Cultures

Musée d’art et d’histoire Paul-Éluard
/ L’Histoire retrouvée du Siège de Paris

Avec son exposition 36 épisodes sur le Siège de Paris, le mystère de la suite Binant, le musée Paul-Éluard revient sur un épisode douloureux de l’histoire de la capitale et sur une découverte haletante de l’histoire de l’art.
Le Siège de Paris en 1870, un tableau de Clément-Auguste Andrieux (encre et gouache sur papier, 1870).
Le Siège de Paris en 1870, un tableau de Clément-Auguste Andrieux (encre et gouache sur papier, 1870).

Septembre prochain marquera le triste anniversaire, quelque peu oublié, du Siège de Paris il y a 150 ans de cela. Le 19 septembre 1870, alors que Napoléon III était fait prisonnier depuis quelques jours et qu’une nouvelle République et un gouvernement de Défense nationale étaient proclamés, les troupes prussiennes encerclèrent Paris. Ce siège laissa une plaie béante dans les entrailles de Paris massivement pilonnée par les canons du général Otto Von Bismarck.

La faim et le froid, conjugués aux bombardements, étaient le lot quotidien du peuple parisien qui dû se résoudre à signer l’armistice en janvier 1871. Avec son exposition 36 épisodes sur le Siège de Paris, le mystère de la suite Binant, le musée d’art et d’histoire Paul-Éluard propose jusqu’au 2 mars de se plonger dans cette période déjà très documentée par le musée mais qui bénéficie désormais d’un nouvel éclairage.

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Un trésor longtemps oublié

En 1872, Alfred Binant, coloriste propriétaire d’une galerie d’art à Paris, commanda à des artisans peintres 36 tableaux « relatant et exaltant » la résistance civile et militaire lors du siège de la capitale. Les toiles dont les plus imposantes mesuraient 2 mètres sur 4, représentaient des scènes de vie, de bataille et d’exode. Avant son décès, Binant légua les œuvres à la Ville de Paris pour être conservées au musée du Carnavalet (Paris). Aujourd’hui, seules treize d’entre elles sont encore en sa possession. Les autres tableaux auraient « disparu » pendant l’Occupation.

Et c’est alors qu’elle tentait de retrouver leur trace que Sylvie Gonzalez, conservatrice du musée de Saint-Denis actuellement en préretraite, tomba en 2017 sur un catalogue qui référençait 36 reproductions miniatures (22 x 35 cm) de cette suite Binant. Un trésor qui reposait dans une caisse du musée Gassendi à Digne-les-Bains (Alpes-de-Haute-Provence). Ces tableautins en tout point identiques aux originaux (dont quatre d’entre eux ont été prêtés pour l’exposition) étaient accompagnés d’un cartouche en bois orné du blason de Paris et d’une banderole « Le Siège de Paris 1870- 1871, donné par M. Binant en souvenir du séjour de sa famille à Digne pendant la guerre ».

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Selon toute vraisemblance, les treize peintres mis à contribution dans la production des grands formats seraient également les auteurs des miniatures reproduites sur des cadres en bois à partir de photographies des œuvres originales. Paysagiste, peintre décoratif, portraitiste ou peintre de scène historique, chacun excellait dans une spécialité.

De nouveaux modèles de société

Ce travail collectif, bien qu’orienté, peut être considéré comme l’un des premiers documentaires historiques sur le Siège de Paris dans la mesure où celui-ci décrit les événements de manière chronologique : la série débute le 4 septembre 1870 avec la proclamation devant la foule parisienne de la fin de la dynastie des Bonaparte par MM. Jules Favre et Léon Gambetta et se clôture avec le bombardement du Fort de la Briche à Saint-Denis le 26 janvier 1871.

L’intérêt historique de cette suite Binant repose également sur les notes qui l’accompagnent : le nombre de chevaux consommés chaque jour, le rationnement du bois, les morts héroïques sur le champ de bataille, l’inflation du prix de la nourriture, les caves où se cachaient indigents et bourgeois, les élans de patriotisme des citoyens jeunes ou vieillards… Les récits fourmillent de détails. Mais, « dans tous les cas, ni le livre si bien informé qu’il soit, ni la gravure, ne parlent aux yeux et par conséquent à l’esprit aussi nettement qu’une peinture », justifiait Alfred Binant dans le livret explicatif. Les commissaires d’exposition Sylvie Gonzalez et Anne Yanover, qui lui a succédé, ont pour leur part choisi de diviser l’exposition en quatre thématiques : la faim, le froid, les batailles et les moyens de communication par voie aérienne.

Les œuvres font écho aussi aux documents qui composent le fonds du musée d’art et d’histoire Paul-Éluard dont certains ont été accrochés pour l’occasion. À travers cette exposition, le visiteur comprend que le Siège de Paris fut également le terreau fertile pour explorer de nouveaux modèles de société. Ces horizons nouveaux se déclinèrent quelques semaines après l’armistice en mars 1871, avec la proclamation de la Commune de Paris.

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Maxime Longuet

36 épisodes sur le Siège de Paris, le mystère de la suite Binant au musée d’art et d’histoire Paul-Éluard (22 bis, rue Gabriel-Péri) jusqu’au 2 mars. Ouvert lundi, mercredi, vendredi 10h/17h30, jeudi 10h/20h, samedi, dimanche 14h/18h30, fermé mardi et jours fériés. Tarifs 5€ >3€, gratuit (–16 ans, chômeurs, RSA, étudiants de Paris 8… 1er dimanche du mois). Tél.: 0183722455 / 0183722457. www.musee-saint-denis.fr

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