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Sans-papiers
/ L’enfer des rendez-vous à la préfecture

Obtenir un rendez-vous à la préfecture de Seine-Saint-Denis est un véritable parcours du combattant. Cette situation, qui dure depuis plusieurs années, ne va pas en s’améliorant et certains profitent de la détresse de ceux pour qui les portes restent fermées.
Les difficultés rencontrées par les personnes sans-papiers pour obtenir un rendez-vous à la Préfecture ont notamment pour conséquence l'organisation d'un marché noir. © Bergoda
Les difficultés rencontrées par les personnes sans-papiers pour obtenir un rendez-vous à la Préfecture ont notamment pour conséquence l'organisation d'un marché noir. © Bergoda

« C’est la merde. » Halima, qui participe ce jour-là à la permanence de la Coordination 93 de lutte pour les sans-papiers (CSP 93) à la bourse du travail, raconte son expérience avec la préfecture de Bobigny, la tête dans les mains. « J’ai attendu huit mois pour avoir un rendez-vous, et c’était seulement pour retirer ma carte de séjour », se désole-t-elle. Après de multiples appels, e-mails et déplacements, elle finit par mettre la main sur le précieux sésame et se rend compte que la carte était prête depuis des mois. Mais, dans l’intervalle, ses prestations sociales ont été bloquées. « Et encore, moi, ça va, c’est une carte pour dix ans. Mais comment font ceux qui ont un titre de séjour d’un an quand leur carte dort des mois dans les locaux de la préfecture ? »

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La procédure de prise de rendez-vous est totalement dématérialisée. Il faut se connecter sur le site Internet de la préfecture et sélectionner un motif parmi la liste établie pour espérer en obtenir un. Mais malgré de nombreuses tentatives, impossible de réserver un créneau : le site indique qu’il n’y en a pas de disponible avant au moins deux mois. Un problème que Pierre Garelli, président de CSP 93, ne connaît que trop bien : « Cela fait des années que ça dure. Certains ne savent pas comment s’y prendre pour déposer un dossier puisque la prise de rendez-vous est informatisée, donc ils vont les déposer dans d’autres départements. » 

Il déplore le fait que la difficulté à obtenir un rendez-vous se traduit par des conséquences réelles et problématiques sur la vie de ceux qui en dépendent : « Sans rendez-vous, pas de régularisation. Certains risquent jusqu’à l’expulsion. » Il raconte qu’un véritable trafic s’est organisé autour des sans-papiers. « Beaucoup profitent de leur situation, notamment les marchands de sommeil et les employeurs », explique-t-il.

Mais ces derniers ne sont pas les seuls à tirer profit de cette précarité administrative. Le manque de rendez-vous disponibles à la préfecture de Bobigny a permis l’émergence d’un véritable marché noir. Abdoulaye, sans-papiers, vit en France depuis douze ans. Cet après-midi-là, il a justement essayé d’obtenir une entrevue à la préfecture. Devant le manque, il passe par des canaux non-officiels. Il s’est rendu dans plusieurs taxiphones, dont les noms circulent par le bouche-à-oreille, qui vendent des rendez-vous à prix d’or. Les prix varient. Il faut compter entre 70 et 400 euros, selon le motif du rendez-vous, la période et les commerces. « Mais même là-bas, c’est devenu difficile. Les taxiphones ont peur, à cause des sanctions éventuelles. »

Politique d'austérité 

Le meilleur moyen d’obtenir un rendez-vous, selon Abdoulaye, est de passer par un avocat. Maître Sylvain Senda, avocat spécialisé notamment dans le droit des étrangers et basé à Saint-Denis, est lui aussi familier du problème : « Les trafics autour des rendez-vous à la préfecture sont monnaie courante. Même les avocats ont du mal à obtenir des rendez-vous. » Quand on lui demande si la préfecture prend des mesures pour augmenter le nombre de rendez-vous, sa réponse est sans équivoque : « C’est le cadet de leurs soucis. » Ses confrères et lui sont souvent obligés de saisir le tribunal en référé pour pouvoir obtenir un rendez-vous pour leurs clients. Les taxiphones ne sont pas les seuls à offrir une solution pour contourner le problème. Des pages Facebook et des sites Web proposent, moyennant une dizaine d’euros, d’envoyer des alertes à l’utilisateur lorsqu’un rendez-vous est disponible. Un programme informatique se charge de vérifier quand un créneau se libère. La préfecture est parfaitement au courant de la situation. Son site Internet avertit même les utilisateurs que la prise de rendez-vous en ligne est totalement gratuite et les appelle à la vigilance.

Pour Éric Coquerel (LFI), député de la 1re circonscription de Seine-Saint-Denis, « Le trafic n’est qu’un effet du problème ». Il regrette « les années successives d’austérité et la politique de réduction des coûts dans l’administration » qui ont selon lui mené à cette situation, qu’il observe sur le terrain. « Je reçois beaucoup de monde à ma permanence en lien avec cette question de rendez-vous, et le sujet est plus que jamais d’actualité avec la Covid-19. La situation s’est aggravée », témoigne-t-il. Sollicitée par nos soins, la préfecture a refusé de répondre à nos questions.

Sarah Boumghar 
 

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Réactions

Il faut fermer les vannes de l'immigration grandes ouvertes depuis 50 ans par nos bonnes consciences en bétonnage. Il n'y a pas de boulot en France, pas de vie meilleur avec la caf et la sécu. Nous avons déjà 10 millions de pauvres conséquence des ces 50 années de destruction des acquis sociaux et de l'usage sans limites des casseurs de grèves. Pas besoin d'ajouter à cela la misère du monde et tant pis pour les bonnes consciences. Elles n'ont qu'a officier en pays exotiques.
MERCI pour cet article ! un éclairage sur un dysfonctionnement - un de + - de notre ' estimée - estimable - république française. Pour les citoyen.ne.s concerné.e.s , est ce que le recours au Médiateur de la République serait une possible voie de solution ? Cordialement à vous. je
C'est catastrophique, notamment pour les premières demandes et le renouvellements pour raisons de santé- je connais une personne, dix ans en France, 3 enfants nés ici, n'a pas pu avoir son renouvellement car son n° d'étranger, pourtant en règle n'est pas reconnu par le sité - son premier rv, en fevrier avait été annulé par la préfecture sans explications et depuis rien - pas de réponse aux nombreux mails, refoulée de l'accueil- Elle est sans papiers, a perdu son travail, n'a plus de protection médicale. Une lettre recommandée vient de partir en préfecture ainsi qu'une interpellation du défenseur des droits - Ce n'est pas un cas isolé-
Sleuth égocentrique merci de garder vos commentaires écœurants . Bon courage à ces personnes qui attendent juste un rdv .
Je suis en difficulté de prendre rendez-vous à la préfecture de Bobigny adimission exceptionnel au séjour