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/ Légalisation du cannabis : le débat relancé ?

Alors qu’une proposition pour instituer la « légalisation contrôlée » du cannabis en France a été déposée le 20 juin par plusieurs députés, et qu’un rapport du Conseil d’analyse économique penche en faveur d’une légalisation de la substance, le JSD a demandé l’avis de trois politiques sur ce sujet sensible.
Eric Coquerel, Laurent Russsier et Mathieu Hanotin © Yann Mambert
Eric Coquerel, Laurent Russsier et Mathieu Hanotin © Yann Mambert

Pour ou contre la légalisation du cannabis à usage récréatif ? La question suscite un certain bouillonnement en France depuis la présentation le 24 avril dernier par le député des Bouches-du-Rhône François-Michel Lambert d’une proposition de loi relative à « la légalisation contrôlée de la production, de la vente et de la consommation du cannabis ».

Le texte cosigné par une vingtaine de parlementaires, propose la création d’une Société d’exploitation du cannabis (Seca) qui serait gérée exclusivement par l’État. Celui-ci aurait le « monopole » de cette « filière française du cannabis », dont la production « sera confiée aux agriculteurs et la vente aux débitants de tabac ». Objectif ? En finir avec la « politique du tout répressif » pour des raisons sanitaires et sécuritaires. 

Prohibition et insécurité

« Il faut sortir de l’impératif moral. Il s’agit d’un enjeu de santé public et un enjeu de nuisance majeure » insiste le conseiller départemental de la Seine-Saint-Denis et ancien député PS, Mathieu Hanotin, signataire de l’appel « Pourquoi nous voulons légaliser le cannabis » (1). Pour le candidat aux élections municipales de 2020 à Saint-Denis, qui opte pour une « légalisation de l’usage et de la vente du cannabis », la « politique de prohibition est un échec, on arrive à un paradoxe ultime dans nos quartiers ». Même constat du côté du député de la 1èrecirconscription du 93 Eric Coquerel (LFI), cosignataire de la proposition de loi : « Il y a un trafic massif et les policiers n’arrivent pas à le combattre. Comme pour la prohibition de l’alcool aux États-Unis, quand vous prohibez, vous créez de l’insécurité et cette insécurité est surtout présente dans les quartiers défavorisés où la vie de millions de personnes est prise en otage ». 

Pour le maire de Saint-Denis, la légalisation du cannabis est un sujet « crispant ». Laurent Russier, qui rappelle s’être toujours prononcé pour l’ouverture d’un débat sur la question, avance prudent : « Si cette proposition de loi permet d’avoir un débat dépassionné, je trouve que ça va plutôt dans le bon sens. Mais il ne faut pas que ce soit un coup de com’ ». Bien qu’il considère que le cannabis est un produit « dangereux », l’élu, interrogé sur sa position personnelle concernant la mise en place d’une légalisation du cannabis en France, estime que « ça mériterait d’être essayé ».

Laurent Russier souligne aussi l’importance de faire « un point santé publique » au niveau national et de « prendre le temps de vraiment étudier ce qui se fait dans d’autres pays », à l’instar du Pays-Bas et du Portugal. Là-bas, depuis 2001, toutes les drogues sont dépénalisées pour le consommateur. En janvier dernier, deux propositions de loi favorables à une légalisation du cannabis à des fins récréatives ont été rejetées par le parlement local.  
 

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Monopole public ou privé ?

Au sujet de l’autorité donnée à l’État, garant de la mise en œuvre de cette Société d’exploitation du cannabis (Seca) en charge du contrôle, de la production, de la vente et de la consommation du produit illicite, Eric Coquerel se veut réaliste : « La situation aujourd’hui est intolérable à cause du trafic. Si on légalise, on pourra mettre en place des mesures de prévention, surveiller la qualité du produit. Et pour qu’il y ait cette assurance, il faut que ce soit l’État qui contrôle. Si c’est fait par l’État et pas le privé, c’est pour éviter qu’il y ait une incitation à la consommation », poursuit le parlementaire. Sur ce point, Mathieu Hanotin n’est pas « particulièrement convaincu ».

« Je ne suis pas sûr que le métier de producteur de substance soit le rôle du service public. L’État doit réguler », selon le politique. Avant de laisser entendre qu’un champ pourrait être laissé à « une initiative privée ». Pour Laurent Russier, « il faut que ce soit quelque chose de public ». Mais l’élu interroge cette question jugée « complexe » : « Est-ce que le contrôle de cette filière par l’État ne pourrait pas faire venir un autre type de trafic ? C’est le cas pour les cigarettes… »

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« S’attaquer au consommateur »

Selon une étude conduite en novembre dernier par l’Observatoire français des drogues et toxicomanies, le cannabis est la substance la plus consommée en France. En 2017, 44,8 % des adultes ont déclaré avoir expérimenté ce stupéfiant. La même année, « les saisies d’herbe de cannabis ont atteint un niveau historique avec plus de 20 tonnes », indique l’OFDT sur son site internet. La légalisation du cannabis permettrait-elle de faire baisser le niveau de trafic ? « Ça peut améliorer la situation », espère le maire de Saint-Denis. « En tant que candidat aux élections municipales de 2020 », Mathieu Hanotin explique avoir « des solutions qu’il formulera le moment voulu ». Le politique en avance tout de même une inspirée de ce qu’a mis en place il y a quelques années la Ville de Saint-Ouen : « Il faut s’attaquer au consommateur. Ça ne va pas faire reculer la consommation de la drogue mais ça peut empêcher l’enkystement de filières à Saint-Denis ».

Yslande Bossé

(1) L’appel de 70 médecins, élus, économistes est paru dans le Nouvel Obs, le 19 juin

Réactions

Si l’État régule le marché du cannabis et s'il créée une Société d'Exploitation, alors les trafiquants ne se laisseront pas faire, pour conserver leur clientèle ils casseront les prix sur les produits. Les consommateurs deviendront plus accrocs plus malades, la situation sera pire qu'avant la loi. Toutes les études scientifiques montrent que le cannabis est mauvais pour le cerveau des êtres humains. Chaque semaine des tonnes de cannabis entrent en Seine-Saint-Denis. Il faut renforcer la répression de ce trafic. C'est une guerre et pour la gagner, un plan doit être déterminé regroupant tous les services de l’État et ceux des villes (car une ville est la continuation de l’État). Dans chaque région le Ministère des Comptes Publics doit équiper les Douanes de camions géants scanners à rayons X afin de multiplier les prises, équiper les Douanes d'ordinateurs puissants et de voitures rapides pour arrêter les gofast. L’État doit inciter les habitants à témoigner de façon anonyme sur les trafics via des applications internet sécurisées à développer. Dans les neuf villes de Plaine Commune, chaque Police Municipale a un rôle de tranquillité publique, et dans ce cadre il faut leur donner comme mission la suppression des points de deal, en les équipant d'armes de catégorie B. Dans ces neuf villes il faut augmenter le nombre de caméras sur les points de deal reliées à la Police Nationale. L’État doit aussi renforcer les JIRS et l'OCTRIS en hommes et en matériels. Il serait bon qu'en Seine-Saint-Denis, la Police Nationale multiplie les amendes forfaitaires à deux cent euros aux consommateurs de cannabis surtout à ceux provenant des Hauts-de-Seine et de Paris, même si ce montant semble trop faible (amendes votées le 23 novembre 2018 par l'Assemblée Nationale). Malgré l'ingéniosité des producteurs et celle des distributeurs, il est possible de gagner la guerre contre le trafic de stupéfiants.

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