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Expo-vente au 6B
/ L’entraide à l’œuvre

L’association MaMaMa offre son aide aux femmes isolées dont les enfants sont en état d’urgence alimentaire. Une exposition-vente au 6b permettra de récolter des fonds qui lui seront reversés.
Corinne, Magali (assise), Hanan et Aïcha, pédiatre. Toutes sont bénévoles à l’association MaMaMa. © DR
Corinne, Magali (assise), Hanan et Aïcha, pédiatre. Toutes sont bénévoles à l’association MaMaMa. © DR

« Nous avons vu des cas de mères dont les enfants n’avaient pas mangé depuis deux jours… Ces problèmes existaient bien avant la Covid, mais la crise sanitaire a accentué le phénomène. » Entre une livraison de lait pour bébé de la Banque alimentaire d’Île-de-France et l’accueil des mères, Magali Bragard trouve tout juste le temps d’engloutir un sachet de nouilles déshydratées et de faire le point.

Depuis le lancement de MaMaMa en mai dernier, 2 800 colis ont été livrés (80 % en Seine-Saint-Denis dont la moitié à Saint-Denis). L’association offre son aide aux femmes isolées dont les enfants sont en état d’urgence alimentaire. « Nous travaillons principalement avec le réseau de la Protection maternelle et infantile. Nous voulions valoriser le travail des PMI car c’est un service public qui fonctionne et qu’il faut préserver », défend Magali, photographe de profession.

La Dionysienne consacre désormais tout son temps à MaMaMa. Planqué entre les studios télé rue de la Montjoie, le hangar que l’association occupe depuis mai sert d’espace de stockage. Provisions, produits d’hygiène, vêtements et objets de puériculture s’accumulent sur les palettes. Les denrées sont issues de dons d’entreprises, les serviettes hygiéniques et couches ont été payées de la poche des bénévoles. Des livres jeunesse ont également été offerts par les maisons d’édition Actes Sud, L’École des Loisirs ou encore Little Urban.

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« Quand j’ai vu comment Magali s’est battue pour obtenir un thermomètre pour une personne sans-papiers et les moyens qu’elle était capable de mobiliser, j’ai tout de suite voulu la rejoindre », confesse, admirative, Marie-Ange, une autre bénévole de l’association. Les deux femmes se sont rencontrées via les centres de télésurveillance médicale du Covidhom, un dispositif lancé en mars par l’APHP permettant le suivi de patients porteurs du coronavirus ou suspectés d’en être atteints. Conventionnée jusqu’au 30 septembre pour occuper les lieux, MaMaMa veut faire réagir les pouvoirs publics. « À terme, nous aimerions avoir notre propre lieu d’accueil pour ces femmes et leurs enfants, un lieu où se mélangent écologie, ateliers, formations, espaces de discussion, cours de français… Mais pour ça, il nous faut des moyens et il nous faut agir tout de suite. »

Donner à manger aux enfants

Et tous les coups de pouce sont les bienvenus. Pour venir en aide à l’association, le 6b organise jusqu’au 22 septembre une expo-vente solidaire par ses artistes résidents. Près de 80 œuvres (photos, peintures, dessins) y sont présentées, le catalogue disponible en ligne est enrichi d’autres pièces. Pour cette opération, 30% des revenus seront reversés à MaMaMa. « Cette solidarité et cette convergence d’artistes pour ouvrir le lieu sur les habitants et le territoire illustre l’état d’esprit du 6b, affirme Barbara Portailler, la commissaire de l’exposition et artiste en résidence. En tant que citoyenne, la situation de ces femmes et de leurs enfants me serre le ventre. Ce n’est pas l’aumône de donner à manger à un enfant, ça devrait être le minimum. Et comme artiste, c’est l’occasion de lancer un cri, un appel à l’entraide face à l’injustice via notre art. » Une entraide tous azimuts. Les artistes ont également subi (à une autre échelle certes) la crise sanitaire.

Une grande partie a dû réinventer son métier, trouver de nouvelles façons de diffuser ses œuvres et de vivre de ses créations. Pendant le confinement, toutes les équipes ont été maintenues et le 6b a compensé le chômage partiel. « Un effort collectif » qui a soulevé la question de l’intermittence des artistes-auteurs. « Il y a eu beaucoup de financements de la Drac (Direction régionale des affaires culturelles) et des ateliers d’été non prévus ont été organisés, se souvient Élodie Chevalme. Pour ma part, c’est la première fois que j’ai pu bénéficier du régime des intermittents. » « Moi je n’ai pas pu profiter de cette compensation de l’État, comme beaucoup d’autres, alors que nous avons été sollicités pendant le confinement, ajoute Barbara Portailler. Pour l’industrie du loisir, on doit être disponible, mais il faut que le temps de recherche soit un jour pris en compte. »

À présent, les artistes entament la dernière ligne droite avant le finissage organisé le 19 septembre, ouvert à tous et qui se déroulera entre les extérieurs du 6b et la salle d’exposition. Quant à l’association MaMaMa, elle espère pouvoir prolonger sa convention d’occupation temporaire à la fin du mois avec l’espoir de lancer une cantine d’insertion dans la foulée.

Maxime Longuet

Exposition-vente au 6b (6-10, quai de Seine) jusqu’au 22 septembre. Pour les visites, inscriptions : mediation@le6b.fr. Catalogue des œuvres disponible sur www.helloasso.com. Facebook @Le6b.SaintDenis

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