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/ Jean Marcenac : la voix du poète

« Saint-Denis la ville des rois couchés et du peuple debout ! » Cette phrase qui fait mouche, on la doit à Jean Marcenac. Mais sait-on au juste qui était-il ? Portrait d’un homme qui a largement contribué à façonner la légende de Saint-Denis et à qui la Ville a dédié une rue il y a tout juste 30 ans.
Jean Marcenac (chemise noire) et Auguste Gillot à la réception de Pablo Neruda (à droite) au TGP, en 1965. © Archives municipales de Saint-Denis - 3FI36/1-Pierre Douzenel
Jean Marcenac (chemise noire) et Auguste Gillot à la réception de Pablo Neruda (à droite) au TGP, en 1965. © Archives municipales de Saint-Denis - 3FI36/1-Pierre Douzenel

Faire le portrait de Jean Marcenac n’est pas chose aisée. Ceux qui l’ont connu ne sont pas près de l’oublier. Son accent du Sud-ouest conservé, le sens de la rhétorique et de l’improvisation, ses capacités d’orateur en ont fait une figure locale hors du commun. Il est mort en 1984. Suffit-il d’énumérer ce qu’il a été pour le cerner un peu plus…

Disons qu’il fut poète, journaliste, surréaliste puis communiste, prisonnier de guerre, évadé, résistant dans la région de Toulouse, professeur de philosophie et conseiller municipal à Saint-Denis. Que n’a-t-il été ?… Une vie pleine et remplie. En guise de mise en bouche, ces mots d’un de ses anciens élèves du lycée Paul-Éluard : « Originaire de Figeac, et en hommage à Champollion, il mettait par principe 10/20 aux devoirs qu’il n’arrivait pas à déchiffrer ! »

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On imagine déjà le personnage. Oui, originaire de Figeac, comme le déchiffreur de hiéroglyphes et comme son compère et camarade de Résistance, le grand psychiatre désaliéniste Lucien Bonnafé. À 20 ans, il publie son premier livre de poèmes (1934) dédié à André Breton. À la fac de Toulouse, il se lie avec Lucien Bonnafé qui peu de temps après sa mort en 1984, l’honora en rappelant un épisode de février1934. Deux étudiants surréalistes Lucien et Jean, identifiés comme « meneurs d’une émeute ouvrière » par le tribunal correctionnel de Toulouse, sont condamnés à une forte amende. En sortant du tribunal, les deux compères trouvent plaisant de prendre le tramway pour aller déposer leur adhésion au siège du Parti communiste français.

Poète un jour, poète toujours en dépit ou en raison de ses engagements dans la lutte armée dans la Résistance, son travail de journaliste aux Lettres françaises aux côtés d’Aragon (1948 à 1953), sa charge d’enseignant (nommé à Saint-Denis en 1955 dans un lycée qu’on finit, sur son insistance, par nommer lycée Paul-Éluard), d’élu municipal à Saint-Denis (1959 à 1971). C’est en toute lucidité qu’il se définit dans ces trois vers tirés de l’un de ses poèmes : « L’indépendance est sa chanson / La liberté son horizon / Et l’avenir est sa raison… »

Une politique culturelle active

Francis Combes, éditeur des Temps des cerises, se rappelle : « Ayant achevé un manuscrit de poèmes auquel je tenais parce que c’était mon premier livre, je cherchais à le faire connaître. C’est ainsi que je me suis rendu à Saint-Denis pour rencontrer Jean Marcenac où il s’était installé dès les années 1950. À l’époque, il habitait à la cité Paul-Éluard à côté du lycée du même nom. Au cœur de cet ensemble se trouvait la pharmacie tenue par sa femme Andrée Labry épousée en 1936. Au rez-de-chaussée, une officine tout à fait normale, mais dès qu’on montait à l’étage, on pénétrait dans l’antre du poète. Habité de livres mais aussi de souvenirs très présents de nombreux poètes qui avaient été ses amis. »

Joe Bousquet, Aragon et Elsa Triolet qu’il rencontre dans le maquis, mais aussi Paul Éluard et Pablo Neruda dont il se fait le traducteur. « Il a traduit notamment, rappelle l’éditeur, un très grand livre de Pablo Neruda, La Centaine d’amour. Il s’agit de 100 sonnets et je dois avouer que la traduction qu’il en a faite avec André Bonhomme est un chef-d’œuvre qui peut rivaliser avec l’original. » Entre les deux hommes se noue une relation très forte faite d’estime et d’amitié. Et c’est dans ces circonstances que Neruda écrit un poème sur son ami français, qu’il appelle El caballero Marcenac, où il le décrit marchant dans les rues de Paris, des oiseaux plein la tête.

Rue Jean-Marcenac

Élu municipal, Jean Marcenac contribue activement à la conception et à la mise en œuvre de la politique culturelle dionysienne dès la fin des années cinquante. La création du TGP, du Festival de Saint-Denis, de l’Écran… En novembre1959, il présente un rapport à la commission municipale culturelle qui fera date « Pour une activité culturelle féconde, bilan et perspectives ». En ces temps de guerre froide, il écrit dans son rapport, qui sera publié dans La Nouvelle critique, revue des intellectuels communistes, « bientôt peut-être, les siècles écoulés, le lourd, le sanglant passé humain n’apparaîtront plus que comme une préhistoire démente. Nous sommes probablement ceux qui verront la fin des guerres, ceux qui signifieront à la violence qu’elle n’a plus rien à faire pour régler les rapports humains, les rapports entre les peuples ».

En novembre 1989, le conseil municipal décide de donner le nom de Jean-Marcenac à la voie ouverte le long de l’IUT, qui relie la rue Auguste-Gillot au boulevard Carnot. « Moi je demeure avec les mots / D’une exigence de chef d’orchestre… »

Claude Bardavid

Réactions

Très bonne présentation de Jean Marcenac qui est un des oubliés de notre mémoire culturelle et littéraire. J'invite Claude Bardavid à faire plus pour Marcenac, ce premier texte devrait être suivi d'autres touchant les œuvres de Marcenac. F.E.
Ce texte gomme les aspects déplaisants de MARCENAC ! Il fut un stalinien non repenti...En 1949 il publiait Un Combat pour la vérité, livre pour dénoncer les allégations de KRAVCHENKO sur le totalitarisme de l' URSS... On a le droit de se tromper ! Mais en 1982 il récidivait avec son livre Je n'ai pas perdu mon temps...en reconnaissant ne pas avoir de remords pour s'être trompé sur l'affaire KRAVCHENKO ! C'est INSUPPORTABLE ! Dommage qu'il n'ai pas connu 1991 et la chute de l' URSS, ça lui aurait donné une sacrée leçon ... quand même.J'invite les lecteurs à lire ses livres ainsi que ceux de Fernand GRENIER à la BNF-Paris 13è

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