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/ Kampos, l’espoir de rebondir

Depuis près de quinze ans, l’association Kampos Saint-Denis offre un cadre à des aspirants footballeurs avec quatre entraînements par semaine à Delaune. Certains sont des migrants au parcours douloureux. C’est leur seule chance de parvenir au haut niveau.
Ils viennent des quatre coins du monde et s’entraînent quatre fois par semaine à Delaune en rêvant d’une carrière professionnelle. C’est l’incroyable histoire de la Kampos-académie. © Yann Mambert
Ils viennent des quatre coins du monde et s’entraînent quatre fois par semaine à Delaune en rêvant d’une carrière professionnelle. C’est l’incroyable histoire de la Kampos-académie. © Yann Mambert

Ils sont jeunes, presque tous d’origine africaine et rêvent de devenir footballeur professionnel. Ce sont eux que l’association Kampos Saint-Denis accompagne gracieusement depuis 2005. Bilog Junior, le président fondateur, que tout le monde appelle « Coach Kampos », a vu passer entre ses mains des centaines de gamins.

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« Je n’étais pas de Saint-Denis à la base, mais on venait jouer et s’entraîner comme ça à Delaune. Mourad Hamoudi, le président du Cosmos, nous a pris sous son aile. C’est grâce à lui qu’on est là parce qu’au départ, au stade, on ne voulait pas nous voir. On croyait qu’on était des squatteurs ! C’est normal quand vous venez quelque part et qu’on ne vous connaît pas. Mais Mourad nous a fait confiance. Il nous a donné le local pour garder le matériel, il nous a protégés », raconte l’ancien gardien camerounais, passé notamment par le Genoa, et aujourd’hui entraîneur de la réserve du Racing Club de France à Colombes.

Si la FFF (Fédération française de football) n’apporte aucune aide, la Ville leur met à disposition un terrain synthétique les lundis, mardis, jeudis et vendredis pour les quatre entraînements hebdomadaires à l’heure du déjeuner. « L’idée, c’était de pouvoir apporter un plus à ceux qui en ont besoin. Il faut savoir tendre la main », explique Coach Kampos, surnommé ainsi en référence au célèbre portier mexicain Jorge Campos et son mètre soixante-dix. Il est secondé par son vice-président Jimmy Jeoboam, ancien joueur du Paris FC et ex-international haïtien.  

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Riyad Mahrez est passé par Kampos

Le duo transmet son expérience et ne compte plus les bénéficiaires de l’académie Kampos ayant percé au plus haut niveau. Parmi les plus connus : Riyad Mahrez (Manchester City) pendant deux mois à Saint-Denis avant de signer au Havre en 2010 ou encore Kader Keita (passé par Lille et Lyon). Kampos s’est taillé au fil des années une sacrée réputation attirant joueurs, médias et clubs en quête de nouveaux talents.

Ce matin-là, à quelques jours des fêtes de fin d’année, ils sont une bonne quinzaine à avoir bravé le froid, le ciel menaçant et les grèves de transport. À l’image de Mokhtar, longiligne Sénégalo-ivoirien de 21 ans, en France depuis un an et demi et arrivé au stade dès 10 h du matin. Le jeune homme a quitté son domicile à 7 h pour s’assurer d’être à midi à Delaune. C’est son agent qui lui a parlé de Kampos, après un passage en Serie D italienne (4e division italienne).

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« Je ne vis que pour le foot. Je n’ai pas de salaire, mais je me sacrifie pour jouer. Je vis sur mes économies et ma famille m’aide un peu à vivre », confie-t-il. Rodrigue-Franklin aussi n’a pas d’autre projet que le foot. Ce Camerounais de 21 ans ayant grandi à Rome était joueur également en Serie D avant une suspension d’un an : « J’ai été victime de racisme, affirme-t-il. J’ai mal réagi. J’ai mis un coup de coude à une personne et j’ai fait un doigt d’honneur au public… Depuis je m’entraîne avec Kampos. Mais je vais bientôt pouvoir rejouer. »

Pour d’autres, l’association oriente dans la mesure de son possible les demandeurs de formation, d’emploi ou même d’hébergement. Coach Kampos l’admet : « Tout le monde ne va pas devenir professionnel, c’est logique. On leur dit la vérité. Mais s’ils s’accrochent au football, ils peuvent s’accrocher à la vie active. Il y en a qui ne jouent pas au foot aujourd’hui et qui ont une stabilité. » Malgré les parcours difficiles – et c’est un euphémisme – de certains, l’entraîneur ne prend pas de gants avec ses joueurs.

Alors qu’il installe encore les plots, un groupe s’amuse à faire des « toros » avant de se chamailler. « La prochaine fois ne faites rien, c’est mieux ! Vous m’avez déjà gâché ma journée ! », assène-t-il, lassé de les voir se disputer pour déterminer qui doit aller au milieu du cercle tenter de récupérer le ballon. Coach Kampos multipliera les ateliers de contrôle-passe en deux touches, entrecoupés de cardio. Gare à ceux, comme Mokhtar, qui ne comprennent pas les consignes, sous peine d’aller courir en aparté.

Des matches amicaux contre des clubs de la région de National 2 ou 3 se dérouleront comme chaque année en avril, autant d’occasions de se faire repérer. À l’extérieur, derrière le grillage, un nouveau venu observe timidement. Il ne s’épanchera pas sur son vécu. Tout juste sait-on qu’il n’a que 16 ans en dépit de sa très grande taille, qu’il a quitté seul Abidjan (Côte d’Ivoire) en janvier 2019 pour enfin arriver jusqu’à Aubervilliers en septembre. Son unique but ? Devenir footballeur, comme tant d’autres avant lui à Kampos.

Adrien Verrechia

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