Portrait

La banlieue, tout un monde !

À l’entrée de l’une des cafétérias de l’université Paris 8, un étudiant s’approche et lui demande comment faire pour lui envoyer sa thèse, n’ayant pas les moyens de la faire imprimer. « Envoyez-la en PDF, on se débrouillera », répond Alain Bertho. Puis il confie : « Un jour, j’ai découvert en visitant le squat de la rue Suger qu’un de mes étudiants y vivait et qu’il était sans papiers. » Professeur, c’est-à-dire cumulant les responsabilités pédagogiques, de recherches et administratives, à l’Institut d’études européennes de Paris 8, il ne conçoit pas sa fonction coupée de son engagement de citoyen. « J’ai grandi à Belleville, dans le Paris cosmopolite, puis j’ai traversé le périf et je suis venu à Saint-Denis il y a vingt ans. » Anthropologue spécialiste de la banlieue (« ce qui m’intéresse, ce sont les gens stigmatisés, méprisés, ceux qu’on ne veut pas voir ni entendre »), son engagement actuel, après avoir milité au PCF de 1977 à 2004, consiste en un retour obstiné à la base, « dans les quartiers où se développent des solidarités indispensables. Ce sont les lieux où l’on peut comprendre les enjeux politiques d’aujourd’hui. Par exemple, en participant aux comités de soutien des expulsés, je peux mieux comprendre le monde ».
Du local au mondial, Alain Bertho étudie les banlieues, publie des ouvrages de référence et, depuis 2005, plus précisément les émeutes dans le monde, « où l’on voit des jeunes se mettre en danger, y compris physique, tout en étant sûrs de perdre. Et ce phénomène s’étend, développe sa propre symbolique, comme brûler des voitures, et produit ses propres images ». Sur Internet, il ausculte ces jeunes de France, de Chine, d’Italie, du Canada, d’Algérie… qui tous lui semblent dire : « On ne nous calcule pas ! Et nous n’avons personne à qui parler. »
Le monde, c’est aussi le Brésil où Paris 8 a entrepris une coopération avec une université de Porto Alegre. « En Europe, nous luttons pour des droits que nous finissons par perdre ; là-bas, ils luttent pour construire, pour conquérir des droits. Il y a une dynamique que nous ne connaissons plus. » Intarissable sur la questions des expulsions, il souligne encore qu’au Brésil, les habitants des favelas font partie de la ville, « et on n’expulse pas des habitants ! » Et puis il y a Saint-Denis où, au côté de Corinne, sa compagne, il fait ses courses, il s’y promène, va au cinéma, aux concerts du Festival, et apporte son soutien aux sans-papiers, aux expulsés, milite au sein du collectif antilibéral ; où sa fille photographe, Raphaëlle, revient ; où son fils, Corentin, fait du slam sous le nom de Luigi au Café culturel… Saint-Denis, qui selon lui n’a pas compris, au contraire de Plaine commune, l’atout que représente pour elle une université comme Paris 8, mais où il croit que, dans ce vieux monde en bout de course, où l’on spécule sur tout, y compris sur la vie, il est urgentissime d’apprendre à être capable de dire nous, de manière sincère, partagée, et pas contre l’autre. « Et ça, ça ne peut pas venir d’en haut ! »
Benoît Lagarrigue

Site http://berthoalain.wordpress.com

Réactions

Réagissez à l'article

(ex. : votre.nom@fournisseur-internet.com) Cette adresse ne sera pas publiée sur le site.
Merci de prendre connaissance de la charte des commentaires ci-dessous.

Principes de modération

Les commentaires postés sur lejsd.com sont modérés avant publication par l’équipe éditoriale.
Les commentaires sont ouverts les quatre semaines suivant la mise en ligne des contenus.
Les messages sont publiés dans leur intégralité ou supprimés s’ils sont jugés non conformes à la charte.
L’internaute est responsable des commentaires qu’il poste. L’équipe du JSD se réserve le droit de retirer tout commentaire si elle l’estime nécessaire pour la bonne tenue des échanges.
La modération dans l’immédiat a lieu du lundi au vendredi, en horaires de jour.
Lorsqu’un internaute poste plusieurs fois le même commentaire, l’équipe du JSD n’en publie qu’une version.

Pseudonymes

Il n'est pas autorisé de choisir comme pseudonyme le nom d'une autre personne physique ou morale (entreprise, institution, etc.) ou d'utiliser un nom similaire à celui d'un autre internaute dans le but de créer une confusion.
Les noms contenant des allusions racistes, sexistes ou xénophobes sont proscrits.
Si un internaute utilise plusieurs pseudonymes pour commenter, le JSD se réserve le droit de supprimer ces comptes, sans préavis.

Contenus illicites et prohibés

Le contenu des commentaires ne doit pas contrevenir aux lois et réglementations en vigueur. Le JSD supprimera tout commentaire contrevenant à la loi, ainsi que tout commentaire hors-sujet, répété plusieurs fois ou grossier.
Sont notamment illicites les propos racistes, antisémites, sexistes, homophobes, discriminatoires, diffamatoires ou injurieux, incitant à la violence (y compris les appels à la restauration de la peine de mort) ou à la haine raciale, niant les crimes contre l’humanité et les génocides reconnus, faisant l’apologie des crimes de guerre et du terrorisme ; justifiant des actes violents et des attentats.
Sont également proscrits : les propos de nature pornographiques, pédophile ou délibérément choquants ; les atteintes à la présomption d’innocence, l’usurpation d’identité, l’incitation à la commission de crimes ou de délits, l’appel au meurtre et l’incitation au suicide et la promotion d’une organisation reconnue comme sectaire…
Il est également interdit de divulguer des informations sur la vie privée d'une personne, de reproduire des échanges privés et d’utiliser des œuvres protégées par les droits d'auteur (textes, photos, vidéos...).
Actuellement la publicité est interdite sur lejsd.com Les liens promotionnels sont proscrits mais la publication d’un lien vers un site commercial en lien direct avec le sujet dont il est question dans le programme ou le fil de commentaires peut être tolérée, si elle apporte un complément d’information utile à l’internaute.
Le JSD se réserve le droit de supprimer tout commentaire contenant des propos agressifs visant des personnes, notamment les autres commentateurs.
La suppression d’un commentaire entraîne celle des réponses qui lui ont été faites.
Pour contester une modération, merci d’écrire à info@lejsd.com.

CAPTCHA
Ce champ nous permet de vérifier que vous n'êtes pas un robot spammeur