouvrage devraient débuter en février ou mars. Une échéance dont s’inquiètent un peu les riverains, parmi lesquels Patrick Beaumont, président de l’amicale des locataires Charles-Michels, et Romain Carvalho, président de l’association Saint-Denis & Environnement.

L’un et l’autre participent au comité de suivi des usagers dont ils avaient demandé en février la mise en place. Constitué avec la ville, Plaine Commune et la SNCF, « il a été relancé en juillet quand on a vu la découpe des abris en béton par des personnes équipées de masques et de combinaison. C’était à l’air libre sur le terrain à côté des immeubles », raconte Romain. Depuis, leurs craintes sur ces travaux de désamiantage ont été dissipées par Patrick, ancien professionnel en ce domaine. Le 17 septembre, la première réunion du comité a notamment porté sur le bruit des engins la nuit sur le chantier, sur les rotations de camions – 15 à 20 par jour - qui évacueront les déblais excavés du tunnel. 
 

« Du danger sur les quais »

« On a aussi parlé du danger sur les quais qui sont considérablement réduits par les travaux, ajoute Romain. Quand plusieurs trains arrivent, c’est la bousculade. Et il y a pas mal de pickpockets pour en profiter ». Un dispositif de surveillance et de régulation des voyageurs a ainsi été mis en place par la SNCF, qu’ils décrivent comme globalement attentive. Reste que pour ces riverains, le chantier vient aggraver les dysfonctionnements du quartier.

Ils constatent l’engorgement en fin de journée du cheminement piéton enserré entre parking et palissades de chantier à la sortie du tunnel sud. Surtout, ils déplorent les incidences des travaux sur la circulation. Avec les bus RATP des lignes 264 et 274, dont les terminus ont été maintenus aux abords, « plus les engins de chantier, les voitures qui veulent passer et celles qui stationnement de manière anarchique, à 18 h, dans les rues Charles-Michels et Coignet, tout est bloqué, fulmine Romain. Tous les soirs, c’est l’enfer ! ». C’est pour eux d’autant plus préoccupant que les travaux, pour construire le nouveau bâtiment voyageurs et rehausser les quais, vont se poursuivre encore pendant quatre ans.

Marylene Lenfant

Réactions

Saint-Denis, vers un chaos général ? Les perturbations causées par ces travaux sont telles qu'il a fallu parfois ces derniers temps carrément réguler l'accès même de la gare: résultat, 1/4 d'h ne serait-ce que pour rentrer dans le bâtiment et pour se retrouver sur un quai bondé au point d'en être dangereux. Le dimanche 27/10 à 14h, nous avons simplement fait demi-tour et renoncé à nous rendre à Paris. Pour me rendre de chez moi à la gare à pieds, le plus court serait d'emprunter la rue Saint-Clément : à cause de travaux qui durent depuis des années maintenant, elle ressemble aujourd'hui à une zone de guerre et est fermée, avec des panneaux qui nous l'apprennent au dernier moment et nous oblige à rebrousser chemin. Ce matin, j'ai voulu prendre la voiture pour aller travailler de l'autre côté de Paris...quelle erreur ! Je n'avais pas compté avec l'évacuation des campements porte de La Chapelle : au bout d'une heure, je n'avais pas fait 3 kilomètres et j'ai du renoncer, rebrousser chemin et prendre les transports. Alors, je pose la question : quel est ce territoire où se déplacer devient aussi difficile que si nous étions dans un pays sous-développé ? Quel est ce territoire où la gestion des travaux est calamiteuse ? Quel est ce territoire à quelques kilomètres de la capitale dont la population devient quasi captive ? J'ai le sentiment d'un chaos total : plus de repères, plus de limites, plus de droit, ou juste celui de subir, subir et subir encore toutes ces perturbations. Le mouvement social qui s'annonce en plus dans les transports va accentuer cela et j'ai l'impression que nous fonçons dans un mur de manière catastrophique.

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