Portrait

Jean-Claude Bordigoni : vœu de construction

Si Marcel Proust s’est longtemps couché de bonne heure, Jean-Claude Bordigoni, lui, est souvent venu rôder le dimanche. Dans les quartiers de la Plaine et du Cornillon. « Quand les chantiers étaient à l’arrêt, pour voir comment ça se passait pour les gens qui y vivaient déjà et allaient arriver dans ces secteurs qui se développaient. J’ai toujours été un homme de terrain, un peu trop sans doute. » Quand on est fils d’un entrepreneur du bâtiment du Jura, on ne se refait pas. À 64 ans depuis quelques jours, Jean-Claude Bordigoni vient de raccrocher son costume de directeur de la SEM (Société d’économie mixte) Plaine commune développement. Histoire de rompre en douceur le pacs passé avec Saint-Denis.
Octobre 1993. Le Premier ministre Édouard Balladur choisit le site d’implantation du Stade de France. Pour accueillir notamment la finale de la Coupe du monde de foot en 1998. Le temps presse. Membre du groupe dirigeant de la SCET, une filiale de la très officielle Caisse des dépôts, Jean-Claude Bordigoni n’hésite pas. Sa passion du sport et du foot en particulier lui fait proposer au grand patron de la Caisse de suggérer à l’État la création d’une SEM pour la construction. Accepté. « Puis on m’a dit?: “Réfléchissez, vous pouvez devenir numéro deux de la SCET ou aller à Saint-Denis”. J’ai répliqué?: “C’est tout réfléchi. Je prends le stade et la direction de la Sanem (la SEM d’État)”. »
« Notre mission était double, suivre la construction et les débuts de l’exploitation et aménager le quartier du Cornillon nord. » Des souvenirs comme si c’était hier. Puis, « un beau matin, dans mon bureau, je vois débarquer Patrick Braouezec et Jack Ralite (alors respectivement maires de Saint-Denis et d’Aubervilliers) pour me dire?: “Maintenant que vous en avez terminé avec le Stade, nous venons vous demander de prendre la direction de notre SEM. Bon, on le sait, vous êtes plutôt de droite et nous à gauche, mais on s’en fout. Vous avez les compétences qu’on recherche.” ».
Il ajoute, malicieux?: « Je sais que l’on a parlé ça et là du mercenaire Bob Denard à la Plaine, mais dans les faits on a travaillé dans une loyauté totale de part et d’autre. » Après le Cornillon, cap sur l’avenue François-Mitterrand. « Au début, on visait un projet de 40?000 m2 avec le promoteur Eiffage, lequel nous a convaincu que pour être crédible il fallait démarrer à plusieurs. Bouygues, Kauffman et Nexity ont suivi. À l’arrivée, on a fait 180?000 m2. Le projet du Landy France était devenu crédible. »
Avec le recul?: « J’ai eu une chance professionnelle et humaine extraordinaire. Sur un territoire martyrisé, on a pu reconstruire de la ville. » Et maintenant?? « Le premier jour de ma retraite, chez moi, j’étais dans la disposition d’esprit de quelqu’un qui attend le docteur. » Moral à zéro. Et puis c’est reparti. À temps partiel, toujours pour la SCET, Jean-Claude Bordigoni est désormais directeur de la Mission des grands équipements sportifs. Perspective Euro 2016. Au passage, il cite Hegel?: « C’est la passion qui suscite les grandes réalisations. »
Gérald Rossi