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Procès du logeur
/ La défense surréaliste de Jawad Bendaoud

Les premiers jours du procès de Jawad Bendaoud, qui a commencé le mercredi 24 janvier, ont été marqués par la défense surréaliste du Dionysien.
(©) Benoit Peyrucq / AFP
(©) Benoit Peyrucq / AFP

« Il y avait des signes, mais je les ai mal interprétés. » Depuis le début de son procès, mercredi 24  janvier, à la 16e chambre correctionnelle du Palais de Justice de Paris, Jawad Bendaoud maintient la même version : ce n’est qu’après l’assaut du Raid le 18 novembre 2015, qu’il a compris qu’il avait logé dans son squat, au 48 rue de la République à Saint-Denis, deux terroristes impliqués dans les attentats du 13 novembre, qui ont fait 139 morts. « Je n’ai aucun problème de conscience. Je dis la vérité », assure le logeur.

Jawad Bendaoud n’est pas le seul accusé. Mohamed Soumah est assis à côté de lui dans le box des accusés. Tous les deux sont poursuivis pour « recel de terroriste » pour avoir fourni un refuge aux deux assaillants en fuite. Comparaissant libre, Youssef Aït Boulahcen est le dernier prévenu. Lui est accusé de « non-dénonciation de crime ». Les enquêteurs pensent qu’il savait que sa sœur, Hasna Aït Boulahcen, était en contact avec leur cousin belge Abdelhamid Abaaoud, cerveau des attentats et membre du commando des terrasses de cafés à Paris. Avec son complice Chakib Akrouh, ils avaient réussi à s’enfuir. C’est Hasna qui leur avait trouvé le squat à Saint-Denis. Ces trois protagonistes sont morts lors de l’assaut après l’explosion de la ceinture explosive de Chakib Akrouh. 

Marchand de sommeil et trafiquant

L’ombre d’Hasna plane sur ce procès. C’est elle qui, le soir du dimanche 15 novembre, retrouve les deux terroristes cachés dans un buisson dans la rue des Bergeries à Aubervilliers, à la limite de Saint-Denis. Ce jour-là, Hasna multiplie les échanges avec son petit frère. Parlent-ils de leur cousin ? Youssef dément, mais il prend des précautions utilisant un deuxième téléphone portable. L’homme de 25 ans décrit Hasna comme « psychologiquement instable ». « Elle est tout le temps dans le mensonge, elle s’invente une vie, elle passe d’un extrême à l’autre. » Dans la nuit, après un rendez-vous avorté pour la « raisonner », il assure qu’il rompt alors toute communication avec elle. 

Le lundi 16 novembre, alors que sa colocataire alerte la police, Hasna remue ciel et terre auprès de ses contacts pour trouver une planque. Ses nombreuses tentatives échouent. Finalement, elle va la trouver grâce à Mohamed Soumah. Quand ils se voient à la cité Franc-Moisin, où le trafiquant a ses habitudes, il raconte qu’elle vient d’abord lui acheter de la cocaïne avant de parler d’un logement. « Elle ne fait que parler, on dirait qu’elle est folle », affirme-t-il. Il pense faire coup double : « Je vais gratter un billet, peut-être coucher avec elle. » Il fait le lien avec Jawad Bendaoud, un marchand de sommeil qui a des appartements squattés dans le centre-ville. Les deux travaillent déjà ensemble : Jawad transforme la cocaïne de Mohamed en crack (en janvier 2017, ils ont respectivement été condamnés à huit mois et deux ans fermes pour ce trafic). En fin d’après-midi, Hasna Aït Boulahcen visite le studio rue du Corbillon. Et le lendemain soir, mardi 17, les deux fugitifs et leur intermédiaire s’y installent après avoir été rapidement accueillis par Jawad. Quelques heures plus tard, le Raid lance l’opération. 

« Dès qu'on me touche, j'explose »

« Elle m’a utilisé, elle m’a baisé », affirme Mohamed Soumah, mais dont le récit comporte quelques zones d’ombre. « Je suis un voyou, pas un djihadiste », se défend-il. « Le ciel m’est tombé sur la tête », raconte quant à lui le logeur. Peu de temps avant d’être interpellé en direct sur BFM TV, il lance dans une conversation téléphonique « deux mecs qui viennent de Belgique, qui paient 150 euros pour dormir trois jours, c’était suspect. J’aurais dû m’en douter. C’est moi le trou du cul. »

Grand tchatcheur, Jawad débite un incroyable flot de paroles et d’images. « On m’a vendu un bœuf bourguignon, j’ai fini avec un couscous. » Il fait rire, même si le fond de l’affaire ne s’y prête pas. Nerveux, il s’énerve, comme cette fois où un avocat le cuisine pour savoir si Jawad est un bon père. « Vous êtes un voleur de mobylette ! », lui lance-t-il. « Je vais venir à votre cabinet, on va s’expliquer d’homme à homme. » « Je suis comme une bombe. Je suis très calme, mais dès qu’on me touche, j’explose », se justifie-t-il un peu plus tard.

Bendaoud veut utiliser son « droit au silence », mais il ne peut pas s’empêcher de parler. « Je le jure sur la tête de mon fils, Mohamed Soumah ne m’a rien dit ! Hasna ne m’a rien dit ! Les deux terroristes ne m’ont rien dit ! », martèle-t-il, après avoir répété sa version des faits. Le Dionysien fait des déclarations surréalistes. « Dehors, qui voudra m’embaucher ? Je suis foutu ! J’avais le projet d’ouvrir un point de cocaïne, mais c’est mort, qui voudra s’associer avec moi ? » Il récuse le mot de « proxénète », même s’il avoue qu’il a loué ses squats à des prostituées. « J’avais une vie tranquille », dit-il alors qu’à 31 ans il a quasiment passé les dix dernières années derrière les barreaux. Le Dionysien risque une nouvelle peine de six ans de prison. Le jugement est attendu au plus tard le 14  février.

Aziz Oguz
 

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