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/ L’indispensable accompagnement psychologique des soignants

Confrontés à une crise sanitaire sans précédent, les personnels de Delafontaine sont éprouvés physiquement et psychologiquement. Une dimension prise en compte par une cellule d’appui spécialement créée.
Le docteur Laugier coordonne avec le docteur Benoit la cellule d'appui psychologique au personnel
Le docteur Laugier coordonne avec le docteur Benoit la cellule d'appui psychologique au personnel

« Pour la première fois j'ai peur des gens, confesse cette aide-soignante qui travaille depuis de longues années à Delafontaine. Pourtant, j'ai travaillé dans des services durs. J’ai longtemps exercé auprès des malades du VIH par exemple. Cela ne m'a jamais inquiétée. Aussi parce que le virus du Sida n'a pas les mêmes modes de transmission que le Covid-19. Même à l'extérieur de l'hôpital, dans les allées ou sur le parking, j'ai peur des gens... Je change de trottoir quand j'en croise. J'ai même vu des collègues garder leur masque jusqu'à ce qu'elles soient dans leur voiture. A ce propos, les masques, on n'a pas tous les FFP2, réservés pour la réanimation notamment. C'est normal, on en manque. Moi je porte un masque simple. On applique les gestes barrières : ouvrir les portes un mouchoir à la main, toujours la même. Et on se passe constamment les mains au gel hydro-alcoolique. A tel point que j'ai des collègues dont les mains sont complètement abîmées, comme à vif. Ça aussi ça me fait peur, ça veut dire qu'elles sont atteintes de microcoupures... Hyper grave en cas de contact avec le virus. »

LIRE AUSSI : Delafontaine à saturation

Ces mots recueillis la semaine dernière, témoignent du niveau de stress et de tension auquel sont soumis les équipes de soignantes de l’hôpital Delafontaine depuis une dizaine de jours et le début de la vague épidémique. Des soignants également confrontés à des choix déontologiques comme explique le réanimateur Laurent Lainé à Médiapart : « On fait de la limitation thérapeutique. » Autrement dit, des personnes qui avaient accès en temps normal à la réanimation n’y sont plus  admises. « Cela a commencé́ avec tous les patients pour lesquels on tentait quelque chose, par compassion, et qui s’en sortaient rarement bien. Pour les autres, il n’y a pas de règle bien fixée, cela dépend de l’état de santé, de l’âge. Mais on ne prend plus les patients au- dessus de 70 ans. » 

Une situation exceptionnelle à laquelle l’hôpital a souhaité répondre en montant une cellule d’appui psychologique au personnel coordonnée en binôme par les docteurs Benoit (Psychiatre) et Laugier (Addictologue).

Cette dernière a accepté de répondre aux questions du Journal de Saint-Denis.

Le JSD : Les personnels de Delafontaine ont vraiment besoin d’un soutien psychologique compte tenu des circonstances ?

Joëlle Laugier : Nous sommes dans une médecine de guerre. Ce que l’on vit est exceptionnel et inédit. Nous redimensionnons et adaptons notre organisation au fur et à mesure des évènements. C’est une situation très difficile notamment pour certains services qui n’y sont pas habitués comme la pédiatrie ou la chirurgie qui ont redimensionné leur activité en fonction des besoins d’accompagnement du Covid-19 (…) Tout le monde est très éprouvé. Pas seulement les personnels soignants. Chacun peut se voir une nouvelle tâche attribuée. Chez certains on constate un stress traumatique. La situation actuelle peut raviver des évènements douloureux profondément ancrés. 

Le JSD : Quelle est la particularité de cette crise ?

J.L : Cette crise est différente d’autres gros afflux comme la canicule parce que la vie personnelle se mélange au professionnel. On a peur de se contaminer et de contaminer ses proches et on côtoie la mort dans des proportions qui n’ont rien à voir à l’habitude. Avec le sentiment d’impuissance que cela peut générer. D’habitude on n’accompagne pas les patients comme ça. Le côté soudain et massif frappe également. C’est très brutal pour tout le monde (…) Et puis il y a énormément de fatigue. Les temps de travail ont été modifiés pour faire face à l’urgence. On manque de capacité en effectifs humains et en moyens matériels, face à des besoins hors normes.

Le JSD : Concrètement comment intervenez-vous ?

J.L : On s’est appuyé sur des expériences mises en place dans les hôpitaux du Grand-Est pour lancer notre dispositif. On se rend dans les services. On fait des maraudes. Y compris de nuit pour voir comment cela se passe dans les services. On mène des entretiens de visu ou par téléphone. On a une permanence pour recevoir les agents. 

Yann Lalande

Réactions

Dans l'article , ce propos d une professionnelle et soignante : ''. A ce propos, les masques, on n'a pas tous les FFP2, réservés pour la réanimation notamment. C'est normal, on en manque '' (..) avril 2020 , nous sommes dans le pays de la Révolution française , le pays des ''Lumieres'' , un pays qui ré intégre l'Otan et , à la demande des États-Unis augmente son budget lié à l'armement militaire . Oupsssss , plutôt , au surarmement !! Merci pour ce reportage en live !
"on ne prend plus les patients au dessus de 70 ans" ? Pourquoi ne pas essayer une oxygénation à haut débit par voie nasale avec des lunettes à oxygène avec les patients de plus de 70 ans ? L'hôpital Delafontaine manque-t-il de bouteilles d'oxygène ? Le 16 mars 2020 au centre hospitalier de Charleville-Mézières un patient de 88 ans est sorti guéri du covid-19. Ce qui est possible dans les Ardennes ne le serait pas en Seine-Saint-Denis ?

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