Portrait

Laurène Barnel et Flore Eckmann
/ L’art sous un bonjour

Artistes. À elles deux, elles forment l’association Florène. Leur but : ancrer l’art dans le réel et le concret, en dehors des lieux consacrés toujours fréquentés par les habituels amateurs de galeries et de musées. Leur dernière trouvaille : exposer des œuvres d’artistes contemporains dans les pages du JSD.
Laurène Barnel et Flore Eckman aux ateliers christofle. © Yann Mambert
Laurène Barnel et Flore Eckman aux ateliers christofle. © Yann Mambert

Laurène Barnel (à gauche sur la photo) et Flore Eckmann (à droite) partagent plusieurs points communs. Artistes dionysiennes et installées en collocation dans le centre-ville il y a deux ans, elles sont passées par la même « prépa » aux grandes écoles d’art, avant d’intégrer l’École nationale supérieure des Beaux-Arts et d’en sortir auréolées des reconnaissantes et gratifiantes Félicitations du jury. Une belle performance pour ces deux filles nées toutes deux en 1994, issues de familles « étrangères au milieu artistique », soulignent-elles simplement.

Laurène a grandi à Saint-Maur-des-Fossés, Flore, elle, explique pudiquement être originaire d’une petite ville de campagne, quelque part à la frontière entre les Yvelines et l’Eure-et-Loir. Aujourd’hui, à elles deux, elles forment l’association Florène. C’est dire si, artistiquement, l’une ne va pas sans l’autre. Même sas, même moule, et quand on tend l’oreille, les deux acolytes portent un même engagement louable.

« Dès la deuxième année d’études, on a eu envie d’expérimenter en dehors de l’école. On sentait qu’on était dans une bulle et que nous étions très éloignées de la réalité. On ressentait l’entre-soi, confie Laurène, qui a réalisé plusieurs projets avec l’association dionysienne Synesthésie, dont le film L’Îlot 9. On avait besoin d’ancrer notre art dans quelque chose de concret et de réel. » « Même si les Beaux-Arts ne sont pas une forteresse, ajoute Flore. Nous avons aussi connu des professeurs comme Marc Pataut et Patrick Tosani qui ont apporté beaucoup à notre réflexion. » 

À leur contact, mûrissent leurs réflexions qui les conduisent à mener des projets collectifs comme celui à l’hôpital Albert-Chenevier de Créteil en 2015 durant lequel la barrière entre artistes et patients s’est volatilisée… Exit, donc, la verticalité des rapports artistes/habitants qui voudrait que dans les territoires prétendument vierges de toute sensibilité, les artistes se cantonnent au rôle d’ambassadeurs de LA culture. La seule. L’unique. Mono-référentielle. Celle qui vient d’en haut et qui de sa lumineuse légitimité irradie le peuple tel le magma empourprant les flancs des volcans mornes et solitaires… C’est beau, mais c’est chaud. Celle qui se sert de l’élégant label « socioculturel » comme d’un bouclier, se protégeant de l’obscurantisme mais qui agit plutôt comme un repoussoir. Qui d’un coup de tampon, après avoir bien coché toutes les cases d’un cahier des charges hors-sol, justifie les subventions et légitime in fine cette culture à sens unique. On exagère un peu, certes. « C’est une question d’intention et de démarche. Quelle posture adopter sans instaurer un rapport de pouvoir ni se censurer non plus ? », questionne Laurène, très influencée par le cinéaste Bruno Dumont.

Travailler avec les habitants

Qu’il est rafraîchissant de rencontrer de jeunes artistes lucides sur leur art. Même si elles disent tout ignorer des droits culturels (1), Laurène et Flore s’en font les énergiques porte-parole. Exit l’exotisme également. « En surface, certains diront que l’on mène un travail exotique mais ma démarche, dans le cas de L’Îlot 9, se concentre sur l’appropriation de l’architecture des années 1970 ici et de l’évolution du logement social. » Travailler avec les habitants des banlieues populaires, double « oui », évidemment, mais à condition de « ne pas rester à la surface » sur laquelle, souvent, la culture institutionnelle susmentionnée dépose sa fine pellicule. Pour autant, malgré les réserves que ce débat suscite, il faut bien trouver un moyen pour que le premier contact se produise. Hors des galeries et des musées d’art contemporain ? Dans un périmètre sécurisant où personne ne se sent pris de haut en tout cas. C’est ainsi que, chers lecteurs du Journal de Saint-Denis, du 21 octobre au 16 décembre vous découvrirez chaque semaine dans nos pages une œuvre d’un artiste invité par le duo Florène.

Le projet Bonjour ! a élu domicile dans nos colonnes et convertira votre hebdomadaire préféré en un « espace d’exposition » éphémère. Parmi les exposants : vous retrouverez Marie Glaize, Louis Clais, Yue Yuan et Kamil Bouzoubaa-Grivel.

« C’est au sortir de l’école que la question du lieu s’est posée : faut-il nécessairement exister dans des espaces dédiés à l’art ? Qu’est-ce que ça peut signifier de vouloir absolument exister dans ces espaces, alors qu’il y a peut-être d’autres espaces à prendre, en complément », développe Flore. « Avec ce projet Bonjour !, on veut décloisonner l’art, renchérit Laurène. On sait très bien que ceux qui viendront dans les galeries et les musées sont des gens que l’on connaît, malheureusement. »  

Maxime Longuet

(1) La Déclaration de Fribourg sur les droits culturels (2007) définit l’identité culturelle comme l’ensemble des références culturelles par lesquelles une personne, seule ou en commun, se définit, se constitue, communique et entend être reconnue dans sa dignité.

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