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/ Kévin Sylvestre a trouvé sa Voie

Arrivé en Métropole il y a près de dix ans, Kévin Sylvestre apparaît aujourd’hui comme l’un des piliers de Saint-Denis Émotion. Malgré son tempérament calme et réservé, le Martiniquais a su s’imposer dans la structure dionysienne, au point de devenir l’organisateur officiel de la Voie Royale 2019, qui se déroulera ce dimanche à Saint-Denis.
L’athlète de 29 ans est « l’interlocuteur principal de la Voie Royale ».  © Yann Mambert
L’athlète de 29 ans est « l’interlocuteur principal de la Voie Royale ». © Yann Mambert

Le téléphone ne cesse de sonner dans les locaux de Saint-Denis Émotion. Le club d’athlétisme se prépare à accueillir, ce dimanche 27 octobre, la vingt-cinquième édition de la Voie Royale, événement phare de l’association qui propose trois courses, dont un semi-marathon de niveau national et un 10km labellisé international. Au bout du fil, les coureurs tombent la plupart du temps sur une voix posée : celle de Kévin Sylvestre. « J’ai deux passions dans la vie, le sport et mon téléphone portable ! »

À 29 ans, il s’est vu confier « officiellement » les clefs du camion de la Voie Royale. « Je m’en occupais déjà les années précédentes avec mes collègues, mais cette année on va dire que je suis le principal interlocuteur de l’événement. » Au fil des années, le Martiniquais de naissance a pris ses marques dans l’association, lui qui ne voit qu’à travers le sport depuis sa plus tendre enfance. « J’ai commencé l’athlétisme à l’âge de 12 ans aux Antilles après avoir essayé le football avec mes frères, se remémore-t-il. J’ai toujours baigné dans ce monde-là, mon père étant un ancien semi-marathonien. »

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Un niveau national au triple saut

Après l’obtention de son bac marketing, il tente et réussit un BTS négociation et relation client. « Je savais qu’à un moment donné, il fallait que je vienne en Métropole. Déjà pour continuer mes études, mais également car c’est ici que tout se passe. » C’est en 2010, à 20 ans, qu’il prend son envol et s’installe en résidence étudiante à Villetaneuse. Un choix motivé par la présence de ses sœurs, elles aussi venues tenter leur chance dans l’Hexagone. Une fois sa licence d’administration publique commencée, Kévin doit trouver un club. Une décision plus facile à prendre qu’il n’y paraît. « Quand je vivais encore en Martinique, j’ai eu un niveau national au triple saut, ce qui m’a permis de faire de nombreux voyages à Paris. Plus je venais et plus je commençais à connaître les clubs, à m‘intéresser à leur structure, à leur mode de fonctionnement. »

Son arrivée à Saint-Denis Émotion, il la doit à un homme : Arius Filet, ancien champion de France 2002 de triple saut. « Je suivais ses résultats sur Internet, j’étais un grand fan de cet athlète et j’ai appris qu’il était entraîneur à Saint-Denis. » Pendant deux ans, Arius prend Kévin sous son aile. Mais en 2012, son protecteur déménage à Marseille. Un premier dilemme pour Kévin. « J’avais l’envie et le doux rêve d’atteindre le haut niveau, et pour cela il aurait fallu que je suive Arius. Finalement, je n’ai pas pris le risque de tout lâcher ici. J’étais en train de m’insérer socialement, et surtout j’aimais beaucoup la vie du club, j’étais de plus en plus investi. »

Une implication récompensée un an plus tard lorsque Saint-Denis Émotion lui propose, alors qu’il n’a que 24 ans, un CDI pour s’occuper de toute la partie gestion administrative. « Ils avaient pris un pari en m’embauchant car cela reste de l’associatif. J’avais une certaine pression car le club était déjà bien ancré dans le territoire et il fallait que j’apporte ma petite touche personnelle. » Malgré son nouveau statut, Kévin n’oublie jamais de citer Junior Ndiaye, son binôme athlète et entraîneur de saut en hauteur, mais également Joël Hegesippe, le directeur technique, Thierry Vernet, le président, ainsi que toutes les personnes qui participent de près ou de loin à l’évolution du club. « C’est un vrai travail d’équipe. Même si je suis l’interlocuteur principal, je ne serais rien sans les personnes qui m’entourent au quotidien et c’est un plaisir de travailler dans ces conditions. »

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« Tout le potentiel qu’il y a à Saint-Denis »

Un travail passionnant mais éprouvant à certains moments. « C’est frustrant de voir que les gens ne se rendent pas compte de tout le potentiel qu’il y a à Saint-Denis, souffle le jeune homme. Nous avons un niveau national, nous accueillons les Jeux olympiques en 2024, et pourtant on a encore l’impression de ne pas être pris au sérieux. » Perfectionniste, il ne laisse rien au hasard. Et quand on lui demande où il se voit dans dix ans, Kévin a déjà son idée en tête. « J’ai toujours admiré le modèle américain au niveau universitaire, et mon objectif serait de le mettre en place en Martinique, où tous les talents partent très jeunes et s’éparpillent partout, en France, au Canada, aux États-Unis. J’aimerais créer un pôle sur le territoire avec des gros financeurs et ainsi rendre à la Martinique tout ce qu’elle m’a apporté. »

Avant de conclure sur l’échéance des JOP 2024. « Mais le vrai défi à court terme serait qu’un des athlètes de Saint-Denis Émotion, formé chez nous, se retrouve sur la piste du Stade de France dans cinq ans. »

 

Alexandre Rabia